7 octobre : le Hamas a préparé le massacre sous les yeux d’Israël

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7 octobre : le Hamas a préparé le massacre sous les yeux d’Israël

7 octobre : le Hamas a préparé le massacre sous les yeux d’Israël

Le Hamas ne s’est pas contenté de cacher ses intentions à Israël. Il a organisé une véritable opération de tromperie pour que ses préparatifs militaires soient visibles, mais interprétés comme une menace lointaine. Une enquête de Ynet révèle comment Yahya Sinwar a exploité les certitudes du renseignement israélien jusqu’à la veille du massacre du 7 octobre 2023.

Le piège : faire croire au calme tout en préparant la guerre

Dès 2016, le Hamas élabore un plan d’invasion contre Israël. Ses objectifs sont précis : attaquer les positions militaires, pénétrer dans les localités israéliennes et enlever des soldats et des civils.
Mais ses dirigeants savent qu’une préparation de cette ampleur risque d’être détectée. Leur solution ? Convaincre Israël que le Hamas cherche avant tout à préserver le calme à Gaza.
Sous la direction de Yahya Sinwar et de Mohammed Deif, l’organisation alterne périodes d’accalmie et tensions limitées, tout en poursuivant ses préparatifs militaires. Les arrangements économiques, les transferts de fonds qataris et les négociations indirectes renforcent progressivement, côté israélien, l’idée que le Hamas privilégie la stabilité.

Un « grand projet » dissimulé derrière les apparences

Dans des documents internes examinés par Ynet, le Hamas désigne son opération militaire comme le « grand projet ». Un compte rendu d’avril 2022 révèle que ses dirigeants veulent maintenir Israël dans la conviction que le mouvement préfère l’accalmie et la prospérité économique de Gaza.
Pour détourner l’attention, le Hamas exploite également les tensions autour de Jérusalem et multiplie les exercices militaires publics. Des combattants s’entraînent à franchir des obstacles, attaquer des positions militaires, prendre des localités et enlever des otages.
Ces images sont accessibles aux services israéliens. Mais les exercices sont souvent interprétés comme des démonstrations de force destinées à impressionner Israël, plutôt que comme la répétition d’une invasion réelle.
C’est précisément ce que le Hamas cherche à obtenir.

« Mur de Jéricho » : le plan d’invasion existait

Le renseignement israélien disposait pourtant d’un document décrivant un scénario d’attaque d’une ampleur exceptionnelle : le plan baptisé « Mur de Jéricho ».
Une analyste militaire, identifiée par l’initiale V. dans l’enquête, constate que les exercices du Hamas reproduisent plusieurs éléments de ce plan. Elle alerte sa hiérarchie, relève les similitudes et avertit que les entraînements pourraient annoncer une attaque réelle.
Le 12 juillet 2023, un officier du renseignement de la division de Gaza juge pourtant le scénario « totalement imaginaire », estimant que le Hamas cherche surtout à impressionner.
Le 26 septembre, une réunion consacrée au risque d’incursion se tient sans cette analyste. Ses alertes n’ont pas entraîné la réévaluation de la menace qu’elle espérait.
Moins de deux semaines plus tard, le Hamas lance son attaque.

Des signaux inquiétants devenus presque ordinaires

L’enquête révèle un autre élément troublant : en octobre 2022, une centaine de cartes SIM sont activées simultanément à Gaza, la veille de Yom Kippour. Aucune attaque ne suit.
Certains enquêteurs israéliens estiment que cet épisode a pu contribuer à banaliser un signal technique qui réapparaîtra avant le 7 octobre 2023. D’autres évoquent une explication technique liée au fonctionnement des téléphones. L’intention exacte reste donc discutée.
Le même mécanisme se retrouve dans la surveillance de la frontière. Les manifestations, les tensions et les mouvements de tracteurs de l’été 2023 sont principalement interprétés comme des moyens de pression pour obtenir des concessions économiques. Ils permettent aussi au Hamas d’observer les réactions israéliennes et les faiblesses du dispositif frontalier.

La barrière israélienne, une sécurité devenue illusoire

Israël avait investi environ 3,5 milliards de shekels dans une barrière souterraine de 65 kilomètres, officiellement achevée en décembre 2021, destinée à neutraliser la menace des tunnels.
Cette protection technique a nourri un sentiment de sécurité, alors que le Hamas préparait une offensive terrestre massive.
Selon les estimations rapportées par Ynet, les responsables israéliens envisageaient au maximum deux incursions d’environ 70 combattants chacune. Le Hamas préparait un assaut impliquant quelque 2 400 hommes répartis en 24 compagnies.
Le 7 octobre, la réalité dépasse radicalement le scénario envisagé par Israël.

Jusqu’à la veille du massacre, Israël croit encore au calme

À la fin septembre 2023, les arrangements négociés avec l’Égypte et le Qatar contribuent à rétablir une accalmie. Pour une partie des responsables israéliens, le Hamas a obtenu les concessions recherchées et n’a aucun intérêt immédiat à déclencher une guerre.
Le 1er octobre, les discussions sécuritaires israéliennes font pourtant apparaître des inquiétudes. Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, estime que Sinwar se sent puissant et évoque la nécessité de frapper des responsables du Hamas. Le chef d’état-major, Herzi Halevi, demande la préparation d’une opération militaire plus large.
La conviction dominante reste néanmoins qu’une escalade peut être contenue.
Le 6 octobre, quelques heures avant l’attaque, un compte Telegram proche de Benjamin Netanyahou résume cette perception : « Il y a les dollars qataris, il y a le calme. »
Le lendemain matin, alors que l’attaque commence, Netanyahou aurait demandé : « Pourquoi tirent-ils ? », selon les témoignages rapportés par Ynet.

Une opération de tromperie, mais aussi un échec israélien

L’enquête ne décrit pas seulement la ruse du Hamas. Elle met en lumière les failles qui lui ont permis de réussir : des alertes sous-estimées, des renseignements analysés à travers des hypothèses rassurantes, une confiance excessive dans les arrangements économiques et une foi disproportionnée dans les dispositifs de protection.
Tous les signaux n’avaient pas été ignorés. Certains avaient été identifiés, mais leur signification avait été minimisée. Le Hamas a ainsi exploité un phénomène redoutable : lorsque les informations contredisent une conviction dominante, elles risquent d’être interprétées de manière à préserver cette conviction.
Le bureau de Benjamin Netanyahou conteste les conclusions de l’enquête. Il affirme que les responsables de la sécurité soutenaient eux aussi les arrangements économiques avec Gaza et rejette l’idée que les transferts qataris aient constitué une source majeure de financement de la branche militaire du Hamas. Tsahal indique, de son côté, avoir conduit des enquêtes approfondies sur les défaillances précédant le 7 octobre.

La conclusion est accablante : le Hamas préparait une invasion tandis qu’Israël interprétait ses préparatifs comme des démonstrations de force. Le plan existait, des exercices le reproduisaient et des analystes avaient donné l’alerte. Mais jusqu’au 7 octobre 2023, la menace a été évaluée à travers une certitude qui s’est révélée catastrophique.
Source : enquête de Ynet, à lire dans son intégralité sur le média israélien.

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