Sarah Jérôme le portrait « à l’envers »

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Sarah Jérome artiste Juive

Sarah Jérôme le portrait « à l’envers »

 

Sarah Jérôme produit beaucoup d’œuvres sur papier. Se mêlent dessins au crayon, à l’encre, au pastel et des collages d’objets - lambeaux de textile principalement.

Chacune d’elles ramène d’une manière ou d’une autre à un passé, à une filiation non seulement par le visage ou le corps mais par les pièces rapportées qui s’y adjoignent ou le remplacent. La vision identitaire - tout en jouant sur la délicatesse des traits, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste – est à la fois angélique et démoniaque. Une douceur émane des visions en elles-mêmes violente. Chaque œuvre étrange, complexe, erratique et ambiguë implique une certaine distance en ce qui est vu.
Créatrice d’histoires visuelles, l’artiste joue avec la notion de portrait. Il peut osciller du surréalisme au concept. Les portrais refusés de l’artiste sont particulièrement intéressants. Ils sont à priori des « erreurs ». Mais en même temps ils ne mentent pas, ils ne font que crier au loup !

Et, après tout, les plus grandes œuvres reposent toujours sur les erreurs. Dès lors entre le fait de croire reconnaître ou non place l’artiste au sein d’un soupçon des plus salutaires. Il y a là implicitement une mise à nu de divers préjugés sur la représentation. D’autant qu’on a jamais dit (et les grands espagnols le prouvent) qu’un artiste devait représenter les gens avec une très grande ressemblance. Okwui Enwezor affirme même « que l’on ne devrait jamais représenter personne de cette manière ». Et Sarah Jérôme prouve que les artistes ne doivent pas faire ce qu’ils sentent devoir faire mais faire ce qu’ils veulent et l’assumer.
C’est pourquoi les œuvres de Sarah Jérôme suggèrent bien des possibilités. Aucune n’apporte de réponse définitive. D’autant que son travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque.

Ses figures « imposées » sont autant des modèles que des rôles. Leurs regards sont très ambigus. Avec « enfant poseur présumé innocent » par exemple le gamin interroge plus qu’il ne fixe véritablement le spectateur. Ses yeux sont-ils - et selon la fameuse expression - des fenêtres de l’âme ? S'ils le sont, derrière la douceur ils laissent deviner des peurs, des doutes, des incertitudes même inconscientes. Des doutes mêmes sur la nature de l’art.
Dans les portraits de Sarah Jérôme tout un processus d’informations d’origines très diverses est livré et modelé. Des éléments rapportés bien sûr, mais aussi les éléments dessinés créent une complexité. Masculin et féminin, intellectuel et sensuel, côté obscur, côté lumineux cohabitent. De tels « hybrides » prouvent pour leur part que ses modèles ne peuvent être des corps réels.

Ils relèvent forcément d’un amalgame de types définissables (végétaux, animaux) et se rapprochent d’une érotique intuitive de la peinture par leur langage aux tonalités sensuelles. Elles-mêmes s’articulent autour des aléas du sens et de la perte de cadre de références. Entre horreur et séduction ces tableaux posent diverses questions concernant la signification de la laideur et de la beauté. Il y a en eux une nudité sauvage et une approche de l’altérité.
Certaines poses révèlent et cachent des attributs les plus secrets de la féminité. Le sex-appeal glisse dans les zones ténébreuses induites grâce à l’aquarelle. Elles créent un quiproquo quant à l’identité du sujet placé ainsi « sous observation ». Parfois Sarah Jérôme approche de la monstruosité. Frontalités, effacements, déformations de proportions, absences de profondeur focale. Toutes les anomalies proposées sont extrêmement déroutantes.

Des détails aboutis alternent avec des formes esquissées, diluées. Certains endroits du support sont à peine touchés. Les couleurs ne viennent pas accentuer de manière expressionniste le visage : elles mènent à une existence indépendante. Comme si elles ne collaient pas au modèle et pouvaient aisément changer de place en une sorte d’agitation qui demeure visible.
Jean-Paul Gavard-Perret

 

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