Avi Gil, l'homme qui a réveillé Netanyahou le 7 octobre conteste la version du Premier ministre

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Avi Gil, l'homme qui a réveillé Netanyahou le 7 octobre conteste la version du Premier ministre

7 octobre : Avi Gil, ex-secrétaire militaire de Netanyahou, conteste la version du Premier ministre

. Mis à jour le 8 octobre 2026 à 15 h.

L'officier qui a réveillé Benjamin Netanyahou le matin du 7 octobre 2023 rompt le silence. Dans un entretien accordé au quotidien Israel Hayom, le général de réserve Avi Gil affirme que le récit présenté au public ne correspond pas à ce qui s'est réellement passé, et relance l'affaire des procès-verbaux modifiés au bureau du Premier ministre, à moins de trois semaines des élections du 27 octobre.

Qui est Avi Gil ?

Le général de division de réserve Avi Gil a occupé pendant environ trois ans le poste de secrétaire militaire du chef du gouvernement, d'abord auprès de Naftali Bennett, puis de Yaïr Lapid, et enfin, pendant un an et demi, de Benjamin Netanyahou. Ce poste fait de lui le lien permanent entre le Premier ministre et l'appareil de défense : il transmet les alertes, organise les points de situation et assiste aux réunions sécuritaires les plus sensibles.

Le 7 octobre 2023, c'est lui qui a informé Benjamin Netanyahou du déclenchement de l'attaque du Hamas, lors des appels de 6 h 29 et de 6 h 40. Il est resté à ses côtés pendant les premiers mois de la guerre, au cœur des délibérations sur les opérations militaires et sur les otages. Silencieux depuis trois ans, il est considéré de longue date par la presse israélienne comme un témoin clé de toute enquête future sur les défaillances ayant mené au massacre. Ce que conteste l'ancien secrétaire militaire

Avi Gil dit avoir décidé de parler parce qu'il circule, selon lui, « trop de mensonges ». Sa critique vise en premier lieu le document de 55 pages que Benjamin Netanyahou a remis le 5 février 2026 au bureau du contrôleur de l'État. Présenté par les services du Premier ministre comme un compte rendu couvrant douze années, de la guerre de Gaza de 2014 jusqu'au matin du 7 octobre, ce texte ne refléterait selon lui qu'une partie de la vérité. Il regrette que le contrôleur de l'État s'appuie sur des extraits de transcriptions fournis par le Premier ministre lui-même, et demande que toute instance d'enquête exige les enregistrements audio intégraux des réunions et des appels, plutôt que leur version écrite. Il dit également s'attendre à être la cible d'une campagne de dénigrement destinée à ruiner sa crédibilité.

L'affaire des procès-verbaux, un dossier ouvert depuis 2024

Le cœur de l'entretien porte sur la conservation des archives du bureau du Premier ministre. Avi Gil raconte qu'environ deux semaines après le début de la guerre, il a constaté que des membres de l'entourage de Benjamin Netanyahou rassemblaient des documents de manière qu'il juge disproportionnée. Il a alors saisi la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, pour faire préciser les règles applicables aux sténogrammes.

Environ trois mois plus tard, une sténographe du bureau lui aurait rapporté que le directeur de cabinet, Tzachi Braverman, lui avait demandé de modifier l'heure consignée de l'un de ses appels avec le Premier ministre au matin du 7 octobre. Avi Gil dit avoir immédiatement signalé les faits, qu'il considère comme relevant du pénal, et parle d'un « mode de fonctionnement criminel ».

Ce dossier n'est pas nouveau. Dès juillet 2024, Ynet révélait que l'ancien secrétaire militaire avait écrit à la conseillère juridique pour faire part de sa crainte que des procès-verbaux du cabinet et des transcriptions d'appels aient été retouchés pendant la guerre ; le bureau du Premier ministre avait alors parlé d'un « mensonge absolu ». En novembre 2024, Tzachi Braverman avait été entendu sous le régime de l'avertissement pendant environ cinq heures par l'unité Lahav 433 de la police, notamment sur la question de l'horaire du premier compte rendu du 7 octobre. Un autre volet de l'enquête, portant sur un soupçon de pression exercée sur un officier, avait en revanche été classé

L'énigme de l'avion égyptien

Interrogé sur les informations selon lesquelles l'Égypte aurait averti Israël avant l'attaque, Avi Gil se garde de confirmer l'existence d'un tel avertissement. Il relève toutefois qu'un appareil du renseignement égyptien a atterri en Israël et y est resté un peu plus d'une heure. Selon lui, un tel déplacement n'est jamais anodin : il implique une rencontre ou la transmission d'un message, qui aurait dû être signalée. Le bureau du Premier ministre a toujours démenti avoir reçu un avertissement égyptien, de même qu'il a nié l'appel du président émirien Mohammed ben Zayed évoqué en septembre par Haaretz.

Les alertes reçues avant le 7 octobre

Les déclarations d'Avi Gil s'inscrivent dans un débat plus large sur les signaux ignorés. La presse israélienne a recensé plusieurs alertes antérieures à l'attaque : le plan d'assaut du Hamas baptisé « Mur de Jéricho », connu de l'armée dès 2022 ; quatre lettres du renseignement militaire adressées au Premier ministre entre mars et juillet 2023 sur l'érosion de la dissuasion israélienne ; la mise en garde du chef du Shin Bet de l'époque, Ronen Bar, en juillet 2023 ; ou encore le point de situation présenté le 21 août 2023 par Avi Gil lui-même à Benjamin Netanyahou et au chef de l'opposition sur la montée des tensions avec l'Iran, le Liban et Gaza. Le Premier ministre affirme pour sa part n'avoir reçu aucun avertissement précis d'une attaque imminente.

Des réactions qui épousent les lignes de fracture de la campagne

Le Likoud a qualifié l'entretien de propagande politique mensongère visant à faire tomber le gouvernement de droite, en répétant que Benjamin Netanyahou n'avait reçu aucune alerte préalable. Le président de la Knesset, Amir Ohana, y voit une mobilisation d'anciens généraux et chefs d'état-major opposés au Premier ministre, et présente les modifications de procès-verbaux comme une simple tentative de les rendre plus précis. À l'inverse, Gadi Eisenkot, que les sondages placent en principal rival du Premier ministre, dénonce une « culture du mensonge » qui met le pays en danger et salue le courage de l'ancien officier. Le chef de l'opposition, Yaïr Lapid, estime qu'un nouveau 7 octobre surviendra si Benjamin Netanyahou reste au pouvoir

Le traitement médiatique reflète lui aussi ces clivages. Le fait que l'entretien soit publié par Israel Hayom, quotidien de droite habituellement favorable au Premier ministre, lui donne un poids particulier. Haaretz, à gauche, met en avant l'accusation de mensonges et les réactions de l'opposition, tandis que les relais du Likoud insistent sur le caractère politique du calendrier.

Pourquoi ce témoignage compte

Trois ans après l'attaque, Israël n'a toujours pas constitué de commission d'enquête d'État, l'instance la plus puissante prévue par la loi israélienne de 1968 : ses membres sont désignés par le président de la Cour suprême et elle dispose de pouvoirs étendus pour convoquer des témoins et saisir des documents. Le gouvernement a écarté cette formule, et c'est notamment le contrôleur de l'État qui examine aujourd'hui une partie des défaillances. Avi Gil dit avoir espéré qu'une telle commission voie le jour, tout en doutant désormais qu'elle soit créée. Son témoignage pose donc une question de méthode autant que de fond : celle de l'intégrité des archives sur lesquelles toute enquête devra s'appuyer. Selon le sondage de la chaîne 12 publié le 5 octobre, 66 % des Israéliens souhaitent la création d'une commission d'enquête d'État.

Ce qu'il faut suivre

L'intégralité de l'entretien doit paraître vendredi 9 octobre dans le supplément du week-end d'Israel Hayom, et Avi Gil devait également s'exprimer jeudi soir sur la chaîne 12. Ses déclarations pourraient peser sur la dernière ligne droite d'une campagne où la responsabilité du 7 octobre reste l'un des principaux clivages entre la coalition sortante et l'opposition, à l'approche du scrutin du 27 octobre.

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