Antisémitisme Nouvelle-Zélande : appels à écraser des juifs et à la solution finale

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Nouvelle-Zélande : les Juifs pris pour cible, chrétiens et juifs exigent une riposte d'urgence du gouvernement

Par Claudine Douillet

La Nouvelle-Zélande affronte une vague d'antisémitisme sans précédent. Appels à écraser en voiture un responsable communautaire, données personnelles jetées en pâture sur les réseaux, éloge de la Shoah et du 7 octobre : une large coalition chrétienne et juive réclame au gouvernement une action immédiate, à quatre jours des élections législatives du 7 novembre.

Une coalition inédite face à la haine

Une large alliance d'organisations chrétiennes et juives, représentant des dizaines de milliers de Néo-Zélandais, a lancé un appel public urgent à une action concertée contre la montée de l'antisémitisme dans le pays, rapporte la chaîne israélienne N12 (Mako). Cet appel intervient après des mois d'escalade : menaces, harcèlement et violences en ligne visant la petite communauté juive locale.

Les signataires ne ménagent ni les médias néo-zélandais ni une partie de la classe politique, accusés d'entretenir un climat toxique nourri de fausses informations et de désinformation. Selon eux, cette hostilité croissante abîme l'image d'une Nouvelle-Zélande accueillante et tolérante. La communauté juive ne compte qu'environ 7 500 personnes, soit moins de 0,2 % de la population, et beaucoup de ses membres, comme les touristes israéliens de passage, disent ne plus se sentir en sécurité.

La Dr Sheree Trotter, historienne, écrivaine et codirectrice de l'Indigenous Embassy Jerusalem, a expliqué que les organisations avaient voulu exprimer ensemble leur inquiétude pour la sécurité des Juifs, des Israéliens résidents ou touristes, et des soutiens d'Israël. Pour elle, l'ampleur de cette alliance démontre un soutien solide à la communauté juive dans tout le pays, malgré des voix anti-israéliennes très présentes dans les médias, la politique et le militantisme.

Des menaces de mort et un appel à une nouvelle « solution finale »

L'initiative interreligieuse fait suite aux révélations du Conseil juif de Nouvelle-Zélande (New Zealand Jewish Council), qui décrit un glissement organisé du débat politique vers le harcèlement violent et ciblé. Son porte-parole, Ben Kepes, rapporte que des responsables communautaires et des personnalités juives subissent des attaques personnelles, la divulgation de leurs données privées (doxing) et des menaces explicites de violence.

Parmi les incidents recensés, des publications sur les réseaux sociaux appelaient à renverser un dirigeant communautaire juif avec une voiture. Dans un groupe local en ligne, un internaute a réclamé l'élimination totale des Juifs de la société, a fait l'éloge de la Shoah et du massacre du 7 octobre, et a souhaité le succès d'une nouvelle « solution finale ». Des photos de citoyens juifs ont également circulé, accompagnées de propos haineux et diffamatoires.

Ben Kepes trace une ligne nette. Les Néo-Zélandais ont parfaitement le droit de manifester et de critiquer des gouvernements, rappelle-t-il, mais il existe une différence fondamentale entre critiquer la politique d'un État et désigner des individus comme cibles à abattre. Les appels à l'agression ou à l'extermination visent l'identité juive elle-même, et non la politique d'un gouvernement étranger. Selon lui, la banalisation quotidienne d'un langage déshumanisant met en danger la société tout entière.

Les autorités condamnent, le renseignement confirme

La commissaire aux relations raciales, la Dr Melissa Derby, a confirmé avoir recueilli des témoignages accablants de menaces en hausse. Elle a condamné sans réserve toute intimidation visant la communauté juive, affirmant que rien ne peut justifier, excuser ou minimiser de tels comportements, et qu'aucun citoyen néo-zélandais n'est responsable des actes d'un gouvernement étranger.

La haine a pris une forme physique avec la découverte récente de graffitis antisémites près du Centre de la Shoah de Nouvelle-Zélande, à Wellington. La Dr Derby y voit une manifestation de haine déguisée en discours politique.

Le constat est partagé au sommet de l'appareil sécuritaire. Le directeur du Service de renseignement et de sécurité néo-zélandais (NZSIS), Andrew Hampton, a indiqué devant la commission parlementaire du renseignement que l'antisémitisme progressait dans le pays, tout comme l'islamophobie, sous l'effet du conflit au Moyen-Orient. La police appelle toute personne menacée à la contacter immédiatement.

Israël au cœur de la campagne électorale

Ces inquiétudes surgissent alors que les Néo-Zélandais votent samedi 7 novembre pour des élections générales serrées et tendues, susceptibles de bouleverser la politique étrangère du pays. Si l'économie, la santé et le coût de la vie dominent la campagne, le Moyen-Orient est devenu une ligne de fracture majeure entre la coalition sortante, formée du Parti national, d'ACT et de NZ First, et l'opposition travailliste.

Le Parti travailliste promet de reconnaître officiellement un État palestinien, d'imposer des sanctions économiques à Israël et d'obliger les fonds publics, dont le fonds de pension national et la caisse d'indemnisation des accidents, à céder leurs participations dans les entreprises actives en Judée-Samarie. Il s'engage aussi à rejoindre la plainte de l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice de La Haye. Les Verts et le parti Te Pāti Māori vont plus loin encore, réclamant des sanctions immédiates, la rupture des relations et une reconnaissance unilatérale.

À l'inverse, la coalition du Premier ministre Christopher Luxon adopte une ligne prudente. Le ministre des Affaires étrangères, Winston Peters, a déclaré que la Nouvelle-Zélande ne reconnaîtrait pas unilatéralement un État palestinien hors d'un cadre de négociation, en pointant l'absence de gouvernance palestinienne unifiée et le rôle du Hamas.

Un parti « du fleuve à la mer » sur les bulletins

Signe de la profondeur de la polarisation, un nouveau parti entièrement consacré à la cause palestinienne figure pour la première fois sur les bulletins : « Palestine Free from the River to the Sea ». Son programme prévoit la fermeture de l'ambassade d'Israël à Wellington et un boycott total (BDS). Les analystes ne le voient pas franchir le seuil d'éligibilité, mais sa seule présence en dit long sur le climat.

La présidente du Conseil juif, Juliet Moses, rappelle que les Juifs néo-zélandais ne forment pas un bloc électoral homogène. Leur exigence commune est simple : que le prochain gouvernement, quel qu'il soit, s'engage sans ambiguïté pour la sécurité des minorités et contre l'antisémitisme. Pour Ben Kepes, l'enjeu dépasse largement la communauté juive : il s'agit de savoir quel pays la Nouvelle-Zélande veut devenir.

Source : N12 / Mako, Daniel Artzi, 3 novembre 2026
https://www.mako.co.il/news-world/2026_q4/Article-b1751b2bd11a1a1027.htm

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