La Aliyah en Israël est-elle bonne pour les Juifs?

Actualités, Alyah Story, Culture, Israël, Judaïsme - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
La Aliyah en Israël est-elle bonne pour les Juifs?

La question qui revient chaque année pour beaucoup de Juifs notamment ceux qui vivent en France est celle-ci : Est-ce que en tant que Juifs devons nous faire l'Alyah ?
Le fait que ce soit le pays des Juifs y a-t-il une obligation de ne pas prolonger l'exil comme il est dit dans certains textes ?
J'ai trouvé cette lettre du Rabbi, dont la réponse loin d'être lapidaire, explique l'importance pour un Juif d'être à sa place, celle-ci ne dépend pas d'un pays, mais de son rôle dans sa communauté.
La réponse du Rabbi exprime toutes les subtilités de l'Alyah et ne botte pas en touche les Olés qui sont déjà des potentiels Yored (ceux qui font demi-tour). Brillante réponse que je vous invite à lire et à méditer

Lettres du Rabbi de Loubavitch
5741

Professeur _______
Johannesburg, Afrique du Sud

Salutations et Bénédiction :

J’accuse réception de votre lettre, qui m’est parvenue avec un certain retard. Je regrette que les responsabilités qui sont les miennes m’aient empêché de le faire plus tôt.

En ce qui concerne l’objet de votre lettre, à savoir, une demande de clarification de mon point de vue sur la aliyah : j’aurais espéré que, dans la mesure où la aliyah n’est pas une question académique, mais une réalité effective depuis de nombreuses années, les faits concrets auraient été suffisamment éloquents sans qu’il y ait besoin d’exprimer des opinions et des avis. Cependant, puisque vous sollicitez encore ma réponse à une lettre d’il y a plus d’un an, je vais résumer mon point de vue, après quelques remarques préliminaires.

S’agissant de Loubavitch, vous savez sûrement qu’il existe un village ‘Habad en plein développement près de Lod, peuplé d’immigrants provenant de derrière le Rideau de Fer et, plus récemment, un second Kfar ‘Habad a commencé à émerger avec des projets pour des centaines d’appartements supplémentaires.

Il y a un quartier ‘Habad à Kiryat Malachi, nommé Nachalat Har ‘Habad et un Shikoun ‘Habad à Jérusalem.
Il y a également une Kiryat ‘Habad en pleine expansion à Safed (Tsfat).

Cette aliyah ‘Habad organisée s’ajoute bien sûr, aux anciens yishouvim ‘Habad qui existent depuis l’époque du fondateur du mouvement ‘Habad (il y a quelque 200 ans).

Par ailleurs, de nombreuses familles individuelles, pas nécessairement ‘Habad (Loubavitch), ont demandé conseil et ont été incitées à s’établir en Erets Yisrael sur la base de leurs situations respectives.

En ce qui concerne la aliyah en général – en dehors des situations où il y a une nécessité impérieuse d’émigrer, comme dans les pays arabes, l’Union soviétique, etc., et à l’exception des cas particuliers tels que la réunification des familles et autres – il est clair que, dans la mesure où les ressources disponibles sont limitées, le type d’aliyah sur lequel il convient de concentrer les efforts doit être déterminé par un ensemble de priorités. Pour cela, plusieurs facteurs de base doivent être pris en compte :

1) Que le nouvel immigrant arrivant en Erets Yisrael puisse être en mesure de contribuer au développement et au bien-être d’Erets Israël, et certainement pas lui être préjudiciable.

2) Que le nouvel immigrant puisse être en mesure de s’intégrer à l’économie du pays, et ne pas ajouter au fardeau excessif que celui-ci subit déjà.

3) Même lorsque les conditions (1) et (2) sont remplies, le gain d’un nouvel immigrant, ou d’un groupe d’immigrants, doit être comparé à la perte que leur émigration de leur pays actuel causera à la communauté juive locale.

S’il se trouve que la personne est un leader dans sa communauté et que son départ affectera sérieusement le bien-être de celle-ci – spirituellement, économiquement ou politiquement –, affaiblissant ainsi le soutien de la communauté pour Erets Yisrael, il est clair que le gain sera largement neutralisé par la perte.

Nous avons vu cela se produire à maintes reprises, lorsque les dirigeants d’une communauté furent persuadés de faire leur aliyah, entrainant inévitablement que la communauté connut un déclin rapide, tant physique que spirituel. Dans une petite communauté, le départ d’un seul membre influent, qu’il s’agisse d’un rabbin ou d’un fidèle, peut faire toute la différence.

S’il fut un temps, il y a des décennies, où les considérations qui précèdent (que j’ai toujours appelé à prendre en compte) étaient perçues comme conjecturales, les effets à long terme d’une aliyah mal conçue ne laissent plus de place au moindre doute quant au type d’aliyah qui est constructif.

Cela fait bien trop longtemps que ceux qui sont concernés par la aliyah, avec les meilleures intentions, considèrent seulement le gain immédiat et ignorent la perte à plus long terme.

D’autres, dans leur zèle pour produire des « réalisations » rapides ont, involontairement ou non, eut recours à des méthodes de propagande, etc., qui furent encore plus préjudiciables à toutes les parties concernées – Erets Yisrael, la diaspora et les immigrants eux-mêmes –, ce qui a contribué dans une mesure non négligeable aux niveaux excessifs de yeridah.

Un exemple classique de cela est l’émigration du Maroc.

La campagne de la aliyah fut concentrée sur le groupe offrant le moins de résistance, à savoir les chefs spirituels, malgré mes avertissements, par voie discrète, des conséquences désastreuses que ne manquerait pas d’engendrer le fait de démunir les communautés locales de leur leadership.

L’argument de base était que « les dirigeants doivent montrer le chemin, le troupeau suivra ». Ce qui est arrivé est que les dirigeants firent, en masse, leur aliyah, mais les communautés locales devinrent largement démoralisées.

Au final, des centaines de milliers de Juifs marocains émigrèrent, non pas en Terre d’Israël, mais en France, où ils furent exposés à des forces d’assimilation qu’ils n’avaient pas rencontrées auparavant. Cela se produisit bien que le Maroc fut le plus bienveillant des pays arabes (ce qu’il est encore, ce qui est en soi miraculeux).

Il va sans dire qu’il ne suffit pas de faire en sorte que quelqu’un devienne un oleh ; il est nécessaire de s’assurer, autant que possible, que ce oleh ne deviendra pas tôt ou tard un yored.

Il n’y a aucune utilité – et il ne s’agit pas seulement d’un exercice futile, mais du gaspillage de ressources limitées – de convaincre de faire sa aliyah une personne qui est à 51 % un yored potentiel, a fortiori lorsque ce potentiel atteint les 90 %.

Pourtant, il est notoire que les militants de la aliyah ont bien trop souvent ignoré ce principe de base, soit par vœu pieux, soit, ce qui est plus déplorable, du fait de s’être assigné des « quotas » à remplir par tous les moyens pour justifier et maintenir leurs positions de bons agents de recrutement.

Bien sûr, le niveau excessif de yeridah, en particulier ces dernières années, n’est pas seulement dû à une carence dans l’évaluation et dans la sélection des candidats à la aliyah, ou aux promesses et aux perspectives exagérées qui leur ont été exposées.

Un nombre très important de yordim sont nés sur place, ce qui est un sujet douloureux en soi.

Nous parlons ici d’immigrants qui sont devenus des yordim, ou de leurs enfants qui ont grandi là, mais sont également devenus des yordim.

Le désenchantement de certains olim n’est pas toujours lié à l’économie, bien que la situation aurait été bien meilleure s’il y avait eu une coordination plus étroite entre le département de la aliyah et les agences de klitah (absorption).

En fin de compte, ce n’est pas la promesse d’un plus bel appartement, d’un meilleur emploi et d’un niveau de vie plus élevé qui satisferont un oleh du monde libre, mais le fait qu’Erets Yisrael possède pour un Juif un caractère unique qui la distingue de tous les pays, caractère qui découle de sa qualité spirituelle et du fait qu’elle est la Terre Sainte.

Si l’accent est uniquement mis sur les aspects matériels de la vie et que l’on ne prend pas en compte l’essentiel qui est que la aliyah véritable et durable est inséparable d’une aliyah spirituelle, il y aura inévitablement des yordim ou, à tout le moins, des « étrangers » mécontents et aigris, dont les cœurs et les esprits seront ailleurs.

Il y a peu de chance qu’un tel oleh recommande à ses parents et à ses amis vivant dans son pays d’origine de suivre ses traces.

Un exemple typique – qui est aussi l’un des facteurs de base responsables de ce que l’on appelle la neshirah (le problème des « drop-outs ») – est la politique qui fut mise en œuvre pour les groupes d’immigrants pour qui les liens familiaux et les traditions étaient très puissants dans leurs pays d’origine, consistant à séparer la jeune génération de leurs parents.

À l’évidence, cela fut fait dans le but de hâter le processus d’« intégration », mais, concrètement, cela se révéla désastreux : en termes de délinquance juvénile, d’une part, et en termes de parents qui en furent terriblement meurtris d’autre part.

Maintenant en ce qui concerne la question spécifique de la aliyah depuis la République d’Afrique du Sud. Je regrette de dire que – cela ne fait pas de doute avec le recul – celle-ci a été un désastre tant pour Erets Yisrael que pour la communauté juive sud-africaine.

Il suffira de dire qu’un nombre important d’immigrants en provenance d’Afrique du Sud sont désormais aux États-Unis et au Canada ; pire encore, la majorité d’entre eux est constituée des éléments les plus jeunes et les plus productifs.

En d’autres termes, non seulement la communauté juive sud-africaine a-t-elle payé un lourd tribut en termes de sa viabilité, mais Erets Yisrael a peu bénéficié de cette aliyah, même à court terme, sans parler de la perte à long terme résultant d’une communauté juive sud-africaine affaiblie.

Cliquez sur le lien pour lire la suite 

Source site : chabbad

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi