Jérusalem : quatre étudiantes en médecine voilées aspergées de café et traitées de « terroristes »

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Jérusalem : quatre étudiantes en médecine voilées aspergées de café et traitées de « terroristes »

Quatre étudiantes arabes israéliennes en médecine ont été aspergées de café glacé et insultées dimanche près de la gare centrale de Jérusalem, uniquement parce qu'elles portaient le hijab. Filmée par un complice puis publiée sur Instagram, la scène a été applaudie en ligne. Les jeunes femmes annoncent une plainte et accusent les agents de sécurité de ne pas être intervenus.

Par Claudine Douillet

Une agression en deux temps, filmée et diffusée

Dimanche 18 octobre, en fin de journée, quatre étudiantes en médecine attendent près de la gare centrale de Jérusalem pour rentrer chez elles. Trois sont originaires de villes arabes du « Triangle », Qalansawe, Tayibe et Baqa al-Gharbiyye, la quatrième vit à Jérusalem. Toutes portent le hijab. Soudain, un liquide sucré s'abat sur elles. Un jeune homme, qu'elles estiment âgé de 17 ou 18 ans au maximum, vient de leur jeter une boisson glacée à la vanille.

Le choc passé, l'agresseur ne s'éloigne pas. Deux minutes plus tard, il revient avec un second gobelet de café glacé et le renverse sur elles, ainsi que sur d'autres jeunes filles présentes, avant de prendre la fuite. Pendant ce temps, un autre individu filme la scène. Des passants les traitent de « terroristes ». « Nous avons appelé à l'aide, mais personne n'est intervenu », racontent-elles au site israélien Ynet, qui a révélé l'affaire lundi.

Des agents de sécurité accusés d'indifférence

Sous le choc, l'une des étudiantes appelle son père, qui lui conseille de se tourner immédiatement vers la sécurité de la gare. Les jeunes femmes descendent alors vers l'entrée de la station, où se trouvent quatre agents. Elles expliquent qu'un jeune homme les a filmées et aspergées à deux reprises.

Selon leur récit, l'un des agents lève les yeux au ciel et se contente de répondre qu'il « regardera les caméras ». Deux autres agents arrivent. Une des étudiantes lance alors que si les victimes avaient été juives, la réaction aurait été différente et la police aurait été appelée. Nouvelle mimique agacée, aucune réponse. Pendant l'échange, une autre jeune femme fait une crise d'angoisse et fond en larmes, sans que personne ne s'en préoccupe, affirment-elles.

Ces accusations n'ont pas, à ce stade, fait l'objet d'une réponse publique de la société chargée de la sécurité du site ni de la police.

Une vidéo saluée par des internautes

Le plus choquant, pour les étudiantes, est venu ensuite. La vidéo a été publiée en ligne par le jeune agresseur lui-même. Sous la publication, les commentaires ont afflué pour le féliciter. « Tu es un roi », « bravo », « refaites-le », écrivent des internautes. L'un d'eux ajoute qu'il leur aurait plutôt jeté une boisson chaude.

Ces réactions transforment un geste d'humiliation en spectacle, et donnent à l'agression une portée qui dépasse largement le quai d'une gare. Les jeunes femmes disent ne pas avoir imaginé que leur mésaventure se retrouverait sur Instagram puis dans les journaux télévisés.

« Nous avons 20 ans, nous étudions la médecine »

Deux des étudiantes ont accepté de témoigner. L'une est en troisième année de médecine. Chaque dimanche, lundi et mardi, elles rentrent chez elles par la gare de Jérusalem. Elles choisissent le train parce qu'il évite les embouteillages. Depuis trois ans, elles empruntent ce trajet sans incident. « C'est la première fois que nous vivons une chose pareille », confie l'une d'elles.

Leur message est simple. « Nous avons à peine 20 ans, nous étudions la médecine, nous réalisons notre rêve. Le minimum que j'attends de l'État, c'est de pouvoir rentrer chez moi ou aller à l'université sans danger, sans avoir peur que quelqu'un m'attaque à la gare. »

Après l'incident, raconte l'une d'elles, le groupe a marché vers la station en se retournant sans cesse, par peur d'une attaque au couteau. Elle hésite désormais à reprendre le train et envisage un autre moyen de transport.

Plainte annoncée et recours à un avocat

Les étudiantes affirment qu'elles ne garderont pas le silence. Elles considèrent l'agression comme une infraction pénale et annoncent leur intention de porter plainte, puis de saisir la justice par l'intermédiaire d'un avocat afin que les responsables soient poursuivis.

Elles soulignent que leur cas n'est pas isolé et que d'autres jeunes femmes voilées leur ont rapporté des incidents comparables. Pour elles, l'absence de traitement sérieux des actes racistes encourage leur répétition, en particulier lorsqu'ils visent des Arabes et des femmes portant le hijab.

Ce que prévoit la loi israélienne

Le droit israélien ne laisse pas ce type d'actes sans réponse. Jeter une boisson sur une personne constitue une agression au sens du Code pénal. Lorsque l'infraction est commise pour un motif raciste ou par hostilité envers un groupe en raison de sa religion ou de son origine, la loi prévoit une aggravation de la peine, qui peut être doublée. La diffusion d'une vidéo accompagnée de commentaires appelant à recommencer pourrait, selon les cas, relever également de l'incitation.

Reste à savoir si l'auteur, aisément identifiable puisqu'il a lui même publié les images, sera rapidement entendu par la police de Jérusalem, et si les enregistrements des caméras de la gare seront exploités.

Un enjeu qui dépasse le fait divers

Cette affaire intervient dans un climat de fortes tensions intercommunautaires depuis le 7 octobre 2023. Mais elle touche à un point sensible de la société israélienne. Les citoyens arabes représentent environ un cinquième de la population du pays et occupent une place considérable dans le système de santé, parmi les médecins, les infirmiers et les pharmaciens. Les hôpitaux israéliens, de Jérusalem à Haïfa, fonctionnent chaque jour grâce à des équipes mixtes où soignants juifs et arabes travaillent côte à côte, y compris pendant la guerre.

Humilier publiquement de futures médecins, sous les applaudissements de spectateurs virtuels, c'est s'en prendre à l'un des rares espaces où la coexistence fonctionne concrètement. C'est aussi offrir un argument tout fait à ceux qui, à l'étranger, cherchent à présenter Israël comme un pays où les Arabes n'auraient pas leur place. La réponse des autorités, rapide ou non, dira beaucoup de la capacité de l'État à protéger tous ses citoyens dans l'espace public.

Source : Ynet, article de Hassan Shaalan, 19 octobre 2026.

Jérusalem : quatre étudiantes arabes en médecine voilées aspergées de café glacé et traitées de « terroristes ». Vidéo saluée en ligne, plainte annoncée.

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