Les 10 bonnes raisons pour lesquelles les musulmans ne peuvent pas manifester contre DAESH

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Demander aux musulmans de France de manifester contre DAESH c'est tomber dans le piège de Daesh.

Pour Samuel Grzybowski, fondateur de l'association Coexister, le mouvement interreligieux des jeunes, il y a 10 bonnes raisons pour lesquelles il est impossible de demander aux musulmans de se désolidariser de Daesh ou du terrorisme en général.

Stop DAESH manifestation Trocadéro

Stop DAESH manifestation Trocadéro

« Les musulmans doivent dénoncer les attentats et se rassembler massivement contre le terrorisme ». En substance, c’est  ce que nous répètent, depuis plusieurs jours, un certain nombre de responsables politiques, associatifs et médiatiques dans la suite de la déclaration
de  Alain Juppé face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC : « Les Français musulmans doivent dire clairement qu'ils n'ont rien à voir avec ces barbares de l'Etat Islamique. »

10 raisons ,bien loin des arguments habituellement utilisés autour des « risques de l’amalgame » ou des comparaisons douteuses comme « on n’a jamais demandé aux catholiques de se désolidariser des pédophiles ».

  1. Un sous-entendu dangereux

Première raison,  si des citoyens musulmans  se désolariseraient  d’un phénomène violent, du terrorisme, ou pire de la barbarie instituée par Daesh en Iraq ou en Syrie, cela sous-entendrait  que par défaut ils cautionneraient ce phénomène.

Par exemple,  lorsqu’un prêtre amalgame les terroristes aux victimes, on demande à son évêque de se désolidariser car ils sont naturellement solidaires en tant que clercs d’un même diocèse.

En quoi peut-on réellement imaginer que « par défaut » les musulmans sont solidaires de tous ceux qui se revendiquent d’un islam pour proférer les pires ignominies du monde ?

Ce sous-entendu provoque évidemment une défiance pour le citoyen lambda qui ne côtoie pas nécessairement de citoyens de confession musulmane au quotidien.
Inévitablement  cela provoque un sentiment d’humiliation chez certains, ils deviennent suspects pour la seule raison de leur appartenance religieuse.

  1. Les musulmans ne sont pas crédibles auprès des jeunes radicalisés

Une autre idée répandue est de croire que les musulmans sont les premiers à pouvoir stopper l’instrumentalisation de l’islam par les terroristes de Daesh. Comme si ils étaient « les mieux placés ».

En effet,dans la rhétorique djihadiste fondamentaliste, les musulmans respectueux des règles de leur pays dit « d’accueil » sont des personnes  plus dangereuses que les États occidentaux eux-mêmes. Les premières cibles et victimes en sont d'ailleurs  les musulmans eux-mêmes.

Ceux qui sont considérés comme « mauvais musulmans » par Daesh c’est à dire tous les musulmans si ce n’est eux sont bien plus diabolisés que les responsables des démocraties occidentales. Un citoyen, français, de confession musulmane, républicain et respectueux du droit n’a aucune crédibilité pour dénoncer le dévoiement de l’islam.

Pour eux, sa parole est même contre-productive car elle vient alimenter le sentiment de parano lié à une théorie du complot, selon laquelle des faux musulmans collaborent avec le pouvoir des pays occidentaux.

  1. L’islam est une religion libérale

L’islam est libéral en ce sens où elle est l’une des rares religions pratiquées sur terre en 2015 pour laquelle aucune autorité religieuse n’a le pouvoir d’excommunication.

Ainsi dans les règles définies par le livre saint du Coran ou du code juridique de la Charia :  aucun musulman ne peut dire à un autre musulman « toi tu n’es pas musulman ».
Ce qui n’est pas le cas par exemple du christianisme où le Pape peut prononcer une excommunication ou encore du judaïsme pour lequel des règles filiales claires disposent qu’il faut être né d’une mère juive pour être juif.

La conversion à l’islam est la conversion la plus simple et la plus rapide qui existe. Il suffit de prononcer la profession de foi, la Shahada, en arabe, et vous devenez musulman. Il est possible en revanche de dire « Ça ce n’est pas l’islam » mais pas de dire « Lui n’est pas musulman ».
Dire que Daesh n’est pas l’islam a déjà été dit et redit par une multitude de savants musulmans,  on le retrouve dans  la « lettre des 120 ». http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/120-savants-musulmans-ecrivent-une-lettre-ouverte-au-chef-de-l-Etat-islamique-2014-09-26-1212430

En cette absence de contrôle centralisé de l’islam par une autorité supérieure , l’islam devient alors une proie facile pour être un vecteur de haine et de violence. Ainsi ceux qui nourrissent un projet politique fou peuvent aisément utiliser l’islam comme instrument, pour faire tout et n’importe quoi sans qu’aucun musulman ne vienne leur opposer .

  1. Les jeunes qui partent en Syrie ne connaissent pas l’islam

D’après les chiffres du CPDSI ,centre des préventions des dérives sectaires liées à l’islam, 17% à 20% des jeunes qui ont été arrêtés à la frontière Syrienne ont grandi dans une famille de culture musulmane.

Au sein de ces 20% quelques rares ont reçu une éducation religieuse rigoureuse et régulière. Les 80% restants viennent de familles totalement athées ou de culture chrétienne non pratiquantes. Ainsi en résumé,  les jeunes n’ont aucune connaissance de l’islam et ne peuvent pas être sensibilisés par ceux que nous considérons de l’extérieur comme leur co-religionnaires  les français musulmans.

Il faut bien imaginer qu’une mère de famille de confession musulmane est autant désemparée par la radicalisation violente de son enfant qu’une mère de famille athée n’ayant aucun lien avec l’islam dans sa famille.

Pire, deux chiffres plus saisissants encore. Seulement 10% des jeunes signalés ont un grand parent d’une autre citoyenneté que française. Ainsi 90% d’entre eux sont français depuis au moins 2 générations. Ils ont vécu et grandi en France, ils ont été à l’école républicaine, ils ont vécu avec nous les événements récents de notre génération.

Enfin 2% seulement des jeunes qui sont recrutés le sont par l’intermédiaire d’une mosquée.
Ces jeunes recherchent un idéal, un avenir, une perspective.
91% des jeunes qui partent sont recrutés directement par une conversation instantanée sur Facebook et le reste en prison.

  1. Un manquement au principe de laïcité

En assurant la neutralité de l’État, la laïcité et la loi de 1905 instaurent une stricte égalité de tous les citoyens devant la loi indépendamment de leur croyance ou appartenance religieuse.
Les français musulmans à qui l’on demande de se désolidariser sont autant français que les autres. Sélectionner, cibler ou alpaguer les citoyens en raison de leur religion est une dérive grave.  Là, il y a un manquement à la laïcité.

  1. Une double voir une triple peine

Un ami musulman  (de Samuel Grzybowski, ndlr)  a perdu son cousin dans l’attaque du Bataclan. Pour lui comme pour tous les français musulmans, le terrorisme sur le territoire français est d’une violence inouïe.
En tant que membre d’un même pays c’est une grande peine que de nous savoir visé par cette folie barbare.
Et voilà que peu de temps après, on attend des français musulmans qu’ils s’expriment sur le sujet. Non seulement ils appartiennent à un peuple visé par le terrorisme mais en plus ils sont interpellés, pour dénoncer un crime dont ils sont déjà victimes en tant que français ?

Que croit-on ? Que les musulmans regardaient cela à la télé en ayant de la peine pour les autres ? Mais il n’y a pas « d’autres » ! Français juifs, chrétiens, musulmans ou athées nous sommes dans le même bateau, tous face à la même adversité.

Enfin, la police qui pour des raisons évidentes est tenue en ce moment de perquisitionner un certain nombre de domiciles,mais pour ces familles françaises, de confession musulmane, la perquisition vient jouer le rôle de triple peine.

  1. Essentialiser l’islam est une mauvaise piste

Faire de l’islam ou des musulmans un bloc monolithique est une erreur à tous les niveaux. D’abord une erreur intellectuelle en histoire, anthropologie, géopolitique, droit, sciences des religions etc … Mais aussi une erreur statistique.
Daesh est acteur de l’essentialisation de l’islam, ils veulent en faire un bloc uniforme.
Ils induisent cette « solidarité naturelle » entre les musulmans. Ils essayent précisément de toucher les musulmans du monde entier
.

Or, les chiffres montre que cette représentativité internationale ne fonctionne pas.
L’Indonésie premier pays musulman au monde, 400 millions de croyants de l’islam, ne « fournit » que 60 djihadistes daeshiens.
L’Égypte et la Turquie, 80 millions de musulmans chacun : 400 djihadistes.
En revanche la France qui n’a que 6 millions de musulmans dont la moitié de pratiquants réguliers a 700 ressortissants sur place.
Cette réalité du recrutement révèle combien essentialiser l’islam est une fausse piste voir une insulte à l’intelligence.

  1. Tomber dans le piège de Daesh

Rédigé par Abou Bakr Naji, « gestion de la Barbarie » le « Mein Kampf » de Daesh dans lequel est exposé toute l’idéologie daeshienne , ses théories et son plan d’action est un livre qui révèle la stratégie long terme de l’organisation. La face visible de l’iceberg peut renvoyer aux attaques organisées en France et au Moyen-Orient. C’est la partie la plus choquante et la plus évidente.

Dire aux musulmans d’agir ou de se désolidariser, on les montre alors du doigt en créant un malaise profond sur lequel les recruteurs peuvent ensuite s’appuyer sans difficulté.

9.  Les musulmans sont les premières victimes du terrorisme, 

Les musulmans sont dans le monde les premières victimes du terrorisme qui a toujours pris pour cible soit une minorité au sein de l’islam ,sunnisme contre chiisme, soit les croyants considérés infidèles car pas assez rigoristes.
La psychologie des sociétés musulmanes ou des communautés musulmanes en Occident perçoit ce facteur victime beaucoup plus que nous. Quand on se sent victimes et qu’on est en plus sommés de dénoncer l’auteur de nos souffrances on a de quoi devenir fous.

  1. Les français musulmans dénoncent déjà massivement Daesh

En dépit de tout finalement : ils le font déjà ! Les français musulmans dénoncent massivement et conjointement chaque attaque terroriste et chaque fait outrageant dont Daesh est à l’origine. Demander à des gens de faire ce qu’ils font déjà c’est comme demander à un chirurgien de nous opérer pendant son opération … Tous les responsables communautaires, mais aussi les mouvements de jeunesse ont fait ce qu’il fallait pour faire entendre un message de condamnation et de dénonciation.

Il serait peut-être temps de saluer ces dénonciations, des les valoriser, de leur donner la parole et de les entendre plutôt que de regarder de haut une partie des français et de leur donner leurs devoirs pour la semaine prochaine.

Pourtant ,un mois après les attentats un appel a été lancé à l'ensemble de la communauté musulmane de  l'iman de Bordeaux  Tareq Oubrou afin de manifester.

Il a appelé les musulmans à se mobiliser «pour donner une autre visibilité de l'Islam». Des drapeaux tricolores et écriteaux «Stop Daesh : Tous unis contre la barbarie» .

 Un orateur a décrit Daesh comme «une perversion de la tradition religieuse islamique», ajoutant que «nous [les musulmans] ne pouvons pas réagir uniquement en disant "pas d'amalgames", "ceci n'a rien avoir avec l'Islam"».
Il a appelé à des rassemblements massifs afin de montrer que l'Islam est une religion de paix.
Ce rassemblement a eu lieu juste un mois après les attentats du 13 novembre  #StopDaech.
Seulement une centaine de musulmans ont répondu présents et ont manifesté.

L'iman serait-il tombé dans le piège de Daesh en appelant à manifester ?ou le manque de participants oblige à justifier cette absence ? Que doit on penser ?

Si nous ne devons pas faire d'amalgame il n'en reste pas moins que DAESH applique à la lettre la Charia et qu'aucun musulman ne peut dire qu'il est contre la Charia

Nathalie ZADOK

Vos réactions

  1. gidel@free.fr'Gidel

    Mieux vaut lire c’est article que d’être aveugle : « si les musulmans manifestaient cela sous-entendrait que par défaut ils cautionneraient ce phénomène ». C’est du gros n’importe quoi. Aujourd’hui ils ne manifestent pas, demain ils seront rejeter par le reste de la société si ce n’est déjà le cas. 2 raisons que vous n’évoquez pas : Le cautionnement ? l’individualisme ?

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