Ytro :Les Hébreux arrivent en vue du Mont Sinaï, par Janine Elkouby

Culture, Judaïsme - le - par .
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commentaire de la paracha Yitro Janine Elkouby

 

YITRO

Les Hébreux arrivent en vue du Mont Sinaï, le théâtre de la scène grandiose où Dieu se révélera à eux et leur fera don de la Loi. Nous sommes au troisième mois après la sortie d’Egypte et le passage de la mer Rouge. Pourquoi a-t-il fallu attendre tout ce temps avant le don de la Loi ? C’est que, nous enseigne le midrach, il fallait au peuple une période de convalescence, afin qu’il puisse guérir des blessures physiques et morales que lui avait infligées le long esclavage d’Egypte : il lui fallait reprendre des forces, se débarrasser des réflexes d’esclaves – inquiétude, craintes, récriminations et plaintes perpétuelles comme celles qui émaillent la paracha Bechala’h - et acquérir des comportements d’hommes libres et responsables.

Pendant ce laps de temps, le peuple a su passer d’un amas pluriel et disparate d’individus (19, 1et 2), qui n’étaient unis que par la négativité et une nostalgie trompeuse dans l’irresponsabilité et la panique, à un peuple solidaire, capable de camper au singulier (19, 2), « comme un seul homme, d’un seul cœur, dit Rachi, alors que toutes les autres étapes avaient été marquées de murmures et de querelles ». Capable aussi de répondre ensemble « Nous accomplirons » (19, 9), réalisant ainsi consciemment le passage à l’unité.

« Ils étaient partis de Refidim ( 19, 2)», le lieu où, après de nouvelles récriminations des Hébreux, les Amalécites avaient lâchement attaqué leur arrière-garde vulnérable  : précision géographique inutile, puisqu’elle avait été donnée déjà auparavant(17, 1) , ne manque pas de remarquer Rachi, qui explique que les Hébreux sont arrivés au Sinaï dans l’état d’esprit de repentir qui était le leur au départ de Refidim ; en d’autres termes, l’attaque d’Amalec les a mûris : eux qui passaient leur temps à ronchonner comme des enfants capricieux, alors que tout leur tombait tout rôti dans le bec, voilà qu’ils ont eu à combattre un ennemi réel et dangereux.

Au début du troisième mois, les anciens esclaves ont progressivement accédé au statut d’êtres humains libres. Et c’est le troisième jour que se produira la théophanie. En lisant attentivement le texte, nous nous rendons compte que la préparation à cet événement fondateur est placée sous le signe de la séparation : le terme « sanctifier (19, 10) » connote l’idée de séparation ; dans l’injonction « Qu’ils soient prêts » (19, 11), Rachi lit : « Qu’ils soient séparés de leurs femmes » ; le peuple doit rester « dans les limites », se garder d’approcher de la montagne (19, 12). Cette nécessité de la séparation, répétée avec insistance, est éclairée par Rachi au verset 21 : à aucun moment, le désir, l’amour de D. ne doit devenir recherche de fusion. C’est à cette condition que la vie est possible (19, 12). C’est à cette condition que le peuple pourra « sortir à la rencontre de D » (19, 17).

Janine ELKOUBY.

 

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