Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

La belle blonde...

Pendant les vacances, Rebecca Cohen, genre bonne copine, dit à sa voisine :
- Je tiens à vous avertir qu'avant-hier, sur la plage, j'ai vu votre mari avec une jolie blonde à son bras !
- Et alors ? Vous ne voudriez tout de même pas qu'à son âge il se promène avec un seau et une pelle !

Lorsqu'Israël vend de la neige à l'empire du ski !

Article paru dans "Aroutz7",le 01/09/08

Une compagnie israélienne a réussi à percer un marché qui pourrait sembler fort étranger à un pays inondé de soleil. Ce ne sont pas de belles oranges de Jaffa qu'Israël va exporter en Suisse, un pays qui rime avec sports d'hiver et magnifiques pentes enneigées.

Les changements climatiques ne sont pas pour rien dans le succès de cette firme israélienne. L'an passé, la neige a eu du retard et les pistes de ski sont restées privées de neige presque toute la saison. Il n'en fallait pas plus pour alarmer les Suisses qui ne veulent pas perdre un business si attrayant.

Les médias suisses ont indiqué que le problème avait été pris très au sérieux par les autorités, qui ont appelé les scientifiques à trouver des solutions. Ne voulant pas faire les choses à moitié, les Suisses ont décidé de développer un système permettant de conserver la neige même pendant les mois chauds d'été.

Mais la ville de Zermatt, une des plus importantes stations de ski des Alpes, située à 1 600 mètres d'altitude, n'a pas voulu attendre que ce système soit fonctionnel et a choisi une solution qui a déjà fait ses preuves, tout en optant pour un petit plus proposé par la firme israélienne.

Dans un mois, un canon à neige made in Israël fournira de la poudre blanche dans la station de ski suisse et contrairement aux canons habituels, celui-ci fonctionne même lorsque les températures sont largement supérieures à zéro degrés Celsius.

Le canon à neige israélien, appelé "IDE Snowmaker", a été conçu à l'origine pour le dessalement de l'eau de mer. Le journal suisse Tages Anzeiger affirme que les créateurs israéliens de cet engin ont rapidement découvert qu'il était capable de produire de la neige sans ajouter le moindre produit chimique et sans utiliser d'eau potable, un plus indéniable.

Les canons à neige israéliens sont vraiment polyvalents lorsque l'on sait qu'ils sont utilisés dans le monde entier pour le refroidissement, en Afrique du Sud par exemple pour l'industrie des diamants et pour diverses autres activités. Ces canons à neige sont très gros, aussi doivent-ils avoir un emplacement fixe.

Sans oublier le prix de cette belle bête de 30 tonnes et 11 mètres de haut (rien que ça) : la modique somme de 7 millions de shekels (1,33 millions d'euros).

Nigéria: un Israélien libéré

Le 01/09/08, Un ressortissant israélien enlevé la semaine dernière au Nigéria a été libéré par ses ravisseurs, ont annoncé son épouse et l'ambassadeur d'Israël dans ce pays.
"Mon mari, Ehud Avni, a été relâché et va bientôt rentrer à la maison. Il va bien, et ses ravisseurs l'ont bien traité", a déclaré son épouse Tzipi à la radio publique israélienne.

"Nous ignorons encore les conditions dans lesquelles il a été libéré, mais apparemment aucune rançon n'a été versée à ses ravisseurs. C'est le résultat de l'étroite coopération des services de sécurité du Nigéria et du ministère (israélien) des Affaires étrangères dans cette affaire", a-t-elle ajouté. "Apparemment, mon mari a été enlevé à la suite d'une erreur, et ses ravisseurs ont décidé de le relâcher", a-t-elle encore dit.

Kibboutz terminus

Article paru dans "Libération", le 01/09/08

En Israël, les villages collectivistes sont en voie de privatisation. Témoignage à Sde Nehemia, en Galilée.

Quiconque traverse Sde Nehemia a le sentiment de descendre le cours de son histoire, irréversible comme celui du Jourdain dont la source dévale sur son flanc ouest. Posé à l’extrême nord d’Israël, dans «le doigt de la Galilée» - cette vallée fertile enclavée entre la montagne libanaise et les hauteurs du Golan -, Sde Nehemia est un kibboutz en fin de vie, une communauté de 167 membres en voie d’achever la liquidation de soixante-huit ans de collectivisme.

On y croise, dans l’ordre : un silo desaffecté décoré d’une fresque où des jeunes dansent la hora (1) et un âne tire un araire, image des années 40 ; un local fermé de l’agence Reuters, base arrière de journalistes pendant la guerre du Liban de 1982 ; le vaste réfectoire qui fut le centre de gravité de la communauté et où personne ne vient plus déjeuner depuis 2005. En s’égarant par les sentiers bitumés, on verra des maisons coquettes, bordées de fleurs et pelouses émaillées d’abris anti-obus (le Liban est à 5 km, la Syrie était aussi proche avant l’annexion du Golan en 1967), une crèche avec ses balançoires et ses cris d’enfants, une piscine autrefois gratuite et à présent payante, une usine de plastique qui tourne encore pour la collectivité. Enfin, aux confins nords du kibboutz, on découvrira son avenir : le chantier d’où ont surgi de grosses villas desservies par de larges rues, vendues à des citadins au prix du marché.

Zvi Abendanan, 67 ans, habite à quelques centaines de mètres de ce nouveau quartier. Né Richard à Alger, c’est un acteur anonyme, «ordinaire», dit-il, de l’aventure kibboutzique, unique dans l’histoire des constructions sociales. Un témoin atypique, mûri loin du creuset doctrinaire.

Zvi est arrivé à Sde Nehemia en 1974, après onze ans à Petah Tikvah, faubourg populaire de Tel-Aviv. Venu de «la ville» dans ce microcosme rural inspiré par les idéaux de la révolution russe de 1905, il est de cette minorité de juifs des pays arabes qui ont choisi le kibboutz par idéal, s’y sont accrochés corps et âme pour s’intégrer tant bien que mal, en ont tiré «fierté et bonheur», et ont vécu avec un sentiment mêlé de nostalgie, d’amertume et de soulagement, sa lente mais sûre décomposition.

Vote pour le salariat

Zvi était venu là, à 33 ans, pour renouer avec le rêve qu’il caressait dans sa jeunesse algéroise, celui d’une société égalitaire, démocratique, solidaire, laïque et au grand air. Pas de salaires, les biens en commun, les besoins de chacun assurés par la collectivité (éducation, santé…), les décisions votées en assemblée générale. Et surtout, une économie fondée sur la culture de la terre et la culture tout court. «C’étaient les deux valeurs suprêmes, la clé de l’émancipation du peuple juif. Arrivé ici, j’ai tout de suite demandé à être aux champs», dit Zvi, devenu expert agricole, au-delà de ses rêves. Il a fait tous les métiers dans les agrumes, le coton, les avocats, les kiwis, et a créé des ruches («un hobby»). A la demande du kibboutz, il appris une variété de professions sur le tas, à l’école et à la fac, pour son plus grand plaisir d’«éternel étudiant», lui qui est sorti du système scolaire avec un certificat d’études. «A chaque nouveau travail, j’ai demandé une formation, dit-il. J’ai été chargé du contrôle qualité à l’usine de plastique, j’ai créé et dirigé la maison pour personnes dépendantes, ouverte en 1998 par le kibboutz, après avoir été responsable des questions de santé et secrétaire général du kibboutz.»

C’est de ce poste-là, au cœur du système, que Zvi Abendanan voit monter les débats annonciateurs de la fin du collectivisme. «En assemblée générale, des membres ont commencé à parler de "changement", c’était le mot politiquement correct pour la privatisation» , dit-il avec agacement. Plusieurs kibboutz s’étaient engagés sur cette voie depuis le début des années 90 après avoir perdu beaucoup d’argent en Bourse. Mais Sde Nehemia était bien géré. Il avait été fondé en 1940 par une quarantaine de Hollandais, Viennois et Tchécoslovaques, austères, qui avaient le sens de la gestion rigoureuse. Jamais une dette. Il n’empêche.

«On a suivi le chemin tracé ailleurs, de façon grégaire. Avec, au début, le leitmotiv des kibboutz endettés : faire des économies, mettre un prix sur chaque chose, pour chaque personne», raconte Zvi. Première cible : la gabegie des repas offerts matin, midi et soir au réfectoire, en self-service. «On a évalué le prix d’un repas.» Puis, celui de l’électricité… Et enfin, le prix du travail. Un audit détermine combien rapporte un ouvrier au champ, à l’usine, un cadre. «Et on a commencé à parler de "salaires différenciés".»

«Trop bolchevique»

Résultat, en 2005, les kibboutzniks votent à la majorité pour l’instauration du salariat. Pratiquement du jour au lendemain, les uns passent cadres, les autres ouvriers. La cantine devient payante, l’électricité aussi, en partie. Est venu le tour de la pièce maîtresse : le logement. Le kibboutz fournissait à chaque famille une maison selon sa taille. «En 2005, des experts ont évalué les maisons, et chacun a fait ses comptes. En fonction du nombre d’années travaillées au kibboutz, celui-ci nous devait une somme. Si la maison coûtait plus, on devait la différence. Sinon, le kibboutz nous devait de l’argent», explique Zvi. Il devient ainsi propriétaire de sa maison de 80 m2 avec jardin. C’est l’heureux point d’orgue d’un effondrement qu’il s’explique avec le regret critique de celui «qui a toujours été minoritaire».

«Le kibboutz est mort non pas tant à cause du libéralisme ambiant ou de la crise économique, estime-t-il. Mais de sa sclérose. C’était une société révolutionnaire. Elle a produit une société normative qui n’a pas su évoluer, qui n’aime ni les femmes divorcées, ni les célibataires, ni les homosexuels, et qui réserve aux femmes les travaux dans la cuisine, l’habillement, la crèche.» «Le système de gouvernance était trop bolchevique, reprend-il. Tout se votait chaque semaine en assemblée générale au suffrage direct. Mais c’était le royaume du lobbying. Quand j’étais secrétaire général, j’ai tenté une réforme : les membres élisaient des représentants et on fonctionnait comme un parlement. Mais ça n’a pas tenu au-delà de mon mandat. Le démantèlement du système était en route.» «Il faut avoir une peau d’éléphant pour vivre au kibboutz, confie-t-il. Pas de sanction mais pas de gratification.»

Ce n’était pas tout à fait ce monde-là que Zvi imaginait, quand, adolescent dans une Algérie secouée par les attentats, il rêvait de partir vivre en Israël. A l’instar de son père, directeur d’une maison de commerce, il était convaincu que l’Algérie ne resterait pas française car «chaque peuple a le droit de vivre dans un Etat indépendant, de prendre en main son destin. Les Arabes d’Algérie, et les juifs. J’étais alors certain que l’Algérie serait le premier Etat arabe socialiste et laïc.» A 15 ans, en 1958, il entre dans un mouvement de jeunesse sioniste, un groupuscule d’une trentaine de jeunes : Israël est alors une réalité virtuelle pour les juifs d’Algérie, citoyens français. Il signe avec ses copains un manifeste antimilitariste… invoquant Sartre à l’appui du refus de servir en Algérie. En 1958, il part faire un stage dans un kibboutz. En 1960, il émigre, le cœur léger.

Locations aux vacanciers

«Les frontières étaient calmes. On croyait que la paix était pour demain, que l’armée et la guerre serait un souvenir.» Il arrive au kibboutz Hanita et, jeune homme de belle carrure, se voit devenir un vrai kibboutznik, dans le sillage des pionniers. L’histoire en décide autrement. Ses parents débarquent à Tel-Aviv en 1962, à l’indépendance de l’Algérie. Il doit les aider. Il trouve du boulot dans la capitale, dans le bâtiment, puis entre, contre toute attente, dans la police. Après la guerre de 1973 («un choc»), il en a «ras-le-bol» de la ville et de ses noirceurs. Il cherche un kibboutz d’accueil et débarque à Sde Nehemia avec sa femme et ses deux filles. «Le paradis, les montagnes, le Jourdain.» Un troisième enfant naît, «l’enfant du bonheur». Mais Sde Nehemia n’est pas un jardin de roses. «Dans la police, on me traitait de kibboutznik. I ci on me regardait comme un policier. Avec méfiance. On a dû attendre deux ans au lieu d’un avant de devenir membre de la communauté.»

Trente-quatre plus tard, c’est le système collectiviste qui est rejeté par la communauté. Sde Nehemia est en voie de devenir un village ordinaire. Des maisons sont louées à des vacanciers, et les mentalités changent. «On l’a vu durant la dernière guerre du Liban, l’été 2006. Pour la première fois, les gens ont quitté le kibboutz en masse. Il est resté les vieux et ceux comme nous, qui ont leurs vieux parents. Avant, c’était un devoir de rester, quitte à passer des jours dans les abris.» Il faut dire qu’en 2006, «ça a tapé jour et nuit durant trois semaines». «Je préfère effacer cette période de ma mémoire», dit-il. Et cultiver son jardin de cactus et ses études d’histoire européenne, dévorer Michel Winock et visiter ses ruches, en attendant l’issue des négociations sur le Golan, et celle du kibboutz. «Il reste à privatiser l’usine, les champs», résume le futur ex-kibboutznik.

Sa fille cadette, Eynat, professeur d’art dans un kibboutz voisin se souvient de la honte d’avoir porté, enfant, des chaussures différentes des autres enfants du kibboutz, catégorie «citadine, donc bourgeoise». Après ses deux ans de service militaire, elle a voyagé en Asie et en Europe, vivant de petits boulots. De retour à Sde Nehemia, elle n’imagine pas vivre ailleurs. «C’est le plus bel endroit au monde», dit-elle. Les propriétaires des cinquante villas du nouveau quartier du kibboutz le pensent sans doute aussi. Venus des villes voisines où ils travaillent, ils façonneront bientôt, à voix égale avec les «anciens», l’avenir de Sde Nehemia : une jolie bourgade de Galilée.

(1) Danse folklorique israélienne

Comme un juif en France

SUR FRANCE 5, LUNDI 1 SEPTEMBRE 2008 DE 20H35 À 21H30 (55')

Une rumeur se répand depuis quelques années aux Etats-Unis comme en Israël : la France serait devenue le pays le plus antisémite d'Europe. A l'aube des années 2000, brusquement, dans la patrie des droits de l'Homme et de l'émancipation des juifs, des menaces, des agressions et des incendies de synagogues composent les pages d'un nouveau bréviaire de la haine. De l'arrivée des juifs du Yiddishland à l'exode des juifs d'Afrique du Nord, de la Grande Guerre à Vichy, des hommes et des femmes, juifs français ou Français juifs, racontent avec humour et émotion, sur un commentaire lu par Mathieu Amalric, ces années de bonheur et de tourments. Ce premier volet débute avec l'affaire Dreyfus.

 

Rencontre avec les derniers juifs du Yémen

Article paru dans "L'orient-le jour",le 01/09/08

Menacés par un groupe de rebelles, une soixantaine de juifs yéménites ont dû fuir Salem, un village situé le nord du pays. Depuis un an et demi, ils sont réfugiés à Sanaa. Malgré les menaces, ils refusent de quitter leur pays, le Yémen.

Il fait déjà nuit quand l’on vient frapper violemment à sa porte. Yahyah Youssef Moussa ouvre et tombe nez à nez avec des hommes masqués. Ils ont un message, on ne peut plus clair : « Si vous ne partez pas sur-le-champ, nous allons vous kidnapper ». Immédiatement, le jeune rabbin yéménite fait passer le mot à la soixantaine de juifs d’al-Haid, un quartier de la ville de Salem, dans le district de Saada. À 23 heures, ils sont tous prêts à partir. Les cheikhs des tribus locales leur ont prêté six voitures. Le convoi s’ébranle vers Saada, la capitale du district, située à 240 kilomètres au nord de Sanaa. C’était il y a un an et demi. Les juifs de Salem ne sont jamais rentrés chez eux.
Le soir où les hommes masqués lui ont ordonné de partir, Yahyah Youssef Moussa, 27 ans, n’a pas été surpris par la teneur des propos, seulement par le timing. « Nous pensions avoir encore une semaine pour plier bagage », explique-t-il. Trois jours plus tôt, le rabbin avait en effet été approché par des hommes également masqués qui lui avaient remis une lettre. « Après une surveillance précise des juifs résidant à al-Haid, il est clair pour nous qu’ils agissent avant tout pour servir le sionisme mondial qui cherche à corrompre le peuple et à l’éloigner de ses principes, de ses valeurs, de sa morale, de sa religion et qui vise à disséminer toutes sortes de vices dans la société », y avait-il lu. La lettre était assortie d’un ultimatum : les juifs d’al-Haid avaient dix jours pour disparaître. « Personne sur cette terre ne pourra vous aider. Si nous vous trouvons ici passé le délai, vous le regretterez. » Le message est signé « Yahyah Sa’ad al-Khoudhair, commandant des partisans des Houthis à Salem ». Les Houthis, une tribu zaïdie implantée dans le district de Saada, sont engagés dans une confrontation avec l’armée yéménite depuis 2004. Ils reprochent notamment au président yéménite son alliance avec les États-Unis, l’allié d’Israël.
« À Saada, j’ai informé les autorités locales des menaces qui nous avaient été adressées. Un responsable nous a installés dans un hôtel. Nous y sommes restés un mois », raconte le rabbin Yahya, qui porte la tenue traditionnelle yéménite, dechdéché blanche et veste noire. Seules les longues papillotes noires et la kipa brodée le différencient de ses compatriotes. « Des gardes étaient postés autour de l’hôtel. Si l’un de nous voulait sortir, il était escorté par des agents de sécurité. De toutes les manières, nous avions tellement peur que nous ne sortions quasiment jamais. »
Au bout de deux mois passés à Saada, les juifs de Salem sont transférés à Sanaa. « Le président Saleh a envoyé deux hélicoptères pour nous rapatrier dans la capitale », raconte Yahyah. « Nous remercions le président Ali Abdallah Saleh de nous avoir emmenés ici », déclare-t-il sur un ton subitement solennel.
Depuis 18 mois, les 65 juifs de Salem sont installés à Tourist City, un complexe résidentiel de Sanaa qui accueille également des touristes de la région. Ils sont répartis dans six appartements mis à leur disposition par le gouvernement. Dans ce complexe, dont les entrées sont gardées par des hommes en armes, la petite communauté se sent en sécurité. « Nous ne voulons pas rentrer à Saada, nous avons peur. Là-bas, les sourires avaient disparu des visages de nos enfants », explique le rabbin, lui-même père de cinq enfants. La signature d’une trêve entre les Houthis et le pouvoir ne suffit pas à les rassurer. « Même si le président dit que la guerre est finie, nous ne voulons pas retourner là-bas. Ce n’est qu’à Sanaa que nous nous sentons en sécurité », affirme Yahyah. Le rabbin ne veut même pas aller à Rayda, un village situé au nord de Sanaa où résident encore quelque 500 juifs. « Les chefs tribaux de Rayda sont pires que ceux de Saada. Ils cherchent les problèmes. La seule différence, c’est qu’à Rayda, ils n’osent pas s’attaquer aux juifs parce que le gouvernement est présent », explique Yahyah. Son épouse entre dans le salon, salue les hommes, et embrasse deux fois la main des femmes, en prononçant « Salam » (paix).

Les vieux musulmans
nous protégeaient
Quand les juifs ont dû fuir Saada, cela faisait déjà plusieurs années que la tension montait. « Nos problèmes avec les Houthis ont commencé avec le début des combats entre les rebelles et l’armée en 2004 », explique Yahyah, dont la maison et la voiture ont été vandalisées. « Finalement, on a même scolarisé nos enfants à la maison, après que certains eurent été tabassés. Avant, nous n’avions aucun problème de coexistence avec les musulmans. Je ne sais pas pourquoi ça a changé », ajoute-t-il. « En fait, les vieux musulmans du village nous connaissaient très bien, ils connaissaient nos traditions. Ils nous protégeaient même, et certains en sont morts », renchérit Souleiman, 58 ans, l’oncle du rabbin. « Mais les jeunes, aujourd’hui, ne savent rien », ajoute cet homme à la longue barbe grise, et dont le crâne est ceint d’un turban. Les jeunes ne savent rien car la communauté juive du Yémen se réduit comme peau de chagrin.
Il n’en a pas toujours été ainsi. « À l’origine, les juifs étaient présents dans toutes les provinces du Yémen », affirme le rabbin Yahyah. S’il est difficile d’établir avec précision à quand remonte sa présence dans le pays, la communauté juive du Yémen fait partie des plus anciennes au monde. À partir de la fin du XIXe siècle, les juifs yéménites commencent toutefois à quitter la péninsule Arabique. Un premier mouvement d’émigration vers la Palestine a lieu entre 1880 et 1914. Il reprend en 1920, avec un pic au moment de la création de l’État d’Israël. En 1949, quelque 50 000 juifs partent vers l’État hébreu dans le cadre de l’opération « Tapis volant » mise en place par les autorités israéliennes. « Entre 1999 et 2000, il y a eu une nouvelle vague de départs vers la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques familles », affirme
Yahyah.
L’un des quartiers victimes de cette émigration est Gaa al-Jawoud, « la plaine des juifs », à Sanaa. Avant 1948, de nombreux juifs y résidaient. Aujourd’hui, les habitants du quartier sont tous musulmans. Nichée au fond d’une ruelle étroite, la maison qui était celle du rabbin a été divisée en plusieurs appartements. Dans ce qui devait être la cave, une famille extrêmement pauvre vit dans deux pièces humides, sales et sans lumière, en compagnie de quelques pigeons.
À Gaa al-Jawoud, la pierre porte encore la marque du « temps des juifs ». Quelques étoiles de David sont toujours visibles sur les murs. Dans un coin, sont entassés des blocs de pierre, gris et plats, dont une face porte, gravé, un texte en hébreu. À Gaa al-Jawoud, seuls les vieux se souviennent vraiment de cette époque. « Les juifs ne volaient pas, ils ne mentaient pas. Et si l’un d’eux commettait un crime, il préférait s’excuser en baisant les pieds de sa victime plutôt que d’être envoyé chez son rabbin », raconte Mohammad Malek, l’ancêtre du quartier dont on dit qu’il a plus de 100 ans. « Le rabbin ordonnait au criminel de rester devant sa porte, et tout le monde lui crachait dessus », affirme le vieil homme, à moitié aveugle et sourd. « Juifs et musulmans vivaient très bien ensemble. Il n’y avait pas de problème, ajoute l’ancêtre. Quand ils sont partis, nous étions très tristes. Nous leur disions de rester, mais ils répétaient sans cesse : on va vers la guerre, on va vers la guerre ! » ajoute le vieil homme, le regard perdu dans le vide et le doigt levé.
Le départ des juifs a aussi posé un autre problème en ce qu’ils étaient les seuls à savoir fabriquer les outils nécessaires aux travailleurs et fermiers. Les juifs yéménites sont en effet connus pour leur talent dans le secteur de l’artisanat. Ferronnerie, charpenterie, travail de l’or et de l’argent... autant de domaines dans lesquels ils excellent. Dans le souk de Sanaa, les vendeurs de bijoux n’en finissent pas de vanter le travail des juifs.
Les juifs réfugiés de Salem travaillent aussi dans ces domaines. Ou du moins travaillaient. « Quand nous avons quitté Saada, nous y avons laissé tous nos outils de travail. Ici, nous n’avons pas d’endroit pour travailler et pas d’argent pour ouvrir des ateliers », explique le rabbin.
Pour survivre, les juifs de Tourist City ne peuvent compter que sur l’allocation que le gouvernement leur verse, 25 dollars par personne et par mois, et sur des petits boulots, quand ils en trouvent. Abdallah, l’un des fils de Souleiman, travaille dans l’épicerie du complexe résidentiel. À Saada, il était ferronnier et mécanicien. « Ici, je m’occupe des livraisons. Avec les pourboires, ça paie correctement », affirme le jeune homme de 24 ans. Correctement, mais pas suffisamment pour que Abdallah puisse se marier. Le caissier de l’épicerie est musulman. « Nous sommes amis, pas de problème », affirme le jeune homme en enfourchant la selle, couverte d’une peau de mouton, de la moto de son ami. La moto démarre, les papillotes de Abdallah s’agitent dans le vent.

Vivre et mourir au Yémen
Souleiman, son père, s’occupe des jardins de la résidence. Il déambule, un râteau sur l’épaule, son jeune fils Natali lui tenant la main. « Ici, je m’ennuie, al-Haid me manque. Le climat était meilleur là-bas. Nous avions les meilleurs oranges de tout le Yémen », affirme-t-il en souriant tristement. Sa mère, Kathya Saeed, ne regrette pas tant les oranges que sa vache. « Là-bas, j’avais 20 chèvres et une vache. Ils nous ont tout pris. Ils voulaient nous tuer », s’exclame cette femme de 85 ans. Autour du cou, elle porte un collier auquel sont attachées les clés de sa maison à Salem. Comme si l’ironie de l’histoire, le parallèle avec les réfugiés palestiniens, n’était pas assez évident encore, Souleiman ajoute, avec une naïveté totalement désarmante : « Nous avons tout laissé là-bas. Quand on est parti, on ne savait pas qu’on n’allait plus revenir. »
L’un des frères de Souleiman est installé en Israël depuis une dizaine d’années. Il est parti avec son épouse dont le père était déjà installé dans l’État hébreu. Étant donné les conditions de vie précaires à Sanaa, Souleiman n’est-il pas tenté de rejoindre son frère ? « Beaucoup de juifs yéménites sont partis. On leur avait dit qu’ailleurs, c’était mieux qu’au Yémen. Aujourd’hui, ils regrettent leur décision », affirme-t-il. « Nous n’avons pas envie de partir. Nos racines sont yéménites et elles sont profondes. Notre communauté est sur cette terre depuis des siècles. Nous aimons ce pays, c’est le nôtre. Nous sommes nés au Yémen, nous mourrons au Yémen », assure Souleiman.
S’ils sont décidés à rester au Yémen, les juifs de Tourist City, qui affirment ne pas recevoir d’aide de l’extérieur, veulent que leur vie se normalise et que le gouvernement s’engage à améliorer leur situation. « Nous sommes une dizaine par appartement », souligne Yahyah. Les appartements comprennent généralement une ou deux chambres, un salon, une cuisine et deux salles de bains. « Depuis que nous sommes ici, il y a eux deux mariages et des naissances. Nous avons besoin de plus d’espace », ajoute le rabbin. Ce dernier veut aussi que le gouvernement leur donne des compensations pour la perte de leurs maisons, outils et voitures ainsi que pour la destruction de sa bibliothèque qui comprenait des ouvrages religieux, scientifiques et historiques, dont il affirme qu’ils étaient d’une grande rareté. Il y a quelques jours, Yahyah a déposé une demande pour un montant de 100 millions de dollars au bureau gouvernemental chargé de compenser les victimes de la guerre de Saada.
Le rabbin jette un coup d’œil par la fenêtre du salon. Le ciel commence à s’assombrir. Il se lève et, avec les enfants, commence à ramasser les branches de qat, cette plante légèrement hallucinogène dont les Yéménites sont friands, éparpillées sur le tapis et sur les coussins du diwan. Le qat vient de Saada. Il est meilleur que celui de Sanaa, plus doux, selon le rabbin. « Durant le shabbat, nous ne pouvons pas mâcher de qat coupé le jour même. Alors on l’achète le vendredi, et on le garde pour le samedi », précise Souleiman. Peu à peu, le salon du rabbin, qui fait office de synagogue, se remplit. Des enfants, des hommes plus ou moins jeunes arrivent. Ils sont une douzaine, un nombre suffisant pour organiser la prière du vendredi soir. Le rabbin va cracher la boule de qat qui macère, depuis des heures, dans sa bouche. « Un rabbin ne peut pas diriger la prière avec du qat dans la bouche. Mais les autres peuvent prier en mâchant du qat », précise-t-il. De fait, parmi les nouveaux arrivants, certains arborent la grosse bosse, au niveau de la joue, des mâcheurs de qat. Deux voisins jordaniens, venus pour la séance de qat, se retirent discrètement pendant que le rabbin, la tête couverte du châle blanc de prière, va allumer les bougies, dans une autre pièce. Les femmes, vêtues de longues robes, un foulard coloré noué sur la tête, s’assoient dans le couloir. On éteint la télévision. Un silence remplit la pièce baignée d’une lumière dorée. Puis, une clameur monte. Tous ensemble, les derniers juifs de Sanaa entament la prière du shabbat.

Le portrait de Rose, 4 ans et demi, enfant martyre, par sa grand-mère

gdmererose.jpgFECAMP ,le 01/09/08— Rose, petite fille portée disparue en Israël, a vécu quatre ans et demi de vie "terrible", selon sa grand-mère maternelle, "tellement martyrisée", mais malgré cela "elle était la lumière", témoigne à l'AFP Isabelle Deshayes.

"Elle n'a eu que 4 ans et demi de vie et ça a été tellement terrible sa vie. Elle a vécu tellement de drames...", se souvient Mme Deshayes, convaincue de la mort de sa petite fille, que son grand-père paternel a avoué avoir battue à mort avant de se rétracter.

Après la disparition il y a trois mois de la petite fille, les soupçons se sont portés sur Ronny Ron, 45 ans. Ce dernier, qui est également le concubin de sa mère, est en garde à vue depuis trois semaines en Israël, comme la maman de Rose.

Selon la police israélienne, il a déclaré avoir jeté le corps de la fillette dans une rivière longeant Tel-Aviv. Le suspect s'est ensuite rétracté et les recherches pour retrouver l'enfant n'ont pas abouti.

Rose, "c'est une petite fille de l'amour, avec un papa et une maman qui s'aimaient vraiment tendrement", affirme la "grand-mère poupette" de la fillette, rencontrée en Seine-Maritime où elle réside.

"Ses parents se sont rencontrés très, très jeunes, ils avaient 15 ans. Lui venait en week-end en Normandie comme tant de Parisiens. C'était deux jeunes adolescents très amoureux l'un de l'autre et ils voulaient absolument un enfant", raconte la grand-mère en montrant les photos d'une enfant rieuse.

Fin 2004, ils s'installent en Israël. Le couple se sépare lorsque le père de l'enfant découvre que son propre père, qui vit aussi en Israël, entretient une liaison adultérine avec sa propre femme.

Mme Deshayes a alors tenté de convaincre sa fille de rentrer en France: "Marie-Charlotte m'a dit: +je ne suis pas Française, je suis Israélienne. Donc je reste en Israël maintenant, il (son mari) peut rentrer en France avec Rose+".

La séparation marque alors le début d'une vie "pleine de drames" pour la petite Rose, des souffrances psychologiques, une scolarisation perturbée, et des épisodes de violences physiques non élucidés qui aboutiront à une mesure de placement.

Après son retour en France, début 2005, des "suspicions de maltraitance" donnent lieu en 2007 à une mesure d'assistance éducative et le placement de Rose dans un établissement d'accueil, selon le parquet de Versailles.

Son père, qui avait refait sa vie avec une nouvelle compagne, avait été alors entendu par la police mais il n'y avait pas eu de suites pénales. En novembre 2007, Marie-Charlotte Renaud, la mère, obtient la garde de Rose, qu'elle fait revenir en Israël.

"J'ai eu l'orphelinat qui a recueilli Rose avant qu'elle n'aille chez sa maman (...), Rose était la lumière là-bas, parce qu'elle était toujours avec sa salopette, ou sa petite robe avec des poches où elle mettait des bonbons qu'elle partageait avec les autres enfants", évoque la grand-mère pour qui Rose "apportait de la joie partout".