Artiste juive : Suzanne Stern la nuit était ancienne

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Suzanne Stern artiste juive

LA NUIT ETAIT ANCIENNE

 

La lumière, la couleur ce n'est pas ce qui flashe dans l'intensité, c'est ce qui se retient. L'image n'est ni l'abstraction, ni la figuration, mais l'épure. A corps et désaccords. Combustion lente sous la surface. Stries dans la matière. La main doit aller - entendons : avancer. Et le corps tout entier est présent devant, derrière, dedans : immédiatement engagé. Suzanne Stern cherche là : autour l'intéresse mais le centre la préoccupe en ce frôlement et cette pénétration du réel.

 

Saccades d'acanthes avec des mouettes. La gisante se cambre en se penchant, en se tordant voire se renversant. Autour d'elle des tonnes de larmes se sont dissipées jusqu'à se mélanger aux pigments afin de créer un fond qui scelle plus que le tableau, la vie. Il y a aussi des larmes : celles des persécutions d’un temps passé mais toujours en risque de revenir.

 

Conscience une fois le coup passé (issue de l’avant) de ce qu'il faut peindre de et par tous les temps : la vie sourde, irisée, conçue pour altérer la mort dans la jouissance du faire même lorsqu'il crée la plus grande des douleurs que l'on, se donne ou qui nous st donnée.

 

Ici où là, dans l'éloignement des dates mais en une commémoration perpétuelle en une suite d'auto-portraits paradoxaux. Suzanne Stern ne s'en lave jamais les mains. Yeux ouverts, yeux fermé la pure nécessité : peindre absolument non sous "âmenésie" mais "né cécité". Peindre éperdument dans la lumière limpide des premières toiles puis dans celles qui deviennent plus blanches. Quelle qu'en soit la nature cette lumière n'abandonne pas, ne lâche plus : puissance tenante jamais altière portée au trait qui biffe, rature, scelle comme u acte porte au cœur.

 

Dans la cendre et sa couleur, l'illumination du mat (parler de peinture de "maturité"). La poussière n'effraie plus : c'est là que Suzanne Stern « entrace » et dessine son ovale du temps et des formes étrangement suspendu dans la plupart de ses œuvre : bord de l'urne qui donne au regard ce que l'artiste « désenfouit ».

 

Fragments de plâtre, de bois, découpes de matières hétérogènes qui sont l'octroi que conjugue l'artiste vers ce qui est l'Interdit ou l'Impossible. Coïncidence entre le premier et le dernier jour qui dessine comme en un liseré cette place réservé à l'hôte (autre de soi, double, complément, animal). Sens pour ainsi dire sacré de l'épaulement ou de la perte où les bribes du temps à la fois s'égarent et se retrouvent.

 

 

Se souvenir alors de la phrase de Derrida dans Schibboleth : "Comment dater autre chose que cela même qui jamais ne se répète ?" Sinon en assortissant pour toute signature l'intensité basse de chaque tableau, celle qui dans ses morceaux et son unité emporte d'un seul regard. Un regard qu'il faut porter à divers moments, sous des lumières différentes pour voir (plus) et comprendre (mieux).

 

Suzanne Stern enduit, gratte, racle pour que surgisse un air mat avec comme horizon celui de la blessure dont rien ne sera dit sinon par le sceau d'une bouche ouverte et talqué.

 

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