Fuite des médecins israéliens : chez Clalit, les départs à l'étranger ont presque quadruplé

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Fuite des médecins israéliens : chez Clalit, les départs à l'étranger ont presque quadruplé

Les médecins de Clalit, première caisse d'assurance maladie d'Israël, quittent le pays à un rythme jamais vu. Les chiffres présentés ce lundi au congrès de l'Association médicale israélienne révèlent une fuite des cerveaux qui touche d'abord les meilleurs praticiens, et le corps médical réclame un plan de retour.

Par Claudine Douillet

Des départs multipliés par plus de trois et demi

Le constat est brutal. Avant 2019, Clalit perdait en moyenne neuf médecins par an partis s'installer à l'étranger. Depuis 2023, ce chiffre atteint 33 par an. Les données ont été présentées ce lundi 19 octobre par Gali Cohen, directrice de la division planification de Clalit, lors d'un congrès consacré à l'émigration des médecins, organisé par l'Association médicale israélienne au village de la Maccabiah, en présence des principaux responsables du système de santé.

Clalit n'est pas un acteur parmi d'autres. Elle assure plus de la moitié des Israéliens et gère à la fois un vaste réseau de dispensaires et plusieurs des plus grands hôpitaux du pays. Ce qui s'y passe donne donc une image fidèle de l'état de la médecine israélienne. Selon Gali Cohen, les chiffres augmentent et la tendance est nette, sans ambiguïté.

La médecine de ville la plus touchée

C'est en médecine de proximité que la hausse est la plus spectaculaire. Les départs y sont passés de trois médecins par an en moyenne à dix huit, soit une multiplication par six. Dans les hôpitaux de Clalit, la moyenne est passée de six à quinze praticiens par an.

Toutes les spécialités ne sont pas frappées de la même manière. L'ophtalmologie arrive en tête des départs, suivie par la pédiatrie. À l'hôpital, la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, l'ophtalmologie, la radiologie et la rééducation figurent parmi les disciplines qui perdent le plus de médecins. Autant de secteurs où les délais d'attente sont déjà longs et où chaque départ pèse immédiatement sur les patients.

Ichilov et Rabin en première ligne

Une enquête menée en 2024 par l'Association médicale israélienne dans les seuls hôpitaux complète ce tableau. Cinquante médecins ont quitté le pays cette année là, dont quatorze issus à eux seuls du centre médical Ichilov de Tel Aviv et du centre médical Rabin de Petah Tikva.

À ces départs s'ajoutent 53 médecins partis se perfectionner à l'étranger dans le cadre de programmes de recherche, les fameux fellowships, qui ont prolongé leur séjour au delà de la durée prévue. La plupart viennent de Sheba et d'Ichilov. Une prolongation ne signifie pas forcément un départ définitif, mais elle inquiète un système qui compte sur le retour de ces jeunes spécialistes formés dans les meilleurs centres mondiaux.

Sécurité, politique et salaires

Les raisons invoquées par les médecins sont connues. L'enquête met en avant la situation sécuritaire et politique du pays, à laquelle s'ajoutent des considérations économiques.

Le docteur Lea Kahanov, du forum des internes de l'Association médicale, a décrit sans détour la réalité de la jeune génération : des salaires jugés misérables, des gardes à répétition et une charge de travail qui ne cesse de s'alourdir. Elle estime que l'instabilité du pays mine aussi le sentiment de sécurité des praticiens, et que sa génération attend qu'on investisse enfin en elle.

Les meilleurs s'en vont

La crainte principale exprimée au congrès dépasse les chiffres. Ce sont précisément les médecins les plus brillants, ceux dans la formation desquels l'État a investi des années, qui choisissent de rester à l'étranger.

Le docteur Eitan Levon, directeur de l'hôpital HaSharon, pointe le manque d'infrastructures de recherche et de blocs opératoires, ainsi que la surcharge de travail, qui découragent les jeunes médecins. Pour lui, ceux qui partent sont « la cerise sur le gâteau » du système de santé israélien, y compris dans ses fonctions de direction. Cette pénurie alimente selon lui une concurrence entre hôpitaux pour attirer le personnel et creuse le déséquilibre entre le centre du pays et la périphérie.

L'oncologie déjà frappée

Le prix se paie déjà dans des domaines vitaux. Le professeur Ido Wolf, doyen de la faculté de médecine de l'université de Tel Aviv, a révélé qu'entre cinq et dix oncologues ont quitté Israël sans revenir. Il les décrit comme la relève la plus solide du pays, des profils pour lesquels il n'existe aujourd'hui aucun remplaçant. Selon lui, les conditions proposées aux chercheurs à l'étranger rendent la compétition presque impossible pour Israël.

Une guerre mondiale des talents médicaux

Le phénomène s'inscrit dans un contexte international tendu. Selon les estimations présentées au congrès, il manque dans le monde entre deux et six millions de médecins. Les pays riches attirent les praticiens des pays plus fragiles ou confrontés à des guerres et à des conflits. Israël, qui sort de deux années de guerre, se trouve exposé à cette concurrence.

Un plan de retour réclamé

Face à l'hémorragie, les participants ont surtout parlé de solutions. Le docteur Zeev Feldman, président de l'organisation des médecins du secteur public, a insisté pour que le manque de postes ne soit jamais un obstacle au retour d'un médecin. Il plaide pour une offre globale, un véritable projet de vie, proposée aux praticiens qui rentrent de l'étranger.

Le message adressé aux autorités est clair. Sans investissement rapide dans les salaires, les conditions de garde, les blocs opératoires et la recherche, Israël risque de perdre durablement une partie de l'élite médicale qu'il a lui même formée.

(Source : Walla News)

Chez Clalit, les départs de médecins à l'étranger sont passés de 9 à 33 par an. Sécurité, salaires, gardes : Israël perd ses meilleurs praticiens.

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