Keren Ann: «La neutralité? Un luxe»

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kerenA.jpgArticle paru dans "Le Matin.ch"

Samedi, Keren Ann va cribler le festival Metropop de ses balles pop. Interview aérienne.
© Keystone

Au bout du fil et du tarmac de l’Aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, son français parfait est balayé par un accent indéfinissable. Et pour cause. Artiste et citoyenne néerlandaise protéiforme, Keren Ann est née en Israël et morcelle son quotidien entre Paris, New York (son «amant») et Tel-Aviv. La France a découvert son écriture gracile et granuleuse dans l’album «Chambre avec vue», qu’elle a composé pour Henri Salvador aux côtés de Benjamin Biolay en 2000.

Depuis, des tubes, pour elle-même, que l’on fredonne sans y penser, en français, en anglais, mais surtout en boucle. De «Sur le fil» à «Lay Your Head Down», jusqu’au plus rock «My Name Is Trouble», tiré de son magnifique sixième album, «101». A 37 ans, Keren Ann manie la pop magnétique avec la grâce d’une citadine aventureuse. Démonstration samedi, au festival Metropop.

Vous qui vivez, enregistrez, tournez dans le monde entier, où êtes-vous actuellement?

(Rires.) Je suis arrivée hier soir de New York et là je suis à Roissy. C’est vrai, je bouge beaucoup, mais en ce moment j’avoue me sentir plutôt bien à Paris.

Vous tenez à faire des disques comme on écrit un roman, avec un début et une fin…
Oui, j’ai besoin de créer un album comme un artiste fait une série de peintures. J’aime jouer avec l’équilibre et ça ne peut se faire que sur la longueur. J’espère que j’aurai encore des fans qui s’intéressent à l’objet dans son entier. C’est à chaque fois un chapitre de ma vie et je n’ai pas envie qu’on la fragmente!

Vous êtes inspirée par l’écriture américaine et le son français. C’est souvent l’inverse, non?
Je n’ai jamais été touchée par une chanson française comme j’ai pu l’être par Springsteen, Dylan ou Cohen. Comme pour la mode, le son a aussi son esthétisme. Et, pour moi, la finesse du son français s’apparente à de la haute couture. On arrive à mettre la main sur des choses d’une justesse incroyable.

Vos chansons sont plus populaires que votre nom. Ça vous empêche de dormir?

J’adorerais accroître ma popularité, d’autant que mes chansons sont accessibles, non? (Rires.) Plus ma musique est écoutée, mieux c’est pour moi. Mais j’ai la chance d’avoir une belle carrière et plutôt solide. Je remplis de belles salles et j’ai un public très fidèle. Cette carrière m’a permis d’écrire un opéra gothique («Red Waters») et de travailler avec d’autres (Henri Salvador, Emmanuelle Seigner…).

Vous avez dit: «Les artistes doivent jouer en Israël et dire ce qu’ils pensent. En n’y allant pas, on est Suisse.» La neutralité est un luxe?

Oui. Et moi, étant née en Israël, je ne peux pas me permettre ce luxe. C’est très hypocrite de jouer en Chine et de boycotter Israël pour protester contre sa politique. Mais je n’ai rien contre la Suisse, hein! J’ai évoqué votre pays parce que l’expression me faisait rire.

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