Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

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Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

À Bruxelles, au mois d'avril dernier, plus de cent chefs de communautés juives venus de toute l'Europe se sont réunis pour un congrès de l'Association des organisations juives d'Europe (EJA). L'ordre du jour n'avait rien d'ordinaire. Sur la table : une proposition inédite, radicale dans sa conception, visant à faire reconnaître juridiquement les Juifs comme "minorité ethnique protégée" dans l'ensemble des États du continent. Une idée qui bouscule les certitudes, relance un débat vieux comme l'Europe elle-même, et répond à une réalité que personne ne peut plus ignorer.

La flambée des actes antisémites dans de nombreux pays, la montée en puissance des discours de haine dans les rues et sur les réseaux, l'incendie de synagogues, des ambulances d'organisations juives de secours attaquées en Grande-Bretagne tout cela pousse les Juifs d'Europe à une question existentielle : quel avenir pour leur communauté sur ce continent ?

Ce que la proposition promet concrètement

Le texte soumis au congrès de Bruxelles est précis et ambitieux. Il vise d'abord à garantir le respect sans discrimination des droits fondamentaux des communautés juives.

Il entend ensuite contraindre les États à organiser un dialogue interculturel et à financer un enseignement qui lui corresponde. Il prévoit également de protéger les pratiques religieuses juives notamment la cacherisation des viandes et la circoncision contre toute tentative d'interdiction, et d'assurer la pérennité des établissements scolaires juifs même là où l'État ne subventionne pas les écoles confessionnelles.

Enfin, et c'est peut-être le point le plus sensible, la proposition exigerait que les autorités publiques financent directement la sécurité des communautés juives.

Car c'est là que le bât blesse le plus cruellement. L'un des avantages majeurs d'un statut de "minorité ethnique" serait précisément d'ouvrir droit à des financements gouvernementaux et européens pour la protection physique des communautés.

Aujourd'hui, dans plusieurs pays d'Europe, ce sont les communautés elles-mêmes qui assument ce coût.
En Grande-Bretagne, des anciens membres d'unités d'élite sont engagés à titre onéreux pour assurer la protection des institutions juives.

En Irlande, le coût de la sécurité lors d'événements communautaires repose sur les participants eux-mêmes.
Le rabbin Menahem Margolin, président de l'Association des organisations juives d'Europe, a confié à Ynet : "Les mesures de sécurité du nouveau jardin d'enfants que nous venons d'ouvrir à Bruxelles coûtent environ un demi-million d'euros portes et fenêtres blindées, portail sécurisé, salle de mise à l'abri, et bien d'autres équipements."
La vraie question dépasse le budget : les États européens sont-ils prêts à assumer la responsabilité de la sécurité de leurs citoyens juifs ?

Une proposition qui divise

L'assimilation des Juifs à une "minorité ethnique" comparable aux Roms ou aux Sames des pays scandinaves ne va pas sans susciter de vives résistances.
En France notamment, où la séparation stricte entre la religion et l'État est gravée dans le marbre républicain, les membres de la communauté se définissent d'eux-mêmes comme des "Français juifs" et non comme une minorité ethnique à part.

La professeure Rosa Friedman, de l'Université de Reading en Grande-Bretagne, qui travaille avec des organisations de défense des droits des minorités et a rédigé le volet juridique du document, reconnaît la difficulté :

"La définition des Juifs est traditionnellement fondée sur la religion, non sur une appartenance ethnique ou linguistique. Cependant, dans au moins sept membres du Conseil de l'Europe, un tel statut existe, reconnaissant des communautés qui possèdent une culture distincte, une identité propre et des liens avec l'Europe qui s'étendent sur plus d'un siècle.
Ce statut a vu le jour dans le sillage des conflits ethniques et religieux dans les États issus de l'ex-Yougoslavie. L'identité juive est bien plus qu'une appartenance religieuse : c'est aussi une identité ethnique et culturelle, avec sa propre langue."

"L'antisémitisme est un poison"

Le congrès de Bruxelles a réuni des personnalités de premier plan. Parmi elles : l'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, connu pour sa défense sans concession des droits de la communauté juive ; le rabbin Yehuda Kaplan, envoyé spécial américain pour la surveillance et la lutte contre l'antisémitisme ; Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la Commission européenne pour la lutte contre l'antisémitisme et la promotion de la vie juive ; l'ambassadeur Avi Nir-Feldklein, chef de la mission israélienne auprès de l'Union européenne et de l'OTAN ; ainsi que des membres du Parlement européen et des élus de tout le continent. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a envoyé un long message vidéo dans lequel elle a qualifié l'antisémitisme de "poison" et martelé :

"L'Europe doit être un endroit où les Juifs peuvent vivre en sécurité et sans peur. Un endroit où porter une kippa ne représente aucun danger, et où les enfants n'ont pas besoin d'une escorte armée pour aller à l'école."

Le rabbin Margolin, qui organise ce type de congrès depuis 2014 dans des villes différentes à chaque édition, a expliqué sa démarche :

"Le but de ces rencontres n'est pas seulement de permettre aux gens d'exprimer leur douleur et de parler de leurs difficultés. Il s'agit surtout d'examiner des solutions concrètes et de favoriser la coopération entre communautés pour les faire avancer.
De nombreuses communautés entretiennent des relations prudentes avec les autorités de leurs pays. Il est important qu'elles comprennent qu'il faut parfois se montrer ferme face aux gouvernements. Si l'on se contente de leur dire ce qu'ils veulent entendre, ça ne fonctionne pas. Parfois, les communautés nous demandent de dire la vérité à leur place. Nous sommes prêts à être en première ligne et à 'essuyer les tirs'."

L'Irlande, ou l'exclusion en gants blancs

Orly Dagani, membre du conseil d'administration de l'organisation représentant la communauté juive irlandaise, était présente à Bruxelles pour témoigner d'une réalité particulièrement rude. Installée en Irlande depuis huit ans après que sa famille a erré entre plusieurs pays européens, elle est entrée en activisme après avoir elle-même été confrontée à l'antisémitisme. En Irlande, dit-elle, la méthode n'est pas celle des crachats ou des bousculades. C'est autre chose : "Vous exclure poliment mais radicalement de leur vie."

Le problème des manuels scolaires est également préoccupant.
"Le mouvement BDS a infiltré les syndicats d'enseignants et les contenus sont très unilatéraux", explique-t-elle. "En Irlande, il n'existe aucun contrôle sur les manuels scolaires. N'importe qui peut en publier un, du moment qu'il contient quelques éléments exigés par le ministère de l'Éducation. Et ce ministère refuse catégoriquement de nous aider."

L'ambassadeur qui a refusé de plier

Le congrès a décerné un prix d'honneur à l'ambassadeur américain en Belgique, Bill White, ami du président Donald Trump depuis trente ans, à qui celui-ci a confié une mission spéciale : défendre les droits des Juifs dans le pays.
Cet homme qui se décrit lui-même comme un "diplomate atypique" a eu des mots forts :

"Ça me brise le cœur quand on crache sur un enfant juif ou sur un vieil homme dans les rues d'Anvers simplement parce que quelqu'un pense qu'il représente Israël. Il faut éduquer les gens pour qu'ils fassent la différence entre les choses."

L'ambassadeur White a provoqué une véritable tempête diplomatique lorsqu'il a publié sur les réseaux sociaux que "la Belgique est antisémite", en réaction à des poursuites judiciaires engagées contre des mohels accusés de violences sur enfants. Convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, il n'a pas cédé d'un pouce. Ralph Pais, co-fondateur du Centre d'Information et de Documentation juif en Belgique, en tire une leçon politique sans ambiguïté : "La pression extérieure est le seul facteur qui encore retient certains ici.

Quand les États-Unis disent : 'Si vous ne traitez pas correctement les Juifs, nous vous imposerons des sanctions ou nous leur ouvrirons nos portes pour qu'ils partent', les politiques locaux écoutent."

La frontière floue entre antisionisme et antisémitisme

Un autre sujet délicat a occupé les débats : la confusion entretenue entre antisémitisme et antisionisme. La professeure Friedman a posé la question avec une clarté qui tranche : "On peut tout à fait débattre de savoir si ce qui se passe à Gaza relève de la légitime défense ou non. Le droit de manifester sans violence est une composante fondamentale de toute démocratie digne de ce nom. Les gens ont le droit de protester contre des guerres et de critiquer Israël.
Mais ils n'ont pas le droit de harceler, menacer, être antisémites ou pratiquer le doxing."
Elle observe que dans les universités britanniques les plus prestigieuses, la confusion est profonde chez les étudiants :
"Ils ne crieraient jamais 'pas de Bangladais sur le campus'. Quand ils crient 'pas de sionistes sur le campus', ils appliquent à Israël un traitement différent de celui qu'ils réservent à toutes les autres nations. C'est de l'antisémitisme. Si les définitions ne sont pas claires, nous faisons face à un tsunami d'antisémitisme masqué en antisionisme."

Un statut difficile à obtenir, mais nécessaire à revendiquer

L'obtention du statut de "minorité ethnique protégée" dans l'Union européenne est une entreprise titanesque : chaque État membre devrait l'approuver individuellement. Les chances paraissent minces. Mais David Lega, Suédois, secrétaire général de l'Association des organisations juives d'Europe et ancien membre du Parlement européen, soulève un point fondamental :
"La situation des Juifs en Europe varie d'un pays à l'autre et dépend du parti au pouvoir. Dans les pays où les choses vont bien, il y a une grande anxiété avant chaque élection. Dans les pays où la situation est terrible, on espère à chaque fois que les élections apporteront un changement.
C'est absurde, car la sécurité des Juifs en Europe et la survie de la vie juive ne devraient pas dépendre de la couleur politique des gouvernements." Voilà précisément pourquoi, conclut-il, un statut institutionnel stable s'impose pour les communautés juives dans toute l'Europe.

La proposition est audacieuse. Le chemin sera long. Mais quelque chose a changé à Bruxelles en ce mois d'avril : des voix juives ont décidé de ne plus chuchoter.

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