Le nouveau "meilleur ami" d'Israël

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Article paru dans "Le Point"

Hollande veut profiter du coup de froid entre Obama et Netanyahou sur le nucléaire iranien pour réintroduire la France dans le jeu compliqué du Proche-Orient.

Ce n'est pas - ou pas seulement - pour préparer son premier voyage en Israël que François Hollande a fait monter au front la semaine dernière Laurent Fabius, pour abattre en plein vol, avant qu'il n'atterrisse sur la table des négociations de Genève, l'accord concocté par les Américains sur le nucléaire iranien. Mais, même si plusieurs raisons de prudence objective valident l'opposition de dernière minute de la France à un texte bien trop avantageux pour Téhéran, ce veto spectaculaire tombait à pic pour le président français.

Cela fait plusieurs mois que les États-Unis et Israël sont en désaccord sur la manière d'empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire. Un différend dont certains disent qu'il est le pire depuis trente ans, et qui tient beaucoup aux relations orageuses qu'ont toujours entretenues Barack Obama et Benyamin Netanyahou. Mais pas seulement. Objectivement, les points de vue divergent : les Américains pensent qu'un accord provisoire avec l'Iran, en contrepartie de quelques allègements des sanctions économiques imposées à Téhéran, gèlera la progression continue des Iraniens vers l'arme nucléaire. En attendant qu'un texte final, si possible dans les six mois, écarte définitivement toute menace de nouvelle prolifération au Proche-Orient.
Quasi-identité de vue avec Israël sur la Syrie

Les Israéliens ont évidemment le même objectif à long terme. Mais, comme ils sont en première ligne, ils ont plus à redouter d'un accord intérimaire incomplet et ambigu qui laisserait l'Iran devenir ce que les spécialistes appellent "un pays du seuil". C'est-à-dire susceptible à tout moment de basculer dans la catégorie des nations détentrices du feu nucléaire. C'est une position que la France partage, comme elle l'a montré à Genève et probablement continuera à le faire lorsque les négociations vont reprendre mercredi.

D'autant que, dans un autre des dossiers les plus brûlants de la région, celui de la Syrie, Paris a également montré une quasi-identité de vue avec Israël. Avec une condamnation sans équivoque de Bachar el-Assad et de tous ceux qui le soutiennent, en particulier le Hezbollah, manipulé par les plus conservateurs des Iraniens, la bête noire de Jérusalem. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si 48 heures avant l'arrivée de Hollande en Terre sainte, Cheikh Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, lors de l'une de ses rares apparitions publiques à Beyrouth, a menacé de faire la guerre "à Israël et ses alliés qui bloquent l'accord sur le nucléaire avec l'Iran".
Courte lune de miel

Voilà donc la France, même si elle n'est pas nommée, rangée parmi les ennemis de l'organisation paramilitaire chiite, et comme en attestent le tapis rouge et les embrassades de Tel-Aviv, devenue l'un des meilleurs amis d'Israël. Une distinction qui n'est pas sans risque intérieur pour le socialiste Hollande. Beaucoup de ceux qui le soutiennent encore, à la gauche de son parti, sont plus sensibles aux brimades endurées par les Palestiniens qu'aux risques encourus par le peuple hébreu. D'où l'exercice, d'ailleurs obligé pour tous les dirigeants français et auquel s'est plié le président avec la solennité qui lui convient bien, d'un rappel à l'obligation pour le gouvernement Netanyahou de mettre un terme à la politique israélienne de colonisation des territoires occupés.

Quant à la pérennité de l'entente franco-israélienne et à l'espoir pour Paris de peser à nouveau dans les négociations au Proche-Orient, force est de constater que ce n'est pas la première fois que pareille situation se présente. De Gaulle, Mitterrand, Sarkozy ont connu ce genre d'embellie. Mais la lune de miel résiste rarement. Soit à une de ces bavures dont les Israéliens sont hélas coutumiers à l'égard de leurs voisins palestiniens. Soit à la décision américaine de rappeler - et le lobby du Congrès s'en chargera un jour ou l'autre - que le premier allié d'Israël, ce sont les États-Unis. Au moins parce que c'est celui dont la diaspora soutient l'économie du pays.

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