Shakespeare : serait Juif et italien

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Lamberto Tassinari est le dernier a s'attarder sur la polémique des origines Juives et Italiennes de Shakespeare.

Depuis longtemps, des spécialistes de Shakespeare se sont disputés sur la nature exacte de son catholicisme.

Une hypothèse avait déjà été soulevée par Ghislain Muller dans son livre "Shakespeare était-il juif? ,supposant que celui-ci était, en fait, un juif, mais un juif caché.

L’Italo-Québécois Lamberto Tassinari est le dernier à se pencher sur la piste du « véritable » Shakespeare. Ce professeur d’italien versé en philosophie compta parmi les fondateurs de la défunte revue « transculturelle » Vice Versa.  En 2011, sa thèse  avait déjà fait l’objet d’un livre publié .

Pouvait-il être un obscur comédien sans éducation, fils d’un banal gantier de province ? Pouvait-il être l’auteur de Hamlet, de La tempête et un roturier autodidacte qui ne fréquentait pas les grands de ce monde et ne voyageait pas  ?

Hamlet

Hamlet

Détrôner l'anonyme personnage Stratford-sur-Avon que Freud désignait comme un être qui avait « grandi en face d’un tas de fumier ». Une polémique qui fait rage depuis cent cinquante ans .... 

Une publication en France d’une nouvelle édition revue et augmentée John Florio alias Shakespeare — Le Bord de l’eau relance la polémique dans le monde francophone.

À l’exception de quelques partisans, dont son préfacier le «médiologue» Daniel Bougnoux qui parle de « révolution copernicienne », le livre a été accueilli, pour l’instant, par une volée de bois vert par la plupart des spécialistes français de la littérature anglaise de cette époque.

Lamberto Tassinari en est convaincu, un seul nom se détache du lot, celui du lexicographe et traducteur de Montaigne, John Florio.

"Une intuition",voilà le point de départ de cette enquête. Celle-là même qu’avait eue Jorge Luis Borges lorsqu’il affirmait qu’il ne serait « pas étonnant de découvrir que Shakespeare était italien, ou juif par exemple ». En effet, pour Lamberto Tassinari,Luis Borges avait bien senti la chose, puisque John Florio est né à Londres en 1553 d’un père italien prédicateur calviniste devenu moine franciscain mais d’origine juive.

Pour être Shakespeare, dit Tassinari, « il fallait absolument avoir accès à une riche bibliothèque, fréquenter les textes de Dante, Boccace ou Montaigne, avoir une connaissance des langues européennes et connaître la cour et les capitales étrangères ». C’est une « évidence solaire », dit-il, que refusent ceux qu’il nomme « les universitaires coalisés ».

John Florio ,familier de la cour enseigna même les langues à la princesse Anne du Danemark. Outre sa traduction des Essais, son oeuvre majeure est un ouvrage lexicographique intitulé A World of Words. Il  parlait sept langues et avait grâce à son père une connaissance intime de l’Europe, où il passa sa jeunesse, et de la noblesse anglaise où il aura d’influents protecteurs.

Ce que veut voir Lamberto Tassinari dans Shakespeare, c'est une pure émanation de la Renaissance italienne mâtinée de culture juive et européenne. Selon lui, on lui a attribué la trentaine de pièces du maître à« un petit acteur médiocre et usurier » par nationalisme et pour ne pas reconnaître un étranger.

Le livre de Lamberto Tassinari n’a guère ébranlé les colonnes du temple. François Laroque ,spécialiste à la Sorbonne nouvelle de la littérature de l’époque élisabéthaine décrit la réplique comme cinglante  « il est inconcevable qu’une oeuvre littéraire ou dramatique puisse être autre chose qu’autobiographique. Or, c’est sans conteste l’imagination qui constitue la base de l’édifice linguistique et la substance du théâtre de Shakespeare ». Voilà pourquoi, selon Tassinari, il apparaît « impossible pour un simple fils de gantier de province d’écrire une oeuvre de cette envergure ». Selon Laroque, Tassinari ne fournit pas l’ombre d’une preuve et n’arrive pas « à aller au-delà de ce qui reste une simple intuition, une intime conviction ».

Pour Lamberto Tassinari, la construction d’un Shakespeare anglais ne peut être qu’une fabrication historique. Comme s’il y avait autour de Shakespeare un involontaire complot nationaliste. « Ce n’est pas une conspiration, dit-il. C’est inconscient. Il fallait absolument qu’il soit anglais ! Si on est honnête, on voit bien que ce portrait [fait de Shakespeare] est une caricature. »

Nathalie ZADOK

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