Fin du procès préliminaire de l'auteur de la tuerie de Fort Hood

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Article paru dans "Le Monde"

Fort Hood (Texas), envoyé spécial - L'audience n'aura duré que trois minutes, peut-être même un peu moins. A peine le temps pour le major Nidal Hasan de prononcer deux mots, "oui" et "non", d'écouter un de ses avocats présenter brièvement sa stratégie de défense et de ressortir, ce lundi 15 novembre, de la petite salle du tribunal militaire de Fort Hood (Texas), poussé par un garde.

Assis dans un fauteuil roulant, vêtu d'un traditionnel treillis militaire et d'un bonnet vert sur la tête, l'auteur de la fusillade qui a eu lieu ici même, le 5 novembre 2009, n'aura porté aucun regard autour de lui, comme indifférent aux bruits et rumeur alentour.

"Oui", il dit comprendre, d'une voix douce et claire, qu'il a le droit de faire une déposition. Mais "non", il n'en fera pas, même si celle-ci n'est pas sous serment.

A ses côtés, un des trois avocats se lève et informe la cour que la défense ne présentera aucune pièce à conviction ni témoins.

RAPPORT DÉTAILLANT L'ACTE D'ACCUSATION

Il est 9 heures et 6 minutes. Le juge, le colonel James Pohl, lève la séance. La neuvième et dernière journée du procès préliminaire du psychiatre militaire Nidal Hasan vient de s'achever. Au cours des audiences du mois d'octobre, une douzaine de témoins avaient formellement identifié le prévenu comme étant l'auteur de la tuerie.

A charge pour le magistrat de rédiger désormais un rapport détaillant l'acte d'accusation et les recommandations sur les suites à donner à la procédure. En clair, si Nidal Hasan doit passer devant la Cour martiale ou un tribunal fédéral.

A 40 ans, ce fils d'immigrants palestiniens, aujourd'hui paralysé, est accusé d'avoir tué avec préméditation 13 personnes et d'en avoir blessé 32 autres lors de son attaque sur cette base militaire texane. Un acte qui a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Et n'en finit pas de susciter de nombreuses questions sur les motivations réelles du major, le suivi des psychiatres militaires, les failles des services de renseignement et d'une hiérarchie militaire qui n'a rien vu venir.

Comment expliquer qu'une officine du FBI ait mis la main, plusieurs mois avant le carnage, sur un échange de mails entre le major Hasan et l'iman radical Anwar Al-Awlaki, aujourd'hui activement recherché par les responsables du contre-terrorisme, sans provoquer la moindre réaction du Pentagone ? Que les responsables de l'hôpital militaire Walter Reed aient validé sans sourciller la formation du psychiatre alors que certains de ses pairs avaient pointé chez lui de possibles troubles psychiques et une fixation sur la religion musulmane ?

"CELA FINIRA EN COUR MARTIALE"

C'est sur ces éléments que les avocats de Nidal Hasan semblent préparer leur ligne de défense. Montrer comment l'armée aurait pu empêcher l'attaque ou déceler l'instabilité du major. Après la brève audience de lundi, son défenseur principal, le colonel en retraite John Galligan, a justifié devant la presse que son équipe avait décidé de ne pas verser d'éléments nouveaux au dossier parce que "le gouvernement avait refusé de [leur] fournir les résultats des investigations en cours".

Evoquant plusieurs enquêtes parallèles, John Galligan a émit l'idée qu'elles pourraient révéler l'état d'esprit et mental dans lequel se trouvait le major Hasan au moment de l'attaque. "Pour l'heure, dit-il, mes demandes pour avoir accès aux dossiers classifiés ont été rejetées." L'avocat rappelle également qu'il est en cours de négociation avec l'accusation pour mettre en place une expertise psychiatrique du prévenu.

"Cela finira en cour martiale, avance un proche du dossier sous couvert d'anonymat. Un tribunal fédéral signifierait que les agents du renseignement seraient sur la piste d'une implication d'Al-Qaida, ce qui parait peu probable."

Le rapport du juge militaire est attendu pour le début de l'année prochaine. Ensuite, plusieurs mois seront encore nécessaires pour préparer le procès. Une période durant laquelle les procureurs décideront s'ils réclament la peine de mort contre Hasan Nidal. Une décision lourde de sens. L'armée américaine n'a que très rarement requis ces dernières décennies la peine capitale. Et aucune exécution n'a été effectuée depuis 1961.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi