Film Israélien : My Kid

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Film Israélien : My Kid

 

My Kid m'a laissé une impression très forte, pas celle d'un film, il n'y a pas  d'intrigue, ou alors si il y a une intrigue qui chemine tout le long du film, une relation, celle d'un père et d'un fils, un fils autiste qui grandit et un père qui a du mal à le voir grandir.

Nous pénétrons dans leur monde, nous découvrons leur quotidien, parfois lourd, violent, si réel qu'il peut nous mettre mal à l'aise.

Que doit on penser ? Qu'aurions nous fait dans une telle situation ? Qui a raison, le père, la mère ? Les deux, ou aucun ?

Pour tenter de résumer ce film je reprend cette phrase de son réalisateur Nir Bergman
"Un film comme My Kid pourrait paraître aujourd’hui comme non spectaculaire, alors que pour moi, il l’est, car il n’y a rien de plus spectaculaire que les relations humaines."

Un film purement israélien, où le décor est absorbé par l'intensité des personnages, ils plantent le décor dans les deux sens du terme. Les mots comme les gestes des acteurs s'inscrivent dans la réalité israélienne, tout comme l'handicap.
La crise de Uri sur le quai de la gare est spectaculaire, violente, dérangeante, déconcertante, et nécessaire pour comprendre la vie au quotidien des parents avec un enfant atteint d'autisme.

Aaron a consacré sa vie à élever son fils autiste Uri. Ensemble, ils vivent dans une routine coupée du monde réel. Mais Uri est à présent un jeune adulte, avec de nouveaux désirs et de nouveaux besoins. Alors qu’ils sont en route vers l’institut spécialisé qui doit accueillir Uri, Aaron décide de s’enfuir avec lui, convaincu que son fils n’est pas prêt.


Questions au réalisateur, Nir Bergman

D’OÙ EST VENUE L’IDÉE D’ABORDER LE SUJET DE L‘AUTISME ?

La scénariste Dana Idisis m’a proposé de réaliser ce film qu’elle avait écrit en s’inspirant de la relation entre son frère autiste et son père. Je les connaissais tous les deux, à la fois personnellement et aussi à travers le magnifique documentaire que Dana a réalisé sur sa famille Seret Bar Mitzvah (2013).

J’ai adoré la manière dont Dana s’est emparée de cette réalité pour la prolonger aussi dans une fiction, et je l’ai accompagnée pendant un moment dans l’élaboration du scénario de My Kid. Je me suis d’abord identifié au personnage du père, à ce besoin vital qu’il a de protéger son fils contre la cruauté du monde. Pour moi, My Kid est tout autant un film sur la paternité que sur l’autisme…

POURQUOI AVEZ-VOUS DÉCIDÉ DE VOUS CONCENTRER SUR LES RELATIONS PÈRE-FILS ?

La naissance de mon fils aîné a été un événement crucial dans ma vie. Je l’ai regardé quelques secondes après son arrivée au monde, avec l’impression que c ’était la créature la plus fragile sur terre, en me demandant si j’aurais la capacité de le protéger contre les dangers de la vie.

Quarante-cinq minutes plus tard, sa sœur jumelle est née, et en la regardant j’ai eu l’impression, paradoxalement, qu’elle était forte et prête à affronter le monde.

Bien évidemment, c ’est la projection de ma joie et mes angoisses qui m’a fait basculer très rapidement d’un sentiment extrême à un autre.

My Kid est un film sur ces sentiments contradictoires : Aaron a l’obligation de protéger son fils mais il a du mal à accepter la séparation, parfois nécessaire.

La grande différence entre mon expérience et celle des personnages du film est que mon fils a pu grandir « normalement » et devenir petit à petit indépendant, alors que le fils autiste d’Aaron reste enfantin et fragile. Il est donc difficile pour son père d’accepter qu’Uri est déjà un adolescent et que ses besoins sont en train d’évoluer.

 

VOUS AVEZ CHOISI DE CONFIER LE RÔLE D’URI À UN ACTEUR PROFESSIONNEL ET NON PAS À UN VRAI ADOLESCENT AUTISTE (ON A DÉJÀ VU DES FILMS OÙ DES AUTISTES JOUAIENT LEUR PROPRE RÔLE). POURQUOI CE CHOIX ?

Contrairement à la situation dans certains pays, notamment en Occident, où des autistes suivent des cours de théâtre et de jeu, pour des besoins thérapeutiques mais aussi artistiques, en Israël cette pratique n’est pas si développée. Cela aurait pu être une expérience extraordinaire de travailler avec un acteur autiste, mais nous n’avons pas trouvé la personne qui convenait.

COMMENT AVEZ-VOUS TRAVAILLÉ AVEC NOAM IMBER ET SHAI AVIVI ?

Nous avons d’abord visionné ensemble le documentaire de Dana. Nous nous sommes concentrés sur une scène très dure où le fils refuse d’aller à l’école, qui a sans doute influencé la séquence de la tentative avortée de séparation, à la gare, dans mon film.

En même temps, Shai Avivi ne voulait pas que son personnage soit trop proche du père de Dana. Il désirait créer un personnage à part, et je pense qu’il a parfaitement réussi.

Bien évidemment, nous avons rencontré beaucoup d’enfants et d’adolescents autistes avec leurs parents. Par exemple, la mère célibataire d’un jeune autiste nous a parlé de sa vie, de sa lutte quotidienne pour la survie, de ses relations si particulières avec son fils, en insistant sur la façon de communiquer à part qui existait entre eux. Cette rencontre a eu un impact considérable sur le scénario et le film. On voit en effet qu’Aaron et Uri partagent un univers qui leur est propre.

SUR LE PLAN DE LA MISE EN SCÈNE, QUELLES SONT LES PRINCIPALES DÉCISIONS QUE VOUS AVEZ PRISES POUR ABORDER UN SUJET AUSSI DÉLICAT ?

Je dois avouer que j’avais très peur de tourner ce film.  Je pense que mettre en scène le personnage d’Uri était le plus grand défi de ma vie de cinéaste. Ma première décision fut de faire appel à un acteur peu connu. Je ne voulais pas que les gens, en reconnaissant un comédien identifié, se disent : « Quelle performance ! ».

Je voulais maintenir le spectateur dans une forme d’incertitude : s’agit-il d’un acteur ou pas ? Dès sa première audition, j’ai remarqué que Noam Imber était parfait pour le rôle.

Il m’a expliqué que son père avait été directeur d’un établissement pour autistes, et qu’il avait l’habitude d’observer ces enfants, leur façon de parler, leurs gestes quotidiens. Ensuite, notre travail a consisté à créer un personnage singulier, non pas un stéréotype de l’autiste, mais un individu autonome, qui a sa propre personnalité, sa propre manière de parler et de bouger. Car pour Aaron, Uri n’est pas un enfant autiste, mais avant tout son fils aimé.

 

LES SCÈNES LES PLUS DRAMATIQUES DU FILM, COMME CELLE URI A UNE CRISE DE PANIQUE DANS LA GARE, SONT TOURNÉES EN PLANS LONGS ET FRONTAUX, CE QUI LES REND PARFOIS DIFFICILES POUR LE SPECTATEUR. POURQUOI ?

Tout simplement car je ne pouvais pas arrêter de filmer. C’était si fort, et les acteurs ne pouvaient pas s’arrêter non plus. C’était beau et terrible en même temps. Au montage, on a décidé de préserver cet aspect hyperréaliste, quasi documentaire, de la scène.

Plusieurs personnes nous ont dit que c ’était trop dur, mais avec ma monteuse, Ayala Bengad, nous pensions qu’il fallait absolument garder la séquence dans sa longueur.

Car elle montre le quotidien de l’autisme, les problèmes que l’autisme soulève au jour le jour. Elle est cohérente avec notre approche qui consistait à ne pas faire d’Uri un être extraordinaire, un enfant brillant qui a des dons particuliers pour l’art ou la poésie.

Nous voulions un personnage qui incarne la vie elle-même, la routine d’un autiste, avec parfois cette violence qu’on a du mal à regarder en face.

 

MY KID EST UN MÉLODRAME, ET EN MÊME TEMPS UN « ROAD MOVIE » LES PROTAGONISTES FONT AUSSI UN VOYAGE INTÉRIEUR : ILS APPRENNENT À MIEUX SE CONNAÎTRE. QUELS SONT LES FILMS DU GENRE QUI VOUS ONT INFLUENCÉ ?

Ce qui m’intéresse d’abord dans le « road movie », ce sont les relations entre les personnes.

Ce genre de cinéma attaché aux personnages et aux relations humaines simples devient de plus en plus rare dans une industrie qui privilégie le spectacle.

Un film comme My Kid pourrait paraître aujourd’hui comme non spectaculaire, alors que pour moi, il l’est, car il n’y a rien de plus spectaculaire que les relations humaines.

C’est pour cela que je suis tellement heureux que ce film touche un public si divers dans le monde. Le voyage dans le film est avant tout un voyage dans la profondeur de l’âme.

Il n’y a pratiquement pas de plans de paysages, et on est tout le temps avec les personnages, observant le monde à travers leur regard. Avec mon chef opérateur Shai Goldman, nous avons visionné plusieurs fois Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan, qui nous a aidé à comprendre « la bonne distance » qu’un film doit avoir par rapport à ses personnages.

J’aime beaucoup le cinéma de Lonergan, car son style est en apparence transparent - on ne le « sent » pas. Lonergan s’efface devant le récit et les personnages, il n’impose pas son ego sur l’écran, mais en même temps il a un style à lui, une mise en scène subtile et délicate, qui ne force pas les émotions chez le spectateur mais les laisse venir petit à petit.

LISTE ARTISTIQUE

Shai Avivi Aaron

Noam Imber Uri

Smadi Wolfman Tamara

Efrat Ben Zur Effi

Israël, Italie - Hébreu - 92 minutes - 2.35 (scope)

LISTE TECHNIQUE

  • Réalisation Nir Bergman
  • Scénario Dana Idisis

Image Shai Goldman

Son Adriano Di Lorenzo

Montage Ayala Bengad

Costumes Liron Cohen

Musique originale Matteo Curallo

Production Eitan Mansuri, Jonathan Doweck / Spiro Films LTD

En coproduction avec Rosamont

En collaboration avec MK2 Films

Ventes internationales MK2 Films

Distribution France Dulac Distribution

 

 

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