Chronique d’un « divorce » annoncé :La France et ses Juifs. Appel à contributions. Par Marc Brzustowski

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La question sécuritaire et l’émergence d’une nouvelle identité juive de France

Appel à contributions :
Nous pouvons démultiplier les constats, les analyses, chroniques… Mais l’urgence est, déjà, ailleurs. L’ambition d’Alliancefr.com est de contribuer à construire une nouvelle base de discussion et de débat, d’initiatives et d’actions concrètes, où la communauté juive partage son expérience, entre soi et au-delà.

L’identité juive, en France, subit des mutations et des pressions, parfois extrêmes, de la lassitude aussi, qui la poussent à deux principales sortes d’attitudes : le repli communautaire ou la fière revendication sioniste face aux bouleversements du monde. Bousculés dans nos repères, nos cœurs se sont rapprochés de Jérusalem, certains franchissant le pas, d’autres préparant l’avenir… A trop hésiter, la paralysie, le doute, la gêne s’installent.

La lucidité nous pousse à choisir la voie du pragmatisme et de l’ajustement aux risques et aux menaces, qui sont, pour nous, autant de défis et d’opportunités de révéler ce que, sans trop de fausse modestie, nous appelons « génie juif ». Il est, essentiellement, le fruit de l’angoisse existentielle, face à la précarité de la vie qui la rend si précieuse. A notre génération de saisir ces changements brusques comme un appel.

Cet espace de parole ne doit pas se refermer sur lui-même, rompant juste un court instant d’un silence embarrassé, voire complice. C’est, justement, parce que notre qualité citoyenne nous est si aisément rognée ou déniée, depuis douze ans, qu’il est grandement temps de mettre les pieds dans le plat ! C’est une interpellation, une question en attente de réponses plurielles, collectives. Le débat est ouvert pour émettre des propositions, défricher de nouvelles pistes, partager des avis, explorer, chercher, modifier…
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4217519,00.html
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La France défigurée, une vielle lune ?
« Ne m’appelez plus jamais France… ». On connaît cette ritournelle de Michel Sardou, empreinte de nostalgie et de sentiment national froissé, à force de renoncements, de petites trahisons, de manque à incarner ses promesses de grandeur et d’universalité lumineuse, comme un havre dans la tempête…  Le cœur entre deux mondes, l’ancien et le nouveau, physique ou virtuel, c’est-à-dire, toujours possible, à nous de créer notre place.

Il est grand temps de se le dire : la France que nous retrouverons au lendemain des élections présidentielles et législatives ne sera, selon toute probabilité, plus du tout celle que nous avons connue et aimée, au cours des soixante-dix années précédentes.

Même lorsque nous l’avons passionnément critiquée pour son manque de hardiesse et de courage, ses démissions face aux pressions démographiques, pétrolières et religieuses.

Nous devons nous libérer de la morosité ambiante, de ces accents millénaristes de « fin du monde ». De quel monde ? Doit-on le regretter, se couvrir la tête de cendres, prendre le deuil, maudire, hurler, serrer les mâchoires et les poings, face au retour de « la brutalité en politique » (Shmuel Trigano) et le tableau presque ubuesque de la « nouvelle classe politique dominante » ?

Avec une ironie non dénuée de panache, Jean D’Ormesson s’annonce délibérément « Sarkozyste », au pire moment dans les sondages, pour le candidat de l’UMP (Le Point .fr). Il voit déjà une fonction présidentielle comme un habit trop grand pour le candidat « mondialement connu en Corrèze », le débonnaire François Hollande, dont la doctrine socialiste n’a pas la moindre boussole pour relancer le navire France vers un horizon qui se tienne…

Déjà, il « ne se prononce pas » sur le boycott des produits israéliens. Façon de se garder plusieurs fers au feu, après la prestation de son ami Delanoë en faveur de Salah Hamouri.

On imagine très bien qu’il doit procéder à des marchandages électoraux qui seront sans surprise : le Ministère de la « Justice » ira-t-il à Eva Joly, dont l’accent germanique pourrait, très bientôt évoquer de bien mauvais souvenirs aux derniers survivants des temps de l’occupation ?

Après avoir rangé la « Marseillaise au musée », ira-t-elle jusqu’à décrocher les drapeaux français des frontons des mairies pour les donner à brûler, en guise de travail d’intérêt général ?

Cette justicière aux lunettes vertes de célèbre concombre masqué, avec un sens du réalisme et de l’équilibre qui n’appartient pas qu’à elle, fustige la lutte anti-terroriste autour de Gaza en ces termes : « C’est un camp de concentration à ciel ouvert ». Cela donnera des idées à nos chers délinquants, nourris aux frais du contribuable, dont la réinsertion dans le Jihad sans frontières est, d’ores et déjà, assuré.

La sécurité, premier droit du citoyen

Pour la Communauté juive, les douze dernières années, dont les derniers mois furent un rappel tragique en accéléré, ont été les plus difficiles, sur le plan sécuritaire et politique, depuis Vichy. Celles qui s’annoncent ne feront qu’accentuer des tendances profondément ancrées. Le Service de Protection de la Communauté Juive recrute, actuellement, un premier cordon sécuritaire de 100 agents, pour Paris et province. Ce n’est qu’un début.

Faire le gros dos dans les situations d’agression ne suffit pas. Pour les victimes, le choix est drastique, à plus court terme : dissuasion par le port de casquette, dissimulation de toute signe extérieur d’identification, lorsque l’Islam avance tous voiles dehors, et sur le projet de vie, le renfort des contacts avec le seul lieu au monde où la kippa sera tolérée, le temps passant : Israël.

On voit, malheureusement, qu’une telle option intervient, parfois, à contretemps et ne pare pas à toute éventualité : Ilan Halimi z’l préparait son Alyah et son destin aurait pu se jouer à quelques semaines ou mois près.
Le cas de la famille Sandler est encore plus dramatique, puisque vivant déjà en Israël, Yonathan a choisi de transmettre son savoir à Toulouse…

Etant particulièrement exposée, la communauté est aussi dans une posture singulière de vigilance accrue et de nouvelles formes d’anticipation de la menace.

Pour être réellement efficace, la dissuasion devra devenir proactive et détecter le danger avant même qu’il ait le temps de se concrétiser. S’il faut veiller sur les plus petits, il faut aussi entraver l’action de groupuscules qui cherchent à leur nuire. Il est nécessaire de former, sensibiliser, éduquer à la responsabilité collective, à l’interconnaissance du voisinage, à quelle définition de l’antisémitisme on se résout, etc.

Le rôle des femmes sera déterminant pour rassurer et raffermir le moral des enfants. On pourrait envisager des ateliers de soutien psychologique à l’intention des parents, en lien avec les vigiles et les directions d’établissements.

Des dizaines de sites internet procurent une information tous azimuts, sans toujours, disposer d’une finalité et d’objectifs clairs et coordonnés : il suffirait de leur attribuer une mission- sentinelle plus précise, de répartir des rôles et des tâches, des champs d’enquête sur les courants délétères pour le bien-être collectif, et, ainsi, parvenir à une force de frappe politique construite.

Autre exemple : l’association Im Tirtsou, en Israël a décelé des cas de harcèlement et de violence sur le campus du Mont Scopus et dispense des cours de Self-Défense réservés aux jeunes femmes étudiantes…

L’exemple new-yorkais :
Après le 11 septembre 2001, la mairie de New York a compris les atermoiements, les hésitations « politiquement correctes » de l’administration centrale : bien qu’on détenait assez d’informations pour empêcher que « cela arrive », elles n’ont pu être mises en cohérence pour déceler le signe « décisif » et transformer « l’éventualité » en « menace ».

Après le travail remarquable de R. Guiliani, pour combattre la criminalité, M. Bloomberg a repris le flambeau et réorganisé le Département de la Police de NYC, à partir des informations recueillies sur le terrain par les patrouilles locales, de statistiques sur les tendances délinquantes, avec des analystes et enquêteurs de terrain chargés de réinventer le contre-terrorisme.

Plutôt que d’attendre que la menace se manifeste à eux, ces hommes sont allés chercher à la comprendre, en envoyant des correspondants sur les principaux foyers de danger.

La police de New York était ainsi présente à Madrid, en 2004, Londres 2005, ou à Tel Aviv, Haïfa, Manille, à chaque explosion de bombes, de trains, de bus, dans le métro, avant même le FBI, qui commençait à redouter une perte de prérogatives.

Les policiers locaux repèrent les bâtiments, angles morts, activités à risques et se forment à la nouvelle sorte de menace, à peine les données recueillies, en montant des simulations de situations de crise. 

Les enquêteurs new-yorkais se sont posés les questions qui taraudent :
Sociologiques : quels sont les mécanismes de la radicalisation ? Psychologiques : à quel moment un individu peut-il basculer ? Sur quels éléments déclencheurs ? Politiques : une évolution à l’autre bout du monde risque t-elle de se traduire par une crise particulière ? Religieuses : à quel moment un discours politique et religieux devient-il «dangereux » ?

En août 2007, ce Département émet un rapport sur le : « Homegrown Threat », la menace qui se développe, incubant à l’intérieur même du territoire. C’est, typiquement, le cas Merah. C’est un danger à multiples visages, presque impossible à profiler avec certitude. On liste les nouveaux réseaux terroristes (Marc Sageman) pour y ajuster des parades appropriées. Il s’est doté de compétences multilingues, d’entrées au sein des différentes communautés ethniques.

Evidemment, une telle « révolution culturelle » requiert beaucoup de moyens, du temps et s’affronte aux obstacles administratifs, hiérarchiques et territoriaux. Il s’agit moins de viser la prouesse que de rassembler toutes les énergies pour un résultat optimal.

Un tel changement d’attitudes démontre que, chacun, à son niveau local, est acteur de sa propre sécurité ; et qu’on ne doit pas tout attendre d’un Etat, ou d’institutions centrales, pris dans des enjeux de représentation, de pouvoir, surtout dans des périodes où la démagogie et la pensée unique l’emportent sur le bien-être et la préservation des plus faibles ou des plus exposés.

Pour parvenir à une coordination efficace, encore faut-il trouver des hommes de terrain résolus à détecter et combattre ce qui dysfonctionne ou les schémas de pensée et d’action qui minent l’anticipation collective en noyant le problème dans des « commissions Théodule », ne sortant jamais du « cadre » ou de leurs bureaux.

Ce dossier élémentaire, mais primordial de la citoyenneté, dans la société « Vigipirate » rouge-écarlate, est essentiel à reposer les fondements de la démocratie et la place de la communauté juive dans la République : non comme une victime à protéger et un « fardeau » sécuritaire pour l’Etat, mais comme un atout disposant d’expérience et d’ingéniosité, de réseaux transversaux à différents niveaux intérieurs et extérieurs, pouvant profiter au bien commun.

Il requiert du savoir-faire, du sang-froid, de l’intuition, du discernement, une « intelligence économique », tactique et stratégique, un sens de l’organisation et une détermination sans faille.

Des experts, privés et publics, communautaires et à responsabilités dans diverses strates de la gouvernance ou des mouvements de jeunesse, sont disponibles, sur le plan sécuritaire et légal, sans rogner sur les prérogatives régaliennes, pour en parler autour d’une table. L’enjeu est de faire avancer ce dossier qui pourrait vite devenir « explosif », si on n’y prenait garde.

Ou remettre à l’ordre du jour la « tolérance zéro » envers l’antisémitisme sous ses formes insidieuses ou violentes, à travers des demandes et une organisation claires.

A nouvelle réalité, nouvelles initiatives et mesures. Ces douze ans ont été très instructifs, fructueux, comme une sorte de laboratoire dans un monde en transition dont on évalue les forces et les faiblesses.

Certaines personnalités ou institutions ont voulu croire qu’il suffirait, momentanément de faire profil bas et que la tempête s’évanouirait comme elle est venue. Si on s’en tient aux statistiques, ce n’est pas toujours faux : ce sont les montagnes russes et on attend le passage du prochain pic, sans savoir dans quel état d’étourdissement nous sortirons du véhicule, ni où nous serons projetés, une fois franchi le prochain cap.

A partir de ce premier cadre indispensable de réassurance, on peut aborder tous les aspects de la vie qui en découlent : l’innovation dans tous les domaines d’échange qui mobilisent des connaissances, des réseaux, des compétences, une curiosité nouvelle.

Les écologistes craignent pour la planète ? Israël a mis au point la voiture électrique de demain, Better Place de Shaï Agassi.

Mélenchon surfe sur le chômage et le mal-être ? Israël en a réduit l’ampleur à 5, 5% et c’est une des pays les mieux côtés pour son investissement dans le R&D et son bonheur de vivre ! Marine Le Pen déclame que les symboles de la nation ont été bradés au multiculturalisme ? Chaque jeune israélien défend le patrimoine des pionniers avec ardeur et abnégation.

Par nos échanges réguliers avec ce pays jeune et ouvert, nous disposons de tout le panel de réponses à ses détracteurs qui sont devenus les nôtres, au quotidien, pour clore le bec aux menteurs et au faiseurs de guerre, par voie de médiatisation.

C’est un vaste chantier, il requiert moins d’être nombreux que d’être unis et résolus, dans un maillage en réseau étroit, où celui qui dispose de l’information en temps exact détient le pouvoir de convaincre.

La pensée juive conduit à l’idée antitotalitaire et anti-terroriste fondamentale : chaque homme est un univers entier à lui seul et il ne se construit qu’en relation, dans le respect de l’altérité et des limites de chacun, sans empiéter sur le droit d’autrui.
Comme dit Mélenchon : « Prenons le pouvoir »… avant qu’il ne s’occupe de nous.

Par Marc Brzustowski

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