Le 7 octobre, Al Jazeera inverse le récit : « génocide » à Gaza

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Al Jazeera choisit le 7 octobre pour évoquer un « génocide » à Gaza

Al Jazeera et le 7-Octobre : le jour du deuil juif devient un procès en « génocide »

Publié le  · Par Claudine Douillet

Le 7 octobre 2026, trois ans jour pour jour après le pire massacre de Juifs depuis la Shoah, Al Jazeera a choisi de ne pas parler des victimes. La chaîne qatarie a publié un bilan intitulé « trois ans de génocide israélien à Gaza ». Ce n'est pas une maladresse de calendrier : c'est une inversion méthodique, qui fait du peuple endeuillé l'accusé.

Une date choisie, un mot choisi

Le 7 octobre 2023, des commandos du Hamas et d'autres groupes armés ont franchi la frontière de Gaza, assassiné 1 221 personnes selon le décompte de l'AFP fondé sur les chiffres officiels israéliens, en majorité des civils, et enlevé plus de 250 otages. Des familles ont été brûlées dans leurs maisons, des jeunes abattus en pleine fête, des enfants arrachés à leurs parents. Trois ans plus tard, Israël tenait ses cérémonies au kibboutz Kfar Aza, sur le site du festival Nova, à Tel-Aviv. Ce même jour, Al Jazeera mettait en ligne une infographie dont le titre et la première phrase affirment, dans la voix même de la rédaction et sans la moindre attribution, qu'Israël commet un « génocide ».

Le choix de la date dit tout. Un média qui veut informer sur la situation humanitaire à Gaza dispose de 364 autres jours dans l'année. Un média qui publie ce titre précisément le jour anniversaire du massacre ne documente pas : il répond. Il oppose au deuil juif une accusation, et au souvenir des victimes un réquisitoire contre ceux qui les pleurent.

Le massacre relégué en note de bas de page

Dans ce bilan, l'attaque du 7 octobre n'apparaît que dans un encadré de contexte, réduite à l'élément déclencheur de « l'offensive israélienne ». La chaîne y retient d'ailleurs le chiffre de 1 139 morts et d'environ 240 captifs, inférieur aux décomptes établis depuis. Aucun nom de victime, aucun témoignage de survivant, aucune mention des otages encore pleurés par leurs familles. Le crime fondateur devient un simple prologue, et l'agresseur disparaît derrière la riposte qu'il a provoquée.

Le reste repose sur les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, une administration placée sous l'autorité du Hamas, qui ne distingue pas les combattants des civils. Al Jazeera reprend ces données comme des faits acquis et va jusqu'à écrire qu'elles sous-estimeraient probablement le bilan réel. La chaîne place le mot cessez-le-feu entre guillemets et affirme qu'Israël aurait frappé Gaza 325 jours sur 361 depuis la trêve d'octobre 2025. Aucun de ces éléments n'est mis en regard des tirs, des violations ou de la stratégie du Hamas, qui disparaît presque entièrement du récit.

Pourquoi le mot « génocide » n'est pas neutre

Le génocide est une qualification juridique précise, qui suppose l'intention de détruire un groupe en tant que tel. Elle relève de juridictions internationales, pas d'un titre de rédaction. Lorsqu'un média de cette audience l'assène comme une évidence, il ne commente plus une guerre : il assigne à l'État juif l'étiquette du crime absolu, celui-là même dont les Juifs ont été les victimes au XXe siècle.

C'est le cœur de l'inversion accusatoire. Faire des descendants des victimes de la Shoah les auteurs d'un génocide, et le faire le jour où l'on commémore le pire massacre de Juifs depuis 1945, revient à retourner contre eux leur propre mémoire. La définition de l'antisémitisme adoptée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), reconnue par la France et par la plupart des États européens, range parmi les manifestations contemporaines de l'antisémitisme l'application d'un double standard à Israël, exigé d'aucune autre nation, ainsi que la comparaison de la politique israélienne avec celle des nazis. Un bilan qui efface l'agresseur, sacralise les chiffres d'une administration du Hamas et transforme l'autodéfense d'un pays attaqué en crime contre l'humanité coche ces cases.

Un précédent qui n'a rien d'isolé

Al Jazeera n'en est pas à son premier dérapage. En mai 2019, sa filiale numérique AJ+ en arabe avait diffusé une vidéo affirmant que le mouvement sioniste avait exagéré l'ampleur de la Shoah et en avait été le « grand gagnant ». Face au scandale, le groupe avait lui-même retiré le contenu, suspendu deux journalistes et reconnu une violation de ses règles éditoriales. Le réseau savait donc, dès cette date, où passe la frontière entre information et haine. Sept ans plus tard, ce n'est plus une vidéo isolée produite sans contrôle : c'est le titre d'un dossier publié par la rédaction elle-même, le jour le plus symbolique de l'année.

Il faut aussi rappeler qui parle. Al Jazeera est financée par l'État du Qatar, qui a longtemps hébergé la direction politique du Hamas à Doha. Quand une chaîne d'État reprend le vocabulaire et les chiffres de l'organisation qui a perpétré le massacre, et le fait le jour de son anniversaire, la question n'est plus celle de la liberté éditoriale. C'est celle de la propagande.

Ce que ce récit produit dans nos rues

Ce discours ne reste pas à Doha. Il circule sur les réseaux sociaux, est repris dans les cortèges, imprimé sur les pancartes. Le même 7 octobre, à Londres, cinq personnes ont été arrêtées pour avoir scandé des appels à l'intifada devant le siège des représentants de la communauté juive britannique. À Paris, une manifestation était convoquée sous le mot d'ordre « contre le génocide à Gaza », le jour même de l'anniversaire. À Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères parle d'un échec collectif face à l'antisémitisme. Le mot « génocide » est devenu le passe-partout qui autorise à cibler des Juifs partout dans le monde au nom d'Israël.

Dénoncer ce récit n'interdit en rien de parler des souffrances des civils de Gaza, ni de critiquer la politique d'un gouvernement israélien. Cela exige simplement de refuser qu'un média d'État transforme le jour du deuil juif en tribunal contre les Juifs. Les régulateurs européens, les plateformes qui diffusent Al Jazeera et les rédactions qui reprennent ses chiffres sans les vérifier ont désormais une responsabilité : celle de nommer cette dérive pour ce qu'elle est.

Sources : https://www.aljazeera.com/news/2026/10/7/three-years-of-israels-genocide-in-gaza-in-numbers

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