Médecins, ingénieurs, cadres : l'exode silencieux qui coûte 3,5 milliards de shekels à Israël par an

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Médecins, ingénieurs, cadres : l'exode qui coûte 3,5 milliards de shekels à Israël

Les riches fuient Israël : la facture grimpe à 3,5 milliards de shekels par an

Médecins, ingénieurs, chercheurs, cadres : l'élite économique d'Israël plie bagage à un rythme jamais vu, et le Trésor s'apprête à payer la note. Chiffres à l'appui, l'Autorité fiscale et l'Université de Tel-Aviv sonnent l'alarme.

Le compte à rebours a commencé. Dans cinq ans, si rien ne change, Israël perdra chaque année 3,5 milliards de shekels de recettes fiscales, purement et simplement effacés par le départ de ses contribuables les plus riches. Ce n'est pas une hypothèse pessimiste sortie de nulle part : c'est le chiffre que l'Autorité fiscale elle-même met sur la table, et il fait froid dans le dos.

La note a déjà doublé en cinq ans

Le mal était contenu jusqu'en 2019 : 500 millions de shekels de pertes fiscales par an, un chiffre gérable. Puis tout s'est emballé. En 2023 et 2024, la note a bondi à 1,2 milliard de shekels chaque année, plus du double. L'Autorité fiscale calcule désormais une progression brutale de 700 millions de shekels supplémentaires à chaque nouvelle vague de départs. À ce rythme, l'addition atteindra 3,5 milliards de shekels par an d'ici cinq ans. Au ministère des Finances, on ne mâche plus ses mots : les voyants sont au rouge.

Ce ne sont plus des étudiants qui partent, ce sont des fortunes

Le vrai basculement n'est pas dans le nombre, il est dans le portefeuille. La part des Israéliens du décile supérieur de revenus parmi les partants a bondi de 0,3 pour cent à plus de 0,5 pour cent en 2024, une explosion de près de 80 pour cent. Ce petit groupe représente à lui seul 67 pour cent des revenus cumulés de tous les émigrants et pèse pour 86 pour cent de la perte fiscale totale. Le revenu moyen de ceux qui plient bagage dépasse aujourd'hui de 50 pour cent le revenu moyen national. Israël ne perd plus sa jeunesse en quête d'aventure, il perd ses plus gros contribuables.

90 000 départs en vingt mois, une étude universitaire le confirme

Les chercheurs Itay Ater, Netta Bergman et Doron Zamir, de l'Université de Tel-Aviv, ont creusé le sujet avec une méthode inédite, en isolant les "migrants de fond", ceux qui s'installent réellement ailleurs, loin des séjours temporaires ou des simples escales. Leur verdict est sans appel : entre janvier 2023 et septembre 2025, environ 268 000 Israéliens ont quitté durablement le pays, contre une moyenne stable de 32 000 par an les années précédentes.

Sur cette seule période, l'impôt sur le revenu payé par ces partants durant l'année précédant leur départ dépassait déjà 1,5 milliard de shekels, sans même compter la TVA ou l'impôt sur les sociétés qu'ils ont cessé de verser.

Les médecins désertent, la santé publique trinque

Le secteur médical encaisse un coup dur : 875 médecins israéliens ont quitté le pays entre janvier 2023 et septembre 2024. Même après le retour de certains, il reste un solde net de 481 médecins définitivement perdus, sur un total national d'à peine 44 000 praticiens recensés en 2022. Dans un pays qui souffre déjà d'une pénurie chronique de médecins et qui investit des fortunes pour en former davantage, chaque départ pèse double.

La fuite des cerveaux frappe la tech et la recherche

Le tableau est tout aussi sombre côté science et technologie. Plus de 19 000 diplômés du supérieur ont quitté Israël sur la période, dont 6 600 issus de filières scientifiques et techniques, et 633 titulaires d'un doctorat dans ces domaines, avec un solde net de 224 chercheurs perdus après les retours. Les ingénieurs ne sont pas épargnés : plus de 3 000 sont partis, pour un solde net négatif de 2 330, une hémorragie pour un pays dont l'économie repose largement sur la haute technologie.

Des jeunes, mais de plus en plus de quadras établis

Plus de 75 pour cent des partants ont moins de 40 ans, rien d'anormal pour une population mobile en quête d'études ou de carrière ailleurs. Mais un glissement inquiète les chercheurs : la part des plus de 40 ans grimpe elle aussi. Ce ne sont plus seulement des jeunes sans attaches qui s'en vont, ce sont des Israéliens installés, avec carrière et famille, qui rejoignent le mouvement.

Pas un effondrement, mais un engrenage dangereux

Les auteurs de l'étude refusent le catastrophisme immédiat : le nombre de partants ne menace pas, à lui seul, l'économie israélienne, et le scénario d'un effondrement démographique reste éloigné. Le vrai danger, disent-ils, c'est la poursuite et l'aggravation de la tendance. L'économie d'Israël ne repose pas sur des matières premières mais sur un capital humain rare et concentré dans quelques secteurs vitaux : la médecine, l'ingénierie, la recherche, l'université, la haute technologie. Nul besoin d'un exode massif pour faire des dégâts systémiques : quelques vagues ciblées et intenses dans ces populations suffisent à faire vaciller l'édifice.

L'engrenage qui s'auto-alimente

Le mécanisme est vicieux. Chaque départ d'un médecin ou d'un ingénieur affaiblit un peu plus le système auquel il appartenait.
Ce système affaibli devient moins attractif pour ceux qui restent, qui envisagent à leur tour de partir. Et chaque secousse politique, sécuritaire ou économique accélère le processus. Autrement dit, chaque départ pousse le suivant vers la sortie. Si ce cercle vicieux franchit un seuil critique, préviennent les chercheurs, il deviendra très difficile de le renverser, avec des conséquences macroéconomiques lourdes pour tout le pays.

Le vrai péril, concluent les auteurs de l'étude, n'est pas ce qui s'est déjà produit, mais ce qui pourrait arriver à un rythme qui s'emballe. Ils appellent à agir maintenant, avant que l'économie israélienne n'atteigne un point de non-retour, et pointent l'inaction actuelle du gouvernement comme une erreur potentiellement historique.

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