Élections en Israël : record de participation arabe à Jérusalem-Est, une première depuis 1967

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Élections en Israël : record de participation arabe à Jérusalem-Est, une première depuis 1967

Les Arabes de Jérusalem-Est titulaires de la citoyenneté israélienne ont voté aux législatives du 27 octobre 2026 dans des proportions jamais atteintes depuis 1967. Plus de 10 000 électeurs se sont rendus aux urnes, trois fois plus qu'au précédent scrutin, avec un objectif affiché : faire barrage à Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich.

Par Claudine Douillet

Un record historique à Jérusalem-Est

C'est l'un des chiffres les plus inattendus de ces élections pour la 26e Knesset. Selon Haaretz, les habitants arabes de Jérusalem-Est détenteurs de la citoyenneté israélienne se sont mobilisés comme jamais depuis la réunification de la ville en 1967. Plus de 10 000 d'entre eux ont voté, soit plus du triple du scrutin précédent.

Ce sursaut s'inscrit dans une journée électorale déjà exceptionnelle à l'échelle du pays. À 20 heures, la Commission électorale centrale annonçait une participation nationale de 74,3 %, environ huit points de plus qu'à la même heure lors de l'élection précédente. Le premier scrutin législatif depuis le 7 octobre a mobilisé tous les camps, y compris ceux qui, traditionnellement, se tenaient à l'écart des urnes.

Tsour Baher, symbole du basculement

Le cas de Tsour Baher, quartier du sud-est de Jérusalem, illustre l'ampleur du phénomène. La participation y a atteint 56 %, contre seulement 16 % en 2022. En quatre ans, le taux a donc été multiplié par plus de trois.

Le vote s'est massivement porté sur la Liste unifiée, qui a recueilli plus de 80 % des suffrages dans le quartier. Interrogés par Haaretz, de nombreux électeurs expliquent leur démarche par une volonté claire : empêcher Itamar Ben Gvir, chef de Otzma Yehudit, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances, de peser dans le prochain gouvernement. Le vote arabe de Jérusalem-Est a donc été d'abord un vote de barrage.

Ce réflexe n'est pas passé inaperçu au sommet de l'État. Le jour du scrutin, Benyamin Netanyahou a mis en garde contre une tentative de « voler les élections », sur fond de forte participation des électeurs arabes.

Une minorité de citoyens parmi les résidents

Pour mesurer la portée de ce record, il faut rappeler une réalité juridique souvent méconnue. Depuis 1967, la grande majorité des Arabes de Jérusalem-Est disposent d'un statut de résident permanent, et non de la citoyenneté israélienne. Ce statut leur donne accès à la sécurité sociale, à l'assurance maladie et au droit de vote aux municipales, mais pas aux législatives.

Seuls les titulaires de la citoyenneté peuvent élire les députés de la Knesset. Selon Haaretz, ils représentent entre 5 et 7 % des habitants de ces quartiers. Environ 350 000 Arabes vivent à Jérusalem-Est, ce qui situe l'enjeu : une minorité au sein de la population, mais une minorité en forte croissance, car les demandes de naturalisation se sont multipliées ces dernières années.

La fin d'un tabou politique

Pendant des décennies, participer à la vie politique israélienne relevait du tabou à Jérusalem-Est. Voter, c'était aux yeux de beaucoup reconnaître la souveraineté israélienne sur la ville. Les municipales, pourtant ouvertes à tous les résidents, ont ainsi été boycottées scrutin après scrutin, laissant les quartiers arabes sans représentation réelle au conseil municipal.

La mobilisation de 2026 montre que ce mot d'ordre perd de son emprise. Les électeurs qui se sont déplacés ont choisi de peser dans le jeu démocratique israélien plutôt que de s'en exclure. Le motif est politique et défensif, mais le geste lui-même est un geste d'appartenance : on ne vote que dans un système dont on accepte de faire partie.

Un signal d'intégration croissante

Haaretz voit dans ces chiffres le signe d'une intégration croissante des Arabes de Jérusalem-Est dans la société israélienne. Le phénomène rejoint d'autres tendances observées depuis plusieurs années : progression de l'apprentissage de l'hébreu, hausse des inscriptions aux examens d'entrée des universités israéliennes, insertion accrue sur le marché du travail de l'ouest de la ville.

Pour Israël, cette évolution est porteuse d'une contradiction. Elle conforte l'idée d'une Jérusalem unifiée dont les habitants arabes choisissent les institutions israéliennes plutôt que celles de l'Autorité palestinienne. Mais elle fait aussi émerger un électorat qui, une fois mobilisé, vote contre la droite nationaliste.

Les municipales de 2028 en ligne de mire

Le véritable test viendra en 2028. Contrairement aux législatives, les élections municipales sont ouvertes à l'ensemble des résidents de Jérusalem-Est, citoyens ou non. Si la dynamique observée cette semaine se prolonge, les quartiers arabes pourraient pour la première fois peser lourdement dans la composition du conseil municipal de la capitale.

Un tel scénario transformerait l'équilibre politique de Jérusalem. Il obligerait la municipalité à composer avec des élus représentant une part importante de la population, et pourrait modifier les priorités en matière de logement, d'infrastructures et de services publics dans l'est de la ville. Le scrutin du 27 octobre ne l'a pas encore démontré, mais il en a ouvert la possibilité.

Sources :

The Jerusalem Post, direct du 27 octobre 2026 : https://jpost.com/israel-election-2026/2026-10-27/live-updates-912992

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