Enfants israéliens : trois ans après le 7 octobre, une génération qui ne croit plus les adultes

Actualités, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Enfants israéliens : trois ans après le 7 octobre, une génération qui ne croit plus les adultes

 

Enfants israéliens : trois ans après le 7 octobre, une génération qui ne croit plus les adultes

Par Claudine Douillet I Le 6 octobre 2026

Les diagnostics d'anxiété chez les adolescents israéliens ont augmenté d'un tiers en un an et 275 000 enfants ont grandi avec un parent mobilisé dans la réserve. Trois ans après le massacre du 7 octobre 2023, les chercheurs décrivent un traumatisme d'un genre nouveau : l'effondrement de la confiance des jeunes envers ceux qui devaient les protéger.

La guerre s'est éloignée des écrans, pas des esprits. En Israël, les enfants et les adolescents portent encore les séquelles psychologiques d'un conflit déclenché le 7 octobre 2023. Selon une enquête publiée ce 6 octobre par le quotidien Ynet, les spécialistes de la santé mentale observent chez les jeunes une montée de l'anxiété, de la violence, de l'isolement et surtout une défiance profonde envers les adultes et les institutions.

Un enfant ne devrait jamais se demander si sa maison est sûre, si ses parents peuvent le protéger ou si l'État assurera sa sécurité. Le 7 octobre a imposé ces questions à des centaines de milliers de jeunes Israéliens. Les réponses qu'ils se sont forgées pèsent aujourd'hui sur leur rapport au monde.

Un traumatisme fondé sur la trahison

Le professeur Asher Ben-Arieh, spécialiste du bien-être et des droits de l'enfant, préside Ofek, le Centre national pour l'innovation en résilience, traumatisme et santé mentale des enfants et des familles de l'Université hébraïque de Jérusalem. Pour lui, le 7 octobre a engendré une forme de traumatisme dont les chercheurs ne saisissent pas encore toutes les caractéristiques.

La plus saillante porte un nom : la trahison. « Les enfants ont été atteints précisément là où ils auraient dû être le plus en sécurité, et leurs parents, sans aucune faute de leur part, n'ont pas pu les protéger », explique-t-il.

Le chercheur établit un parallèle saisissant avec les traumatismes prolongés, qu'ils soient physiques, sexuels ou émotionnels, où l'enfant subit des violences de la part de ceux censés le protéger, ou voit ses protecteurs faillir. Les conséquences observées chez les adolescents israéliens présentent selon lui des similitudes nettes : violence, décrochage scolaire, dépression et anxiété.

Asher Ben-Arieh refuse pourtant toute conclusion hâtive. La dimension de trahison n'est qu'un fil à tirer pour construire des pistes de soin et de reconstruction. Comprendre pleinement ce que le pays a traversé, et la manière de le traiter, prendra encore de nombreuses années.

Vandalisme, violence et racket chez les adolescents

Créé au lendemain du massacre, le centre Ofek cherche à transformer ces observations en modèles de réhabilitation, notamment au moyen de programmes déployés dans les établissements scolaires. Sa directrice, Noa Petrushka-Afek, doctorante en travail social à l'Université hébraïque, insiste sur la spécificité de cette crise par rapport aux précédentes.

La rupture de confiance touche tous les étages de la vie des jeunes : l'État, la famille, l'école et toute figure d'autorité. Les manifestations sont concrètes et inquiétantes. « Nous constatons du vandalisme et de la violence à une échelle inhabituelle chez les adolescents, et même du racket », décrit-elle. Ces comportements traduisent, selon elle, une résistance au système. Ces jeunes refusent l'aide proposée, ne font pas confiance aux adultes et ne leur parlent pas de ce qu'ils ont vécu.

Face à ce mur, la directrice d'Ofek plaide pour une méthode inversée : écouter d'abord les premiers concernés, confronter sans cesse les approches au terrain et accepter de changer de cap quand les outils existants échouent.

Des chiffres qui mesurent l'ampleur du choc

Les données compilées par Ofek donnent la mesure du drame. Depuis le début de la guerre, 69 enfants ont été tués en Israël et plus de 1 500 ont été hospitalisés pour des blessures liées au conflit.

Au cours de la deuxième année de guerre, le nombre d'adolescents diagnostiqués pour des troubles anxieux a progressé d'environ un tiers par rapport à l'année précédente. Les diagnostics de troubles alimentaires ont, eux, augmenté d'environ un quart.

Autre chiffre qui en dit long sur la vie des familles israéliennes : près de 275 000 enfants ont grandi pendant cette période avec un père ou une mère mobilisé de longs mois dans la réserve de Tsahal. Des absences prolongées, souvent répétées, qui ont fragilisé les repères du quotidien.

Quand les parents ne peuvent plus rassurer

La psychologue scolaire Yona Burstein, présidente de l'Association israélienne de psychologie, confirme l'émergence de traumatismes inédits, enracinés dans la perte de confiance et l'effondrement du sentiment élémentaire de sécurité.

Lors des crises passées, rappelle-t-elle, les professionnels conseillaient aux parents de créer autour de l'enfant une bulle de protection et de calme. Un enfant qui reçoit un message apaisant encaisse bien mieux ce qui se passe à l'extérieur. Le 7 octobre a précisément fait voler ce principe en éclats : comment rassurer quand les adultes eux-mêmes n'ont rien pu empêcher ?

La parole des jeunes : « Ce n'est pas vraiment la routine »

Les adolescents décrivent leur réalité avec une lucidité désarmante. Rotem Getreide, élève de terminale et président d'un conseil d'élèves, évoque une jeunesse déstabilisée, habitée par le sentiment qu'un événement peut survenir à tout instant. Pour lui, le vandalisme et la violence naissent de la détresse et de l'impuissance, et nombre de ses camarades peinent désormais à faire confiance aux autres.

À Ofakim, ville du sud durement frappée le 7 octobre, Lian Hajaj, 16 ans, préside le conseil des élèves et de la jeunesse. Elle raconte une adolescence confrontée à des épreuves sans rapport avec son âge, des amis rongés par la peur et l'angoisse. Le « retour à la routine » que leur promettent les adultes ne ressemble pas, dit-elle, à une véritable routine.

Au nord du pays, le constat est identique. Talia Ben Baruch, 17 ans, de Beit Shean, préside le conseil des élèves du district Nord. « La guerre est peut-être finie, mais nous, les jeunes du nord, vivons encore avec ce qu'elle a laissé : l'anxiété, les nuits sans sommeil, la déconnexion et une solitude prolongée », témoigne-t-elle. Elle a vu des amis des localités situées sur la ligne de front perdre leur maison et passer d'une structure provisoire à une autre.

Le ministère de l'Éducation défend son action

Interrogé par Ynet, le ministère israélien de l'Éducation indique ne pas disposer des conclusions du centre Ofek. Il souligne que ses services de psychologie et d'orientation accompagnent sans interruption élèves et personnels éducatifs depuis le 7 octobre.

Le ministère met en avant un soutien ciblé pour les élèves et les familles directement touchés par la guerre, l'augmentation des heures de conseil et l'extension des services de psychologie scolaire. De nouveaux outils de détection de la détresse ont été développés, accompagnés de formations dédiées pour les professionnels. Le système éducatif affirme adapter en continu son accompagnement pour renforcer la résilience, le sentiment d'appartenance et la continuité.

Une blessure qui se mesurera sur des années

Trois ans après le pire massacre de Juifs depuis la Shoah, Israël découvre que la guerre a aussi frappé là où on l'attendait le moins : dans le lien invisible qui unit un enfant aux adultes qui l'entourent. Les chercheurs le reconnaissent, il faudra du temps pour mesurer l'étendue des dégâts. Une certitude demeure : reconstruire cette confiance sera l'un des chantiers les plus longs de l'après-guerre.

Source : Ynet, Tamar Trabelsi-Hadad, 6 octobre 2026.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi