Les Allemands "traversent la frontière des prix" pour faire leurs courses en Pologne

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"Souhaitez-vous régler en zlotys ou en euros ?" La question est mécanique dans ce supermarché de Slubice, petite ville polonaise collée à la frontière allemande. Ici, les touristes consommateurs venus d'Allemagne font partie du paysage. Côté polonais, au bout du pont qui sépare Slubice de sa voisine allemande, Francfort-sur-l'Oder, un grand panneau rouge et blanc donne le ton : "Vous traversez maintenant la frontière des prix."

L'effondrement du zloty rend les prix polonais plus attractifs pour les consommateurs allemands qui affluent en fin de semaine - ici, le pont de Slubice qui sépare l'Allemagne de la Pologne.
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La maxime se vérifie particulièrement depuis la fin janvier : la crise financière a provoqué un effondrement de la monnaie polonaise, jusqu'ici l'une des plus stables d'Europe de l'Est. Tandis que 1 euro s'échangeait contre 3,19 zlotys en juillet 2008, il en vaut aujourd'hui un peu plus de 4,50, après un record à 4,83 en février.

Sur les parkings des centres commerciaux, les voitures immatriculées en Allemagne sont légion. Le coffre de sa Mercedes bourré à craquer, Birgit Wilke s'apprête à regagner Berlin, à une centaine de kilomètres plus à l'ouest. Des victuailles, une poussette pour bébé (celui de sa nièce), des chaises pliantes pour le balcon : "Je ne suis pas une habituée du shopping transfrontalier, mais puisque ça vaut le coup en ce moment, il ne faut pas se priver", explique-t-elle. Avant de prendre la route, elle va rejoindre la longue file de véhicules qui font la queue à la pompe voisine pour un plein d'essence à prix record.

"Depuis deux mois, chaque week-end, c'est le même cirque sur le pont. Des bouchons, des bouchons, et encore des bouchons", soupire Beata, qui tient un commerce de cigarettes sur le bord de l'Oder. Assise derrière le comptoir de sa minuscule boutique, elle plonge à nouveau son regard sur la grille de mots croisés installée devant elle. "Pour moi, ça ne change pas grand-chose, on est bien trop nombreux à vendre la même chose", fait-elle remarquer.

Depuis l'entrée du pays dans l'Union européenne en 2004, l'afflux de consommateurs venus d'ex-RDA avait commencé à se tarir. Avec des prix qui explosaient dans une Pologne en plein boum économique, tandis qu'ils stagnaient de l'autre côté de la frontière, c'est même le phénomène inverse qui était en train de se développer. Ces dernières années, les Polonais ont été nombreux à franchir la ligne Oder-Neisse pour acheter des voitures allemandes et investir dans de l'immobilier bon marché.

Avec la crise, les villes polonaises de la frontière sont redevenues le paradis des bonnes affaires. Et pas seulement pour les fumeurs et les amateurs de vodka. "En ce moment, presque un tiers de notre clientèle vient d'Allemagne", calcule Jacek Piaskowski, vendeur dans le principal magasin d'électroménager et d'électronique de Slubice, Media Expert. "Avant, ils rentraient pour jeter un coup d'oeil. Ils achetaient parfois des CD vierges ou une bouilloire électrique, rien de plus, raconte-t-il dans un allemand hésitant. Maintenant, machines à laver, réfrigérateurs, téléviseurs à écran plat et appareils photo numériques s'écoulent à toute vitesse. Le magasin doit être réapprovisionné quotidiennement et certains produits sont entreposés devant la vitrine, faute de place." La crise ? "Chez nous, oui, c'est plutôt bon pour le chiffre d'affaires", sourit-il.

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