Paul Sillam

Paul Sillam est président fondateur de l’association de psys CHAAR (Comité psychanalytique Humanitaire d’Aide à l’Autonomie psychique Retrouvée) qui, en collaboration avec le Consistoire de Paris, soutient depuis 20 ans, bénévolement, ceux qui veulent se faire aider pendant leur divorce religieux.
Il est coauteur d’un premier livre toujours disponible « Familles face au divorce » (Editions Biblieurope, 2002) – qui offre 20 cas de séparation racontés par un homme, une femme ou un enfant. Les différents parcours y sont analysés par les psys, puis par des rabbins qui les rapprochent d’histoires de la Thora.
Plus récemment, est paru aux éditions Desclée de Brouwer,  PSY SPI Regard croisées religieux et psy.
Son troisième livre s’intitule “voyage vers soi” est un recueil de photographies illustrant des paroles de patients.
Le psy Paul Sillam définit le métier de psychanalyste comme celui d'un garant. Non pas d’une personne, ni d’un prêt. Non, il est le garant du temps qu’un être humain consacre à sa propre existence.
Chaque cure avec lui est un rendez-vous avec soi, avec son symptôme pour un voyage vers un meilleur pour soi.
On associe encore trop souvent le soutien psychologique à un signe de faiblesse. Mais le mal être, comme le bien être, fonde notre humanité et notre capacité à ressentir. On imagine que le temps va adoucir ou effacer une blessure psychique. On se raconte qu’il suffit de prendre sur soi pour que cela passe… Et Bien Non ! Ne pas parler de ses blessures, c'est s'intoxiquer. Ne pas parler de ce qui nous dérange c’est laisser remplir un vase d’eau viciée.
Reste à trouver un cadre pour panser ses plaies avec des soins verbaux et chercher les limites de la logique qui nous a fait fonctionner jusqu'à maintenant...
A ceux qui pensent qu'il faut être fou pour consulter un psy, il répond :
“Faire une psychothérapie ou une psychanalyse, c’est prendre un rôle de chercheur. Et tenter de trouver, sans jugement, sans gentillesse, ni compassion une compréhension à sa façon d'exister. Cette recherche s’apparente à une démarche philosophique car elle pose des questions, sur l’univers de sa propre vie. Redonner la parole aux personnages souffrants en nous, c’est prendre soin de sa démocratie intérieure pour aller vers ce qui est juste et bon pour soi."
Il contribue à répondre aux questions des lecteurs de Alliance.fr avec les psys de l'association CHAAR.

Les articles de Paul Sillam

Avis de Psy : Pourquoi ai-je du mal à m'endormir ?

Le soir au lit est un moment où on se retrouve seul. Être allongé dans l'inactivité laisse l'esprit naviguer. Que faire de toutes ces pensées envahissantes qui nous empêchent de dormir ?

Pour éviter cette errance, certains utilisent la chimie, la nourriture, l’alcool, la télé, la lecture. D'autres s'intéressent à l'écriture et ose noircir la page blanche de toutes ces idées noires qui prennent la tête… ca marche souvent car les idées stressantes couchés sur le papier nous libèrent de leur encombrement.

Quelquefois l'insomnie chronique peut être vue comme une raison de ne pas rêver. 

Si vos insomnies persistent, consultez un médecin pour voir s'il n'y a pas de raisons métaboliques. Dans le cas contraire, consultez un psy

Qu'est-ce que l'inconscient ? de Paul Sillam

On pourrait vous dire que l'inconscient est un réceptacle où se déposent tout ce qui nous dérange ou ce que nous ne voulons pas voir, ni entendre… En un mot : tout ce qui est insupportable.

Mais nous préférons, pour exprimer l'inconscient, utiliser une métaphore maritime : l'inconscient pourrait être un courant, celui qui vient des profondeurs de la mer. Vous vous trouvez sur un bateau que vous souhaitez mener vers une destination. 

Outre les vents et marées qui peuvent être “avec ou contre” vous, vous devez tenir compte des courants et des lames de fonds. Vous ne rencontrerez vraisemblablement pas que des clapotis et des mers peu agitées !

Dans certains cas, vous croyez avancer mais il n'en est rien, vous êtes à contre-courant. Ailleurs, vous pouvez vous laisser emporter, mais attention à ce que ces courants ne vous déroutent pas !

S'il existe des cartes qui répertorient tous les courants maritimes, l'Inconscient, lui, n'a pas été encore mis en plan parce qu'il est propre à chacun. Chaque inconscient est unique.

Il est intéressant d'être à l'écoute de ses propres courants : oublis, pertes, erreurs, fatigues, accidents, incidents, lapsus, actes manqués, maux, rêves, etc… car ils peuvent être de véritable panneaux signalétiques pour notre avenir...

Est-ce plus éclairant ?

Qu'est-ce qu'une psychothérapie ? de Paul Sillam

copyrignht Mallis

Une psychothérapie n'est pas faite pour écouter des conseils puisque le psy en donne rarement.

Il faut sortir du système diagnostic/ traitement pour comprendre cette consultation, car un psychothérapeute ne fait pas de diagnostic, ni de commentaire, ni de recommandation, ni d'ordonnance.

On décide de consulter un psy quand la vie nous demande de choisir et qu'on n’y arrive pas. Quand les diagnostics sont peu fiables et le traitement semble inefficace.

Quand une question reste sans réponse trop longtemps, quand on a subi une perte et que la souffrance devient difficile à vivre, on peut décider d'entrée en thérapie.

Beaucoup d'entre vous viennent aussi quand ils remarquent une répétition qui perturbe leur vie. Quand le désir de comprendre, de changer est là, le soutien d'un psychothérapeute est bien utile.

Les femmes consultent plus facilement. Les hommes, eux, sont plus réticents et attendent souvent l'immobilisation ou la pression du conjoint.

L’idée d’une psychothérapie est d’offrir du temps au patient pour qu’il trouve lui-même une explication à ce qu’il a vécu. Dès que le récit qu'il a osé faire lui paraît cohérent, le patient sort de l'état dans lequel il était venu.

Le travail de recherche de sens lui fait retrouver sa place de sujet

AVIS DE PSY : quelle différence faites-vous entre s’apitoyer et avoir pitié ?

copyright David Mallis

Prendre pitié des autres est un sentiment universel. Il arrive qu’on prenne conscience de la misère qui nous entoure. Prendre pitié de soi l’est moins.

Avoir pitié de soi, c’est prendre conscience de sa propre misère, de son propre chagrin. C’est dire ce qui fait mal, c’est à dire la honte d’être tombé dans le panneau. 

S’apitoyer c’est ajouter encore de la pitié… c’est rester dans un cercle, comme sur le sillon d'un disque rayé.

Alors que la pitié permet quelquefois de changer de niveau, de nous mettre en mouvement pour changer le monde… s’apitoyer immobilise et évite de faire naître autre chose que de la pitié de soi.

 

AVIS de PSY : c'est quoi l'Ego ?

DR

Chacun a sa définition de l’ego. Pour beaucoup c’est de l’égoïsme :  être centré sur soi ….

Et bien en psychanalyse l’ego serait un tragédien.. qui crie à voix haute"c’est injuste, ce qui m'arrive !! Me faire çà à moi ??"

L'égo aime crier  “je ne suis rien après avoir été le meilleur des hommes"

Vous aimez les tragédies, ces oeuvres dramatiques représentant des personnages illustres aux prises avec des conflits intérieurs et un destin exceptionnel et malheureux…

COUPLE : Je crois que j’ai reproduit le couple de mes parents et j’en suis malheureuse !

copyright David Mallis

je crois que j’ai reproduit le couple de mes parents et j’en suis malheureuse car nous avons atteint une limite que nous n’arrivons pas à dépasser. comment puis je faire ? Quelles sont les qualités d’une personne qui sait co piloter un couple ?

C’est une belle question que vous posez.  sans réflexion on a toutes les chances de reproduire ce qu'on connaît le mieux : le couple de ses parents. 

Les points suivants sont des axes de développement car on n'apprend pas à vivre à 2 à l’école, ni à l’université…

  • Savoir reporter dans le temps un sujet de désaccord
  • Éviter de dire des opinions, des généralités
  • Arriver à dire et à partager ce qu’on ressent 
  • Savoir faire des compliments ou des reproches en une minute
  • Ne pas avoir peur d’utiliser le mot pardon 
  • Accepter ses imperfections
  • S’autoriser à être plus heureux
  • Choisir l’alliance plutôt que le conflit
  • Savoir ce qu’on attend de l’autre et savoir en parler
  • Arriver à apprendre de ce qu’on projette sur l’autre
  • S’autoriser à s’octroyer des moments à soi
  • Avoir accès à ses désirs qu’il ose exprimer

Un couple solide serait un couple conciliant dans la compréhension et la tolérance. Quand on est constructif on ne donne pas seulement des critiques mais on apporte surtout des éléments de changement.

Les tensions persistent quand des solutions n'ont pas été trouvées ensemble.

On peut avoir des regrets et des moments douloureux mais dans l’ensemble les moments de joie et de partage et d’authenticité sont là...

ça pourrait être ça un couple qui va bien : partager pas seulement un emploi du temps et des opinions...

 

COUPLE : je l'ai quitté, je vais mal même si je l’ai voulu.

cpyright David mallis

 je savais que ça risquait d’arriver mais je voulais pas y croire. ça y est on s’est séparé. Je vais mal même si je l’ai voulu.

Ruminer le passé, ressasser l’amour disparu, c’est croire en son seul pouvoir, c’est le  sentiment de toute puissance.

S’il vous rend coupable du choix qu’il n’a pas pris, c’est malhonnête ! C’est malhonnête de rendre l’autre l’unique responsable de l’échec du couple. 

Est-ce que vous auriez pu faire autrement ? Ben non ! c’est votre chemin, il a fallu passer par là.

Vous ne pouviez pas savoir à l’époque. Aujourd’hui vous le savez, vous comprenez  que vous n’êtes pas la seule responsable ou coupable . 

Mais il faut remettre le passé dans le passé et non pas le mettre dans votre présent. Le présent c’est que vous allez maintenant tenir compte de l'expérience passée.  

L’amour reviendra quand il aura une place à l’intérieur de vous et que vous serez apaisée avec vous-même 

AVIS DE PSY : Qu'est-ce qu'un père

copyright David Mallis

Ma femme est très proche de nos deux garçons, je me sens exclu de leur relation. Comment puis-je changer les choses ?

Etre père ce n’est pas aider la mère,  c’est être là. Être là pour former un duo avec la mère.

"Etre  là" ne signifie pas prendre la place que la mère vous donne.

"être là" c’est prendre sa place comme un co pilote qui va mener à bien le voyage des passagers vers le monde des adultes.

Être parent n’est pas croire qu’on est deux alors que vous êtes seul(e) à vous occuper de tout. 

 

Avis PSY : La trahison

Trahir : voir l’autre manqué de loyauté…

il y a avait une règle établie qui formait un groupe. Un des protagonistes a pris un autre chemin celui d’une émancipation.

Il ne voulait plus être conforme. Il a voulu tester un autre chemin.

D’une certaine façon trahir, c’est grandir, c’est transformer son héritage, sortir de là d'où l'on vient et des règles qui ne nous appartiennent plus..

Psy-juif : pourquoi les séparations sont-elles si douloureuses ? par Paul Sillam

Pourquoi les séparations sont-elles si douloureuses ?

Quand deux personnes décident de vivre leur histoire d’amour, le couple fait l'expérience de l’intimité à deux. Chacun s’ouvre à l'autre, à ses désirs, à ses besoins, à ses opinions, à ses objectifs de vie, à ses rêves... Aucun des deux ne peut s’empêcher d’être influencé par la différence de l’autre.

Tout cela fait partie intégrante de la magie imprévisible d’une relation amoureuse. Dans un couple, il est tout à fait normal de s’ajuster à son partenaire. Quelques négociations plus tard, un nouveau monde unique voit le jour combinant les personnalités de chacun

L’aventure à deux pour faire évoluer ce monde unique est souvent source de durée. 

Le plus souvent, cette conception d'un monde commun a généré un impact plus ou moins profond sur l’image de soi et sur l’estime personnelle de chacun. C’est peut être l’origine des tensions de l'étape du divorce : le bouleversement de cette réorganisation de soi peut amener à douter de soi-même. 

Le divorce et l'absence de l’autre force à réinvestir son espace psychique, son imaginaire, et à retrouver en soi-même ce qui nous manque de l'autre.

Retrouver un équilibre sans l'autre consiste à cheminer du “nous” au “je”. Et ce travail peut effrayer “le moi Enfant” qui peut s’en sentir incapable.

C’est sans doute pour éviter l’effondrement du “moi” qu’un conjoint va instaurer un rapport de force, un conflit permanent. Car, aussi forte et indépendante qu’une personne puisse être, la fin d’une relation peut signifier la fracture du concept de soi, né depuis la réunion des amants.

Comment rassurer ce “moi enfant” effrayé qui doit réapprendre à vivre sans ce monde perdu ? Souvent ses pensées noires l’effraient tellement qu'il se dit “ je ne vais pas y arriver”, “je ne vais pas réussir à vivre sans elle, sans lui”... Trouver celui qui va montrer que ces pensées négatives "enfantines" ne sont pas des vérités est une expérience des plus riches.

La bonne nouvelle est que la plupart des gens y arrivent, même si cela prend du temps. Car trouver celui qui va apaiser notre enfant intérieur demande un effort mental, un travail qui ressemble à une nouvelle naissance.  

Par son inquiétude, le “moi enfant” va convoquer d’autres structures psychiques comme celle du “parent en soi” pour le rassurer et l’aider à faire l'expérience de cette impossible condition humaine : L'être humain se construit qu'au prix de l'absence et de la frustration. 

En réapparaissant, le “parent en soi” pourra retrouver les blessures déjà guéries, les moments de plaisir et les désirs oubliés. Le psy peut aussi aider à reprendre le chemin du développement personnel et d’aventurier pour aller vers un nouveau monde qui sonnera la fin du chagrin. 

« Savoir être seul est au cœur de l’art d’aimer. Lorsque nous pouvons être seuls, nous pouvons être avec les autres, sans les utiliser comme moyen d’évasion. » dit Bell Hooks dans son livre Tout sur l’amour.

En effet, une partie importante de la guérison est un processus appelé « réorganisation du concept de soi », qui demande à nos structures Parent-Enfant- Adulte de réapprendre à interagir de manière équilibrée au sein de soi-même. 

Cela s'apparente au processus de deuil qui implique la reconstruction et le renforcement du sentiment de qui nous sommes : somme des relations et des mondes perdus.