Artiste peintre juif:Emanuel Proweller ou le mendiant intellectuel talmudique

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Artiste peintre juif Emanuel Proweller

Emanuel Proweller ou « le mendiant intellectuel talmudique »

Né en 1918 à Lwow, Pologne, Emanuel Proweller est arrivé à Paris juste après guerre.

Avant cette dernière il participa à plusieurs expositions de groupes et à divers salons en Pologne qu'il quitta après la Shoah.

Cet événement impensable lui fit déchirer son diplôme d'architecte.
Ses "parents partis en fumée" et armé d'une reproduction de Cézanne qu'il garda pendant toute la guerre dans sa poche avec ses faux papiers il vint à Paris où il fut tel qu’il se définit à l’époque « le mendiant intellectuel talmudique » mais tout autant un peintre trop en avance sur son temps.

Précurseur de la Nouvelle Figuration il fut reconnu par quelques esthètes (dont Jacques Donguy) mais n'obtint jamais la reconnaissance qu'il méritait même si désormais sa cote ne cesse de suivre une courbe ascendante.

Proweller a été des plus précis sur l’exercice de son art : « l'acte de peindre ne consiste pas à s'exprimer, mais à comparer sa subjectivité à un élément objectif et valable : le sujet » écrivait-il.

Et si lors de ses premiers vernissages parisiens (Galerie Denise René et chez Colette Allendy au tournant du siècle dernier) ce "sujet" était abstrait à savoir de l'ordre du signe (cercles et carrés, forme géométrique pure) très vite le sentiment légitime « d'avoir le droit de raconter une histoire » le ramena à une figuration simplifiée.

Elle permit d'amorcer une forme de nouvelle vision bien en avant l'émergence de la néo-figuration.

Artiste peintre juif Emanuel Proweller

Artiste peintre juif Emanuel Proweller

Le peintre fit des adeptes voire des suiveurs. 
Parfois ils reconnurent leur dette envers lui mais le plus souvent - et parce qu'ils n'étaient que des porteurs d'eau de l’échappé solitaire – ils furent soumis à de spectaculaires trous de mémoire…

Proweller a compris, avant bien d’autres qu'à force d'art "conceptuel", qu'à force aussi de biaiser et de revenir à Duchamp la peinture n’était qu'idée et perdait sa nature première.

Certes l’art ne doit pas manquer d'idées. Une peinture "idiote" n'a jamais arrangé les choses et Proweller n'en a jamais manquée.

Mais il a fait mieux : il a su choisir la bonne : celle qui soulève l'inanité du monde et réveille la peinture. Il a compris que l’art ne devait être ni propagande ni refus de l'imaginaire.

Un seul tableau signé par l'auteur rappellera le moment le plus terrible de son existence : ce tableau (une commande) intitulé « Souvenir de l'occupant » est terrible mais il restera le seul qui directement retrace la Shoah.

Emanuel Proweller savait en effet que l'artiste s'oppose au monde tel qu'il est que de façon indirecte et par l'élaboration d'une nouvelle forme d'expression de la réalité.

 

Face à la manière confortable d'évacuer la question centrale de la peinture il a préféré lui faire face en se confrontant à la toile et à la matière qui la recouvre (huiles puis vinyle dans ses derniers travaux).

Aux peintres qui s’interdisent la peinture et le tableau l’artiste offre donc longtemps après sa disparition le plus cinglant démenti. Loin de toute régression et avant de se « lâcher » devant sa toile, Proweller était occupé à tout un travail de "cerveau".

Le geste était là mais le créateur avait la politesse de ne pas le montrer. N'en déplaise à beaucoup ce n’est pas le geste qui compte mais ce qu'il est capable de produire.

 

Emanuel Proweller reste donc un grand technicien mais pas un mécanicien de l'art.
Formes et couleurs lui servirent à jouer contre l'excès. En ce dernier il y a plus que de l'excessif : de l'excédent qui ne sert à rien.
En refusant la saturation l’artiste a changé le monde plus que de lui donner le change. Sa peinture n'a rien d'un spectacle en elle-même. Elle fait beaucoup mieux. Elle invente un espace aussi bouleversant et nécessaire aux valeurs tactiles d’une vitalité rarissime.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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