Fille de déportés prête à cacher des Sans-papiers

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Article paru dans "Libé Toulouse"

La fille de déportés Juifs de 42 qui est prête à cacher des Sans-papiers. Denise Epstein vit à Toulouse. Elle est née en 1929, année de parution de « David Golder », le premier succès littéraire de sa mère Irène Némirovsky.

Elle a 12 ans en 1942 lorsque les gendarmes français viennent arrêter sa mère qui mourra à Auschwitz. Quelques mois plus tard, son père, Michel Epstein est lui aussi déporté et assassiné par les nazis.

Pendant des années, Denise conservera le cahier confié par sa mère lors de son arrestation. Il contient les deux derniers textes qu’elle a écrits. Elle ne les lira qu’en 1998. Les deux romans seront publiés ensemble sous le titre de « Suite Française » en 2004. Il a reçu le prix Renaudot la même année.

Pour la première fois, Denise Epstein, raconte son itinéraire et celui du dernier roman de sa mère dans “Survivre et Vivre”, une série d’entretiens réalisés avec la journaliste Clémence Boulouque.

Entre deux voyages à travers le monde pour présenter le travail de sa mère, elle a reçu Libé Toulouse chez elle dans son quartier de Saint-Cyprien.

Entretien

Quel a été votre réaction à la proposition de Nicolas Sarkozy qui voulait que chaque écolier « parraine » un enfant juif victime du nazisme ?

Denise Epstein : C’était une idée ridicule et scandaleuse. Il a voulu s’approprier des moments tragiques de l’histoire pour son bénéfice politique.

Comment se passent vos interventions dans les lycées pour présenter le travail de votre mère ?

D.E. : D’abord, je remarque que l’histoire de la Déportation tient peu de place dans les manuels d’histoire. Je suis ensuite toujours surprise de l’ignorance des adultes et des élèves. Je suis par contre toujours interpellée par l’attention de ces derniers. Ils me posent des questions auxquelles je n’avais pas pensé. Récemment dans un collège du Mirail, l’un des enfants m’a demandé si des noirs avaient été aussi déportés par les nazis. Je n’ai pas su lui répondre.
Dans mes interventions, j’essaye toujours d’élargir le débat sur les problèmes des minorités. Comme les juifs pendant la guerre, les gens qui habitent dans les quartiers dits sensibles font partie de ces minorités car ils y sont regroupés. Cela me révolte. C’est la même chose pour les contrôles d’identité au faciès dans la rue. Je passe toujours au travers alors que les personnes « typée s », sont systématiquement contrôlées. Cela me rappelle une période noire de notre histoire. Je suis indignée.

Á votre naissance, votre père vous a déclarée à l’état civil sous le prénom de France. Pourquoi cela vous a-t-il mise si longtemps en colère ?

D.E. : Le 9 novembre, jour de ma naissance, les rues étaient pavoisées aux couleurs du drapeau français pour les cérémonies de l’armistice du 11 novembre. Dans son besoin d’intégration forcenée à la société française, mon père a alors décidé de me prénommer France.
J’ai longtemps rejeté ce prénom à cause de la France qui a arrêté les enfants juifs sans que les nazis l’aient demandé. Je n’aime pas les drapeaux. Je déteste les hymnes nationaux quels qu’ils soient. Je suis indifférente au fait que l’on siffle la Marseillaise. Les drapeaux, les religions et les hymnes nationaux nous amènent en général à des guerres.
Aujourd’hui je suis apaisée. Je préfère penser aux Français qui nous ont sauvés la vie en nous cachant pendant la guerre. Je prends désormais mon second prénom France avec plus de légèreté.

Le travail de mémoire sur la période de Vichy est t-il encore à faire ?

D.E. : La période de Vichy reste tabou en France. Paxton, un historien américain est le premier à avoir écrit et dénoncé la France de Vichy. Je pense qu’il y a encore du travail d’historien à faire sur la responsabilité de la SNCF et de la RATP dans les déportations à cette époque. Néanmoins, les choses essentielles ont été dites. Maintenant il ne faut pas oublier.

Être juive, qu’est ce que cela signifie pour vous ?

D.E. : Enfant, je ne savais pas ce que cela voulait dire jusqu’à ce qu’on m’ait collé une étoile jaune. Je me suis sentie juive après-guerre. Ma judéité passait par Auschwitz. Je suis juive avec l’héritage de la Shoah. Je me suis rendue pour la première fois à Jérusalem pour la sortie du livre de ma mère. Là-bas, j’ai perdu les idées reçues. Je me suis rendu compte qu’Israël était un petit pays entouré d’ennemis. On comprend mieux leur besoin de sécurité. Cela dit, je n’ai pris la nationalité israélienne à laquelle je peux accéder de plein droit. Je n’aime pas les nationalismes. Je suis un être humain attaché à la paix.

Pourquoi soutenez vous l’action en faveur des sans papiers du Réseau Education sans frontières (RESF) ?

D.E. : Pour moi, ce sont les nouveaux Justes. Les centres de rétentions administratives sont des camps d’internement où l’on enferme les gens avant leur expulsion. On ne doit pas accepter ce système en France. Aujourd’hui, j’irais jusqu’à cacher des sans papiers. Je suis certes un peu connue pour cela, mais je ne laisserai jamais personne dehors.

Propos recueillis par Jean-Manuel Escarnot

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