« Solution finale » : deux mots de Rachel Khan devenus une affaire politique et judiciaire

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
« Solution finale » : deux mots de Rachel Khan devenus une affaire politique et judiciaire

« Solution finale » : comment une phrase de Rachel Khan est devenue une affaire politique et judiciaire

Le point de départ : une séquence TV, un mot toxique, un montage qui enflamme

Tout part d’une intervention de Rachel Khan sur CNews fin août 2025, dans un contexte de hausse des actes antisémites qu’elle commente à l’antenne.
Dans cette séquence, elle reprend une formule attribuée à Marceline Loridan (déportée, survivante des camps), évoquant l’idée qu’une « solution finale » pourrait redevenir pensable mais « acceptable » si elle était portée “contre les Juifs” sous des habits idéologiques contemporains.
Rachel Khan dit explicitement citer Marceline Loridan avant de conclure sur le plateau : « … on veut une solution finale acceptable avec le palestinisme ». 

C’est là que l’affaire bascule : l’extrait circule massivement sous forme de vidéo courte, accusant Rachel Khan d’avoir appelé à une « solution finale » visant les Palestiniens autrement dit d’avoir franchi une ligne pénale et morale. 

La riposte de Sandrine Rousseau : l’article 40, pas une simple polémique

Sandrine Rousseau annonce qu’elle fait un « article 40 »  un signalement au procureur. 

En droit, l’article 40 du Code de procédure pénale encadre le rôle du procureur (réception des plaintes/dénonciations, choix des suites) et, surtout, impose aux autorités/agents publics qui apprennent un crime ou un délit dans l’exercice de leurs fonctions d’en avertir « sans délai » le procureur. 

Traduction politique : Rousseau ne se contente pas de dénoncer une dérive verbale, elle choisit la judiciarisation. Même si l’issue est incertaine, le simple signalement change la nature du rapport de force : on sort du débat, on entre dans le soupçon pénal.

La défense de Rachel Khan : « vidéo tronquée », intimidation et bataille des mots

Rachel Khan affirme que la vidéo est tronquée et que son propos vise non pas les Palestiniens, mais un climat idéologique mondial où l’antisémitisme se recycle sous d’autres bannières. Elle accuse Rousseau d’utiliser son statut (article 40) comme « opération de com » et évoque une stratégie d’« humiliation » et de « nazification » à son encontre. 

Au cœur de sa ligne : le mot “palestinisme” (qu’elle présente comme un concept intellectuel) et l’idée qu’on détourne son intention en isolant une formule-choc.

Pourquoi cette affaire prend : la Shoah comme arme rhétorique des deux camps

Le nœud n’est pas seulement ce qui a été dit, mais le mot déclencheur : « solution finale ». Dans l’espace public français, c’est un explosif sémantique. La moindre ambiguïté se paie cash.

Deux dynamiques se superposent :

L’économie des réseaux : une phrase extraite devient une “preuve”, sans contexte, et le contexte devient suspect (“excuse”, “rattrapage”).

La guerre des analogies : chaque camp accuse l’autre de manipuler la mémoire de la Shoah — l’un en “banalisant” l’expression, l’autre en l’instrumentalisant pour disqualifier une voix.

Des médias comme L’Humanité affirment que l’Arcom a été saisie après la séquence, signe que l’onde de choc dépasse le duel Rousseau–Khan. 

L’arrière-plan rarement rappelé : « resKHANpée », EELV et une fracture ancienne

Cette affaire ne surgit pas dans le vide. Rachel Khan a déjà été au centre d’une controverse politique en 2023 autour du mot « resKHANpée », utilisé contre elle par le rappeur Médine, épisode qui a secoué EELV et mis Marine Tondelier et Sandrine Rousseau sous pression interne. 

Autrement dit : la conflictualité entre Khan et une partie de l’écologie politique française est documentée, ancienne, et sert aujourd’hui de carburant narratif aux deux camps.

Ce que Rachel Khan a réellement dit

Contrairement à ce qui a circulé sur les réseaux, Rachel Khan n’a pas appelé à une « solution finale » contre les Palestiniens.
Les retranscriptions issues de médias généralistes montrent qu’elle évoquait une analogie historique : l’idée qu’un climat idéologique contemporain pourrait rendre acceptable une logique exterminatrice dirigée contre les Juifs, sous des habillages politiques nouveaux.

Sa phrase controversée s’inscrit dans une alerte sur la banalisation de l’antisémitisme.
Le scandale naît du choc produit par l’expression « solution finale », utilisée comme référence historique à la Shoah. Pour ses critiques, cette analogie franchit une limite symbolique intolérable. Pour ses défenseurs, elle relève d’une mise en garde sur les mécanismes idéologiques qui rendent la haine socialement acceptable.

La controverse porte donc moins sur un appel littéral à la violence que sur une question plus large : peut-on mobiliser la mémoire de la Shoah comme métaphore dans le débat politique contemporain ? C’est ce glissement sémantique et non un appel explicite au génocide qui a déclenché l’affaire.

C’est une querelle sur le droit d’utiliser la Shoah comme métaphore politique, plus qu’un appel à la haine au sens littéral.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi