Thaïlande : La nationalité thaïlandaise retirée au rabbin Kantor, figure de Habad à Bangkok

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Thaïlande : La nationalité thaïlandaise retirée au rabbin Kantor, figure de Habad à Bangkok

Thaïlande : le rabbin Yossef Haïm Kantor, chef de Habad, déchu de sa nationalité thaïlandaise

Par Claudine Douillet

La Thaïlande a retiré sa nationalité au rabbin Yossef Haïm Kantor, pilier de Habad et de la communauté juive du pays depuis plus de trente ans. Bangkok lui reproche d'avoir voyagé seize fois avec son passeport américain après sa naturalisation. Une décision qui s'inscrit dans une série de mesures visant les Israéliens et les Juifs installés dans le royaume.

Un décret signé par le Premier ministre en personne

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul, qui cumule la fonction de ministre de l'Intérieur, a signé un décret privant de sa nationalité thaïlandaise le rabbin Yossef Haïm Kantor, l'un des dirigeants de Habad et de la communauté juive du pays. L'information a été révélée jeudi 29 octobre par le quotidien Israel Hayom.

Selon les autorités, le rabbin a utilisé son passeport américain à seize reprises pour se rendre en Australie et en revenir après avoir obtenu la nationalité thaïlandaise. Or la législation locale permet de retirer la citoyenneté à une personne naturalisée qui continue de faire usage de sa nationalité d'origine. Le rabbin Kantor a grandi à Melbourne, comme le rappelait l'hebdomadaire Jüdische Allgemeine, ce qui éclaire la fréquence de ses déplacements vers l'Australie.

Trente ans au service des Juifs de Thaïlande

La sanction frappe une figure historique. Membre de Habad, Yossef Haïm Kantor est arrivé en 1993 à la demande de la communauté juive locale pour devenir le premier rabbin permanent de Bangkok, à la tête de la synagogue Beth Elisheva. Il a été rejoint en 1995 par le rabbin Nehemia Wilhelm, chargé plus particulièrement des voyageurs juifs.

Depuis, le réseau Habad s'est étendu aux îles et aux grandes villes touristiques, accueillant chaque année des milliers de jeunes Israéliens en voyage après leur service militaire. D'après le média thaïlandais MGR Online, le rabbin et six membres de sa famille ont déposé en 2017 une demande de naturalisation, accordée à l'époque où le général Anupong Paochinda dirigeait le ministère de l'Intérieur.

Une enquête sur Gan Chabad depuis septembre

La déchéance ne tombe pas du ciel. En septembre, la presse thaïlandaise rapportait que le rabbin Kantor, fondateur de la société Gan Chabad, faisait l'objet d'une attention particulière des autorités, et que l'émission « Khao Khon Khon Khao » de Nation TV s'était penchée sur les conditions de sa naturalisation. L'affaire était partie de l'achat d'un terrain destiné à un cimetière juif dans le district de Bang Khla, province de Chachoengsao.

Le quotidien The Nation précisait alors un point essentiel : la simple existence de l'enquête n'établissait aucune faute du rabbin ni du réseau Gan Chabad. La décision publiée aujourd'hui ne porte d'ailleurs pas sur ce dossier foncier, mais sur l'usage d'un passeport étranger.

Un précédent israélien il y a un mois

Le rabbin Kantor n'est pas le premier visé. Le 1er octobre, Anutin Charnvirakul avait déjà retiré la nationalité thaïlandaise à Ariel Blustein, un homme d'affaires né en Israël, au motif qu'il avait continué à utiliser sa nationalité d'origine et dissimulé une autre citoyenneté lors de sa demande. Le jour même où il avait reçu sa carte d'identité thaïlandaise, en juin 2019, il s'était rendu à Hong Kong avec un passeport israélien. Le ministère lui reprochait aussi d'avoir caché sa nationalité uruguayenne. La sanction reposait sur l'article 19 de la loi sur la nationalité de 1965.

Le Jerusalem Post soulignait que cette disposition, ancienne, n'avait que rarement été appliquée publiquement à des naturalisés pour usage d'un passeport étranger, et que la mesure semblait sans précédent pour un citoyen israélien.

Double nationalité tolérée, mais sous condition

La règle thaïlandaise est subtile. Selon le Bangkok Post, cité par Ynet, un étranger naturalisé peut conserver un autre passeport si son pays d'origine accepte la double nationalité, à condition d'utiliser son passeport thaïlandais pour entrer et sortir du territoire. C'est précisément cette obligation que les autorités reprochent au rabbin Kantor d'avoir enfreinte.

Un climat qui se durcit pour les Israéliens

Cette décision s'inscrit dans un contexte tendu. Le Jerusalem Post recensait une série de mesures touchant les Israéliens en Thaïlande, dont l'exhumation de dépouilles d'un cimetière juif dont la licence avait expiré, l'expulsion d'un Israélien qui exploitait une entreprise après l'annulation de son visa, et la fermeture d'une école internationale fréquentée par la communauté israélienne.

En septembre, Anutin Charnvirakul avait déjà défendu l'expulsion d'un ressortissant israélien pour comportement menaçant, en expliquant que les étrangers devaient respecter les lois, la population et les coutumes du pays. Le militant Sondhi Limthongkul et le groupe Reclaim Thailand ont manifesté devant l'ambassade d'Israël, tandis qu'une célébration de Roch Hachana prévue au centre Habad de Patong, à Phuket, rencontrait une opposition locale.

Une communauté sous pression

Pour les Juifs de Thaïlande, le signal est lourd. Le rabbin Kantor n'est pas un simple résident : il incarne depuis trois décennies la présence juive organisée dans le royaume, des offices de Bangkok aux repas de Chabbat servis aux routards israéliens. Que l'État retire sa nationalité à l'homme qu'il avait lui-même naturalisé, sur la base de déplacements familiers vers l'Australie, interroge sur la frontière entre application stricte de la loi et ciblage d'une communauté.

Bangkok assume une ligne de fermeté envers les étrangers. Reste à savoir si le rabbin contestera la décision et quel statut lui sera désormais accordé pour poursuivre sa mission dans un pays où il vit depuis 1993.

Sources :
Israel Hayom
Khaosod English, révocation Ariel Blustein

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