Actualité Internationale,Afghanistan: les deux otages français ont été libérés

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otagesf.jpgPARIS— Ils ont passé 547 jours en captivité... Les deux journalistes français Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ont retrouvé mercredi la liberté, juste un an et demi après leur enlèvement, fin décembre 2009, en Afghanistan.

Leur interprète Reza Din a également été libéré, a précisé le président de la République Nicolas Sarkozy dans un communiqué. Le chef de l'Etat "s'associe à la joie des familles" et "remercie" le président afghan Hamid Karzaï "pour la gestion de cette crise ainsi que tous ceux qui ont participé à la libération des otages".

"Nos deux otages sont en bonne santé et ils seront dans quelques heures sur le sol français", a déclaré le Premier ministre François Fillon lors des Questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. "Je veux vous confirmer que depuis quelques heures, nos deux otages français en Afghanistan sont entre les mains des forces françaises sur la base de Tagab", a-t-il annoncé aux députés.

Evoquant "la souffrance et l'épreuve qui a été la leur", il a souligné que "l'ensemble des services de la République ont concouru à leur libération". "Je veux dire la gratitude pour ces hommes et ces femmes qui souvent, dans l'ombre, ont travaillé à leur libération en prenant beaucoup de risques."

"Naturellement cette libération nous fait penser à tous les otages" français", a ajouté le chef du gouvernement. "J'en profite pour lancer un appel à ceux qui les détiennent: nous venons d'assister dans le monde arabe à des révolution qui ont laissé beaucoup d'espoir (...)", les ravisseurs "doivent libérer ces hommes et ces femmes et s'intégrer dans le débat démocratique".

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré dans la soirée sur France-2 qu'il serait "discret" sur les conditions de la libération des deux journalistes, notamment parce qu'il reste "neuf autres otages" français dans le monde, "quatre au Mali, trois au Yémen, un en Somalie et un au Proche-Orient"

"Je ne voudrais rien dire qui soit de nature à compliquer les tractations que nous menons aujourd'hui pour essayer de les libérer", a-t-il souligné. Interrogé sur une éventuelle rançon qu'auraient versée les autorités françaises pour obtenir la libération des deux journalistes, il a répondu: "Non, la France ne verse pas de rançon".

La nouvelle de la libération des deux journalistes français a été annoncée dans l'après-midi par France 3, au moyen d'un bandeau pendant les questions d'actualité au gouvernement à l'Assemblée nationale, ainsi que par France Télévisions sur Internet.

Dans un communiqué, "Rémy Pflimlin, Président de France Télévisions, la direction de France Télévisions et l'ensemble des collaborateurs se réjouissent de cette libération et attendent leur retour avec impatience". Les deux journalistes "sont enfin libres depuis ce jour", précise le communiqué.

Les deux otages étaient attendus jeudi en France, d'après le secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF) Jean-François Julliard. "La famille nous a dit qu'ils arriveront demain matin (jeudi) en France", a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Les deux Français devaient prendre l'avion dans la soirée et arriver jeudi matin sur la base de Villacoublay à 8h, a affirmé pour sa part un journaliste de France Télévisions, Pierre Babey, en direct de Kaboul.

La nouvelle de la libération des deux journalistes est tombée alors que de nombreux membres de leur comité de soutien étaient rassemblés à Beaubourg à Paris pour les un an et demi de leur détention. "On était tous en train de pleurer en disant: 'Quand est-ce qu'ils vont rentrer? C'est trop long. Y'a aucun signe' etc. Et sans transition littéralement, on est passé des larmes aux rires", a raconté la marraine du comité, la journaliste Florence Aubenas, ancienne otage en Irak, sur France-3. "Le téléphone a sonné et on a dit: 'Ils sont libres'. On n'y croyait pas. Il y a des moments magiques comme ça. On est tous tombés dans les bras les uns des autres".

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, âgés tous deux de 48 ans, avaient été enlevés avec leurs accompagnateurs afghans le 30 décembre 2009, selon les autorités françaises, alors qu'ils réalisaient un reportage sur la reconstruction d'une route à l'est de Kaboul pour le magazine "Pièces à conviction" de France 3.

A plusieurs reprises, les autorités françaises avaient avancé que les otages pourraient être prochainement relâchés, faisant naître des espoirs chaque fois déçus. En septembre dernier, le chef d'état-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud, avait affirmé que les deux journalistes pourraient être libres à Noël.

Puis, le 21 décembre, la ministre des Affaires étrangères de l'époque, Michèle Alliot-Marie, avait dit espérer leur libération "dans de très brefs délais". Mais les familles des journalistes ont passé Noël sans eux.

Pour marquer le premier anniversaire de leur enlèvement, leurs proches et leurs confrères s'étaient mobilisés pour manifester leur soutien aux deux journalistes français et pour exiger leur libération rapide. En vain.

Le 1er janvier, un porte-parole des talibans avait accusé Paris de n'avoir "rien fait" pour qu'ils soient libérés. Le gouvernement français n'a pas encore répondu aux exigences des ravisseurs des deux reporters de France-3 "et c'est pourquoi ils sont avec nous en ce moment même", avait déclaré Zabiullah Mujahid, porte-parole des talibans. Selon lui, "il est clair que le gouvernement français n'a encore rien fait pour que ses deux ressortissants soient relâchés".

Plus tôt, en avril 2010, après avoir diffusé sur internet une vidéo des journalistes, les talibans avaient envoyé un courriel à des organes de presse où ils disaient avoir soumis aux autorités françaises une liste de détenus "ordinaires" qu'ils souhaitaient voir libérer en échange de leurs otages.

Quelques mois plus tard, les autorités françaises avaient reçu une nouvelle vidéo des reporters, réalisée "probablement vers la mi-novembre", selon le quai d'Orsay. MM. Ghesquière et Taponier y apparaissaient "amaigris", selon leurs proches qui ont pu visionner la bande.

Leur captivité avait aussi suscité une polémique. A peine vingt jours après leur enlèvement, le secrétaire général de l'Elysée de l'époque, Claude Guéant, avait déclaré que Nicolas Sarkozy avait évoqué à leur propos une "imprudence (...) vraiment coupable". "Il leur avait été très clairement demandé de ne pas s'aventurer ainsi", avait-il déclaré sur Europe-1. M. Guéant leur reprochait de ne pas être restés "embedded" (incorporés), sous la protection de l'armée française.

A l'occasion de leur 500e jour de captivité, le 13 mai dernier, le chef de la diplomatie française Alain Juppé avait assuré que "tous les moyens de l'Etat" étaient mobilisés et que les efforts se poursuivaient, "en liaison avec les autorités afghanes, pour parvenir à la libération" des deux otages. Un mois et demi plus tard, les deux otages ont enfin retrouvé la liberté.

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