Livre juif :La cuisine juive

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la cuisine juive livre juif un voyage culinaire

Partez pour un voyage culinaire et culturel exceptionnel à la rencontre du peuple juif et de sa cuisine.

De New York à Tel Aviv en passant par Tunis et Cracovie,Annabelle Schachmes vous fait découvrir plus de 160 recettes traditionnelles ou revisitées avec talent.

Des recettes du monde entier pour des repas de tous les jours et des jours de fêtes.

Un ouvrage de référence entre tradition et modernité qui montre que la cuisine juive est avant tout une cuisine de partage, de mémoire et de transmission

Choix de Claude Layani

Il y a un fameux récit, raconté lors du repas de la pâque juive,  sur la question d'un enfant naïf, étonné par la singularité de la  réunion festive autour de la table dressée : Que se passe-t-il ce soir ? Qu'y a t il de différent dans cette soirée ? demande l'enfant au père
« D'une main toute puissante, l’Eternel nous a fait ~ d'Egypte, d'une maison d'esclavage. »

Dans cette réponse, l’assemblée conviviale formule l'intention de ce singulier repas, institué en évocation symbolique d'un épisode que la mémoire juive mue pour en faire un moment clé de son histoire.

C'est de cette singularité qu'est née notre propre interrogation, comme celle de l’enfant naïf : que se passe t il, véritablement, autour de cette table où l’aliment raconte, où se côtoient bénédictions et dégustations, celle de l'herbe amère notamment dont la saveur, dit on, évoque le caractère pénible du séjour des anciens Hébreux en Egypte ?

Au regard non initié, le repas juif s'offre donc d'abord dans sa fonction narrative, et comme en spectacle organisé et codifié où le verbe, la saveur, l'image et le geste sont associés dans la ritualisation de l’acte de manger. Nous nous proposons ici de faire la lecture de ce code tel qu'il s'élabore dans le milieu juif d'origine algérienne, communauté dont l'histoire, précisément, n'a pas manqué de retentissements.

Enracinés au Maghreb pendant presque vingt siècles, les juifs d’Algérie ont été les acteurs et les témoins de tous les bouleversements du destin de ces contrées.

"La seule constante historique du Maghreb, depuis l'aube de son histoire" écrit André Chouraqui, est constituée par la présence ininterrompue des juifs. Seul, parmi toutes les entités humaines présentes au Maghreb, le juif a connu, sans perdre son identité, la longue série d'empires qui ont gouverné cette terre depuis

Carthage jusqu'à la France » . Leur très ancien enracinement dans l'histoire de l'Afrique septentrionale a donc conduit les Juifs d'Algérie à côtoyer une très grande diversité d'univers sociaux et culturels auxquels ils se sont souvent et largement mêlés.

Cette société nord africaine plurielle, ils l'ont traversée depuis les Phéniciens, que des Hébreux auraient, selon certaines hypothèses, accompagnés, jusqu'en Numidie, et avec lesquels ils eurent des affinités linguistiques, culturelles et économiques, jusqu'aux Berbères du Maghreb intérieur auprès desquels les fugitifs des grandes déportations en Babylonie vinrent s'établir après la destruction du premier temple de Jérusalem (VIe siècle avantnotre ère.

Loin des métropoles méditerranéennes, ils seront ici à l'abri des pouvoirs impériaux successifs qui régentèrent la région dans l'Antiquité. Et, de toute évidence, la très longue cohabitation avec les Berbères a conduit à l'élaboration d'une culture juive maghrébin où les interactions et les échanges entre les deux communautés ont laissé leurs traces dans les rituels, dans les codes linguistiques et onomastiques. Plus tard, de la langue et de la culture arabes déployées au Maghreb pendant le Moyen Age, les juifs ont été les plus prompts à faire l'apprentissage, malgré les hypothétiques et légendaires premières formes de résistance judéo berbère contre l'invasion bédouine (2).

Et on ne démontre plus aujourd'hui la contribution juive au développement de la littérature, de la grammaire, de la théologie et de la philosophie arabes médiévales.

Dans ce Maghreb central où convergent des mouvements migratoires d'origines diverses, se retrouvent aussi, auprès des communautés autochtones, des juifs expulsés et fugitifs de l'Espagne des xiv' et xv, siècles ; au cours des xvi' et xvii' siècles, des Marranes portugais, des juifs de France, d'Italie et de Constantinople viennent se joindre à cet univers judéo maghrébin déjà bien diversifié, entité sociologique dotée de multiples coutumes et traditions linguistiques et religieuses (1).

Mais une communauté dont le destin politique conjuguait, jusqu'à l'arrivée des Français, une certaine forme d'autonomie interne avec, sous la domination musulmane, un statut de toléranceet de discrimination.

Les juifs d'Algérie, soumis aux dispositions du système de la dbimma sont confinés dans une forme d'incapacité légale et d'infériorité devant leurs voisins musulmans, mais ils sont en même temps reconnus comme une nation à part entière, dotée d'une organisation administrative, judiciaire et légale propre, parfai­tement autonome pour le règlement des affaires internes à lacommunauté. L'arrivée des Français va considérablement modifier cette organisation et le destin de ces juifs, « indigènes de religion israélite », profondément impliqués dans le bain socio culturel maghrébin et qu'aux yeux du colonisateur, peu de signes distinguent de leurs voisins musulmans, dans les pratiques quotidiennes et domestiques.

jusqu'à l'adoption du décret Crémieux en 1870, qui leur accorde la citoyenneté française et la responsabilité politique, les juifs d'Algérie vont se laisser progressivement guider dans la voie de l'Occident émancipateur : l'école « civilisatrice », ouverte aux juifs par le pouvoir colonial sous la pression des instances consistoriales de France, entamait alors le puissant processus d'occidentalisation des juifs qui tentait de les extraire de leur univers traditionaliste par l'apprentissage de la francophonie et par la transformation et le polissage des usages coutumiers ancestraux.

Mais en même qu'il mettait fin à de longs siècles d'incapacité politique, l'esprit colonial qui émancipait les juifs les extirpait aussi de l'univers indigène, répondant à son permanent souci de diviser pour mieux régner. Ni la virulence de l'antisémitisme français en Algérie, ni les lois de Vichy qui ont aboli le décret Crémieux et interrompu la scolarisation des petits juifs algériens, n'ont altéré leur puissant désir de s'intégrer à la nation française où ils espéraient trouver la promotion sociale.

Aucune surprise donc, lorsqu'en 1962, la communauté juive d'Algérie se « rapatrie » massivement vers la métropole, s'associant ainsi sans réserve au destin de la France.

L'histoire du judaïsme algérien est alors entrée dans une phase nouvelle et sans doute cruciale.

Car au long processus d'acculturation et d'européanisation des modes de vie juifs maghrébins, s'ajoute désormais le déracinement géographique, la séparation d'avec une contrée et un milieu socio culturel où s'est forgée la tradition juive algérienne depuis des temps très anciens.

Le grand départ de 1962 marque donc une profonde rupture historique, à la fois dans les esprits et dans la mémoire collective, mais aussi dans les pratiques existentielles quotidiennes qui sont loin d'être restées insensibles aux bouleversements de l'histoire.

C'est la tradition juive algérienne, d'abord érodée par l'européanisation des manières d'être et de penser, puis déracinée de sa contrée d'origine, qui paye aujourd'hui le prix de la longue « marche vers l'Occident ».

Organisation familiale disloquée, bouleversement des conceptions du temps et des rapports sociaux, le revers de l'émancipation, c'est l'abandon des valeurs culturelles qui faisaient la force et la richesse de la tradition juive dans ce pays.

A force de transiger avec la culture dominante, cette tradition menacée a dû chercher un refuge qu'elle a trouvé dans l'univers domestique, et surtout dans tous les actes concrets de la vie quotidienne.

Elle a installé ses lignes ultimes de défense dans les gestes intimes répétés, dans les odeurs et les bruits du foyer, sur les tables et dans les casseroles.

Fidèle à de vieilles habitudes, le juif algérien qui quitte le Maghreb, n'oublie pas d'emporter les marmites dans lesquelles il a peut être pris l'essentiel, ce qui aujourd'hui l'aide à recoller les morceaux de son identité.

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