Le jour où Albert Einstein s’est échappé

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                                  Le jour où Albert Einstein s’est échappé

index-einstein.jpgLe 06/02/08,Joseph Bialot publie « Le jour où Albert Einstein s’est échappé » chez Métailié. Dans ce nouveau roman, l’auteur développe dans une langue pleine de verve les thèmes qui imprègnent son œuvre parce qu’ils ont marqué sa vie : la Résistance et la Déportation.

Sébastien Lesquettes, surnommé Einstein par le personnel de la maison de retraite où il se morfond depuis trois ans, décide un beau matin de s’échapper. A bord du taxi qu’il emprunte pour retrouver la femme qu’il a aimée, il se souvient des évènements qui ont jalonné son existence et les confie à Laurent, le chauffeur antillais qui ne va plus le quitter. Portrait d’un ancien résistant et de la France occupée, le livre de Joseph Bialot est aussi une ode à la liberté.

Le libre-arbitre

Quelle attitude adopter durant cette époque trouble ? Cette question maintes fois soulevée par des écrivains de tous bords n’affecte pas le personnage de Bialot. Soldat, il a subi le feu des avions allemands sur les plages de Dunkerque et vu nombre de ses compagnons périr sous les balles. Prisonnier de guerre, il est parvenu à s’évader du camp dans lequel il était parqué pour regagner la France. Contraint de se dissimuler, il trouve asile chez un ami juif et s’éprend de sa jeune sœur. Et lorsqu’il tente avec elle de gagner la zone libre, les nazis assassinent sa compagne et le nourrisson qu’elle vient de mettre au monde. Ce drame le transforme en « un paquet de douleurs (…), un type vide, éviscéré, aux fonctions uniquement animales ».

On se dit alors que ce sont les évènements qui ont tranché pour lui, que son choix d’entrer dans la Résistance résulte de cette série d’épreuves et que sa volonté s’est pliée aux circonstances. Pourtant, la détermination de Lesquettes s’affirme dès le commencement du récit. On le voit s’opposer à son père qui prône la soumission face aux puissants et s’arrange avec l’occupant. « Pas assez salaud pour ça, il n’a dénoncé personne mais, gros malin, s’est fait nommer administrateur des biens juifs ». Cette posture rebute Sébastien. Il rejette ses parents pour leur servilité comme il réprouvera plus tard ses enfants pour leur conformisme creux. Dire que ce sont eux qui l’ont envoyé dans ce foyer de retraités…

La mise en abyme

Le roman de Joseph Bialot propose plusieurs parallèles dans la lecture des évènements : la maison de retraite figure un autre camp, sa fuite une autre évasion. La communauté noire que lui présente Laurent offre le même refuge chaleureux au fugitif que la famille juive qui le recueille durant la guerre. Quant à la détérioration de l’urbanisme constatée par un Lesquettes vieillissant, elle est le reflet de sa dégradation physique. « Une baraque détruite, un terrain vague. C’est mon image que je reçois en pleine figure, j’ai l’impression de me regarder dans une glace ».

Au final, cette longue ballade en taxi comme allégorie de la vie donne à ce récit grinçant des allures de road movie. On pourrait toutefois s’étonner que les différents protagonistes usent unanimement du même phrasé argotique, malgré la diversité de leurs origines. Si ce langage semble spontané dans la bouche du narrateur, il est étonnant de le voir utilisé par un médium africain ou un chauffeur de taxi antillais. Pour Bialot, cette langue est avant tout celle des marginaux, quels qu’ils soient. Et l’on sent également qu’elle réfléchit la personnalité de l’écrivain : celle d’un auteur inventif à la gouaille toute parisienne.

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