Pris la main dans le sac : chronique d’un Paris en feu par Paul Sillam

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Pris la main dans le sac : chronique d’un Paris en feu

Hier, pendant mon parcours à pied, j'ai vu un type qui voulait mettre le feu à une poubelle. J’ai pensé à le prendre en photo. Et puis j’ai renoncé. Pas le courage. J’avais peur qu’il n’apprécie pas. Qu’il me couche à côté de la poubelle et qu’il décide de me faire brûler avec. Il y a des moments où la prudence ressemble à de la lâcheté. Mais bon, je suis encore là pour en parler.

Plus loin, juste après la sirène des pompiers, j’ai vu un autre type qui, lui, remettait des vélib' debout pour les garer. Sans doute voulait-il éviter qu'une batterie n'explose ! Les casseurs couchent les vélos au sol pour faire des barrages ; des barrages fumant contre la police, contre les pompiers, contre ceux qui veulent éteindre le feu ou protéger les lieux.

Chacun son combat. Les uns allument, les autres éteignent. Et pendant ce temps-là, Paris cramait. Je me suis retrouvé au cœur de la manifestation des "Gilets jEunes". Pas longtemps, juste assez pour sentir que les choses pouvaient à tout moment déraper.

Un jeune voulait repartir avec une bière sans payer. Le responsable de la supérette l’a intercepté. Et les deux se sont battus comme des chiffonniers. Pour une bière pris la main dans le sac. Toute cette énergie, toute cette colère, tous ces grands discours et finalement, deux types qui se tapent dessus.

Puis, il y a ce drapeau à la tête de mort avec deux tibias croisés sur un fond noir : ça vous dit
quelque chose ? C’était le symbole des pirates, ceux dont la devise est  « Pas de quartier ! Pas de prisonniers !"

Que font ces nouveaux pirates ? Expriment-ils une revendication ?  Pourquoi transforment ils la rue en champ de bataille ? Ils exhibent leur haine et diffusent eux-mêmes les images, comme si la destruction était devenue un spectacle vivant. La raison semble avoir cédé à la la rage. Le dialogue, à la confrontation. Et la solidarité, au saccage.

Le paradoxe qui me révolte : c'est de voir des drapeaux palestiniens brandis comme ceux des pirates de l'époque. comme celui du maitre de la terreur : le pirates Barbe Noire. il puisait son énergie de son drapeau !  Rue Réaumur pareil, je sens l'énergie que donne ce drapeau aux manifestants. Quelle erreur de canalisation ! Le drapeau palestinien représente un peuple, son histoire, ses souffrances et son aspiration à la liberté. Il ne saurait être confisqué par des barbares.

Quel drame, aussi, pour les Palestiniens qui aspirent à la paix. Pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans la barbarie ! Ils vont se réveiller, je n'en doute pas,  ils vont se révolter et stopper ce détournement, j'en suis sur ! Car un drapeau n’est pas un permis de barbarie.

C’est terrible, d’être pris la main dans le sac ! Comment va-t-il se défendre celui-là ? les CRS l'ont pris la main dans le sac avec une valise de produits volés à Darty.  On peut toujours expliquer, trouver des excuses, raconter qu’on n’avait pas le choix. Mais quand on vous attrape la main dans le sac...

Enfin, ça dépend. Moi, j’adore me faire prendre la main dans le sac. Ma propre main dans mon propre sac. C’est même assez drôle.  Je commence à sourire quand je me rends compte que je donne des conseils aux autres. Je distribue des vérités, je juge les comportements, je sais ce qu’il faudrait faire et comment il faudrait vivre. Je regarde les autres avec cet œil de critique bien repassé. Et puis, à un moment, pas moyen de me défiler, je dois deviner en quoi ces jugements me concernent. ca devient un jeu car je sais que tout ce que je dis ne concerne que moi. Le type que je suis en train de dénoncer, c’est moi.  Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle. Mais au moins, je commence à comprendre un truc : il est beaucoup plus facile de repérer mes évolutions personnelles a travers le prisme de mes jugements sur les autres. c'est plus facile de décrypter qui je suis quand je m'entends parler des autres.

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