Israël : Yahadout HaTorah envisage un gouvernement minoritaire Eisenkot sans Netanyahou

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Israël : Yahadout HaTorah envisagent un gouvernement minoritaire Eisenkot sans Netanyahou

Par Claudine Douillet

Yahadout HaTorah prête à soutenir Gadi Eisenkot de l'extérieur : le ballon d'essai qui fissure le bloc Netanyahou

Des cadres du parti orthodoxe Yahadout HaTorah proposent de laisser Gadi Eisenkot gouverner sans entrer dans sa coalition. Selon N12, ils s'abstiendraient lors des votes à la Knesset en échange d'un compromis sur la conscription et du maintien de leurs budgets. Aucune confirmation officielle à ce stade : il s'agit d'un ballon d'essai lancé par des sources anonymes.

Deux jours après les législatives du 27 octobre, l'un des piliers historiques du camp Netanyahou envoie un signal inattendu. Selon la chaîne N12, des responsables de Yahadout HaTorah (Judaïsme unifié de la Torah) évoquent la formation d'un gouvernement minoritaire dirigé par Gadi Eisenkot, chef de la liste Yashar!, qui s'appuierait sur leur neutralité bienveillante.

Un soutien sans participation

Le schéma décrit par ces sources est précis. Yahadout HaTorah resterait hors du gouvernement, mais s'abstiendrait lors des votes et ne voterait ni contre l'exécutif ni contre les lois qu'il présenterait. Concrètement, le parti ne ferait pas tomber Gadi Eisenkot.

N12 a fait le calcul : dans une telle configuration, le bloc de Benjamin Netanyahou compterait 46 voix contre 48 pour celui d'Eisenkot, soit un avantage de deux sièges. L'ancien chef d'état-major pourrait en outre compter, s'il le souhaite, sur les huit voix du parti arabe Raam de Mansour Abbas.

Ce scénario s'inscrit dans un paysage sans majorité. Les estimations des chaînes 11 et 12 au soir du scrutin plaçaient le Likoud en tête avec 24 à 25 sièges, devant la formation d'Eisenkot, créditée de 21 à 22 sièges. Le bloc du changement emmené par Eisenkot obtiendrait 52 à 53 sièges, contre une cinquantaine pour la coalition sortante, chacun restant loin des 61 sièges nécessaires.

« Notre alliance avec Netanyahou est épuisée »

Les mots rapportés par N12 sont sans ambiguïté. Un responsable du parti affirme : « De Netanyahou, nous n'obtiendrons rien. Notre alliance avec lui est épuisée, surtout s'il n'a pas 61 sièges. Notre intérêt est de redevenir un acteur décisif à la Knesset. »

Un autre cadre redoute le pire scénario pour les orthodoxes, celui d'un gouvernement d'union nationale qui les renverrait dans l'opposition. « Ce n'est pas pour cela que nous avons été élus », tranche-t-il.

Cette rupture ne surgit pas de nulle part. En mai dernier, le rav Dov Lando, chef de file du courant lituanien, avait écrit que les orthodoxes n'avaient plus confiance dans le Premier ministre, ne se sentaient plus ses partenaires et n'agiraient désormais que dans l'intérêt du judaïsme orthodoxe. Avant le vote, le président du parti, Yaakov Asher, refusait déjà de raisonner en termes de blocs, revendiquant un seul camp : celui de la Torah. Moti Babchik, figure d'Agoudat Israël, avait lui aussi déclaré la fidélité à Netanyahou terminée.

La conscription, nœud du marchandage

Le prix de ce soutien porte d'abord sur la loi relative au service militaire des orthodoxes. C'est le dossier qui a empoisonné la dernière législature, alors que Tsahal manque d'effectifs depuis le 7 octobre et que l'exemption des étudiants de yeshivot est de plus en plus contestée dans l'opinion.

Au sein même du parti, on reconnaît que Gadi Eisenkot et ses alliés n'accorderont jamais une exemption de l'ampleur réclamée par les orthodoxes. L'obstacle est majeur et pourrait faire échouer toute entente. Certains misent pourtant sur des discussions discrètes pour aboutir à une loi efficace aux yeux d'Eisenkot, mais supportable pour leur électorat. Dans ce cas, prévoient-ils, les députés orthodoxes protesteraient publiquement contre le texte, sans pour autant tout faire sauter.

Le second volet concerne l'argent : le maintien des budgets du réseau éducatif orthodoxe, des kollels et des yeshivot. Un responsable va plus loin et laisse entendre qu'une fois la loi sur la conscription adoptée, Yahadout HaTorah pourrait rejoindre le gouvernement à part entière.

Un ballon d'essai, pas une négociation

Il faut mesurer la portée réelle de ces déclarations. Toutes émanent de sources anonymes. Aucun dirigeant du parti ne s'est exprimé publiquement, et Yashar! a choisi de ne pas réagir.

Selon les vérifications de N12, seuls des contacts à bas niveau ont lieu à ce stade entre le bloc du changement et Yahadout HaTorah. Rien n'indique que la proposition ait été transmise à Gadi Eisenkot lui-même. Les orthodoxes espèrent un dialogue plus sérieux dans les prochains jours.

Ce type de fuite, classique au lendemain d'un scrutin israélien, sert souvent à tester les réactions, à faire monter les enchères face au Likoud ou à rappeler à Benjamin Netanyahou qu'il ne peut plus considérer ses alliés orthodoxes comme acquis.

Ce que cela changerait

Si ce scénario se concrétisait, il marquerait une rupture historique. Les partis orthodoxes sont depuis des années l'un des socles des gouvernements Netanyahou. Un gouvernement Eisenkot qui tiendrait grâce à leur abstention et, le cas échéant, aux voix de Raam, serait fragile, dépendant à chaque vote de partenaires extérieurs aux intérêts divergents.

Pour Gadi Eisenkot, qui a fait de l'égalité devant le service militaire un thème central, accepter un compromis sur la conscription comporterait aussi un risque politique auprès de ses propres électeurs. Pour Benjamin Netanyahou, le simple fait que cette hypothèse circule signale que son bloc n'est plus un bloc.

Les prochains jours diront si ce ballon d'essai se transforme en négociation réelle ou s'il retombe comme un simple avertissement adressé au Likoud.

Sources :
N12 / Mako, 29 octobre 2026
Connection Ivoirienne, estimations du 27 octobre 2026

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