Le théâtre dans les camps de concentration : "On a besoin d'un fantôme"

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on a besoin d'un fantôme La pièce de théâtre du petit Hanuš Hachenburg écrite pendant la guerre revient à Terezin

La pièce de théâtre du petit Hanuš Hachenburg  écrite pendant  la guerre revient à Terezin 

En 1943, c'est avec humour que Hanuš Hachenburg, un jeune garçon de 14 ans  parvient à raconter les horreurs de la guerre et du nazisme. En effet, il écrit dans le ghetto de Terezín, en Bohême,  une pièce de théâtre qui est une parabole du régime nazi.

Traduite en français sous le titre « On a besoin d’un fantôme (par les soins de notre collègue Alžběta Tichá), publiée et mise en scène par Claire Audhuy, docteur en études théâtrales à l’Université de Strasbourg et directrice artistique de la compagnie Rodéo d’âme, dans le cadre d’atelier dans des écoles secondaires. Ce jeudi et vendredi, avec sa troupe du lycée Jean Rostand à Strasbourg, ils seront à Terezínet à Prague,pour présenter la pièce.

Claire Audhuy rappelle comment elle a découvert l’existence de ce texte. « J’ai fait une thèse de doctorat à l’Université de Strasbourg où je me suis intéressée au théâtre dans les camps de concentration. A l’occasion d’un voyage en République tchèque, j’ai eu l’occasion de consulter les archives du mémorial de Terezín.

Je me suis mise à feuilleter pas mal de documents et de dessins, notamment des archives qui avaient été conservées et qui concernaient un groupe de garçons à l’époque.

il avait 13 ans Hanus Hachenburg quand il a écrit sa première et dernière pièce  son but faire rire ses camarades

il avait 13 ans Hanus Hachenburg quand il a écrit sa première et dernière pièce son but faire rire ses camarades

Ce groupe de garçons avait imaginé tout un journal clandestin qu’ils ont écrit et diffusé pendant près de deux ans. Au sein de ce manuscrit, assez complexe et complet, qui fait plus de 800 pages, j’ai eu la chance de découvrir la pièce "On a besoin d’un fantôme" écrite par Hanus Hachenburg.
La situation un peu humoristique et rocambolesque, c’est que je ne parle pas un mot de tchèque et que je feuilletais quelque chose que je ne comprenais pas du tout.

Mais à la disposition de l’écriture sur la page j’ai su qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre.
Il y avait un nom, deux points, une phrase. A la ligne, un mot, deux points, une phrase. Je savais donc que j’étais en face d’une pièce de théâtre écrite dans les camps de concentration. »

La pièce évoque l’histoire d’un tyran, Analphabète Ier, qui veut faire en sorte que tout le monde pense comme lui.
Pour cela, il fait appel à sa garde rapprochée, les Saucissons brutaux.

Leur but premier est d’instaurer un système de terreur. Ils vont faire appel à la délation de la population, récupérer toutes les personnes de plus de 60 ans, les envoyer au centre de ramassage où elles seront transformées en ossements humains, afin de fabriquer un fantôme qui, lui, terrorisera la population.

Terezín 1945, photo: Josef Vosolsobě, ČT24  

La réaction des jeunes à une pièce écrite par un jeune garçon de presque leur âge a été dans un premier temps une surprise pour eux, mais aussi pour Claire Audhuy. En effet,  à la première lecture, les sous-texte et l' intelligence de ces écrits est difficilement compréhensible.

"En revanche, à partir du moment où les élèves ont compris qu’il s’agissait d’une réécriture du national-socialisme, qu’Analphabète est Hitler, que les Saucissons brutaux sont les SS et que le peuple terrifié représente les Juifs, alors tout est très clair" souligne Claire Audhuy.

L'audace et l'humour sont les sentiments que retiennent les jeunes , c’est l’audace et l’humour qu’Hanuš a su décupler dans un lieu où tout cela n’est pas permis. Dans un camp de concentration, réussir à rire, à divertir et à défier l’absurdité est une gageure. »

Pour Claire Audhuy, jouer cette pièce en République Tchèque est un projet extrêmement symbolique et important,   

Claire Audhuy, photo: Archive de Claire Audhuy

C'est à cet endroit même que cette pièce a été écrite.
Pour Hanus, c'est par Terezin que pour lui sonne la fin. En effet, c'est la veille de ses 14 ans que le petit garçon a été assassiné à Auschwitz.
On commence donc par jouer à Terezín, à l’endroit même où Hanuš a osé rêver, défier les nazis et divertir ses camarades. Puis, on jouera dans la ville natale d’Hanuš, à Prague puis ce sera devant son ancien orphelinat où il a été déporté avec sa mère qu'on jouera ensuite. 

Avant la représentation, on commence toujours par une re-contextualisation qui est écrite et lue par les élèves eux-mêmes, expliquant le rôle de Terezín dans le système concentrationnaire.

"Ce n’est pas un ghetto anodin, c’est l’endroit de propagande des nazis. Qui était Hanuš ? Ça aussi, ils ont voulu le dire et se sont servis de tous les documents que j’ai pu retrouver et de ses poèmes" souligne Claire Audhuy.

La pièce peut alors débutée. Claire Audhuy entre cette présentation contextuelle et la mise en scène de la pièce par les élèves prendra la parole en insistant :  "il est tout-à-fait recommandé d’oser rire s’ils en ont envie"  . "Une seule fois je ne l’ai pas fait. Les spectateurs étaient extrêmement mal à l’aise. J’ai vu qu’ils avaient eu envie de rire mais qu’ils se retenaient" souligne t-elle.

La moralité empêcherait de rire de tout ça mais,  ce qu'il faut savoir, est que "le but d'Hanuš était de faire rire ses camarades, nous faire rire, rendre ridicule le tyran Hitler et d’oser rire de cette absurdité et cette angoisse. " affirme t-elle. 

Ce qu'il est important de préciser,pour comprendre la puissance de l'engagement de ce petit garçon, c'est sa lucidité et sa maturité. En effet, Hanuš risquait sa vie en écrivant cette pièce, ne sachant pas du tout ce qui se passe à Auschwitz. Entendant les rumeurs, il se nourrira de tout cela et en fera une fable qui, malheureusement est en lien avec la réalité, puisqu’elle annonce l’extermination des Juifs d’Europe. 

Nathalie ZADOK

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