Les Houthis séquestrent depuis dix ans Levi Marhabi, le Juif qui a sauvé une Torah de 800 ans

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Levi Salem Musa Marhabi est le dernier otage juif détenu par les Houthis au Yémen. Arrêté en mars 2016 pour avoir aidé une famille juive à fuir le pays avec un rouleau de Torah vieux de huit siècles, ce Juif yéménite croupit depuis dix ans dans une prison de Sanaa, torturé et partiellement paralysé, alors même qu'un tribunal houthi a ordonné sa libération en 2019.

Par Claudine Douillet

Ces trois dernières années, des centaines d'otages juifs ont retrouvé la liberté au Moyen-Orient. Les otages israéliens de Gaza sont rentrés chez eux. La chercheuse israélo-russe Elizabeth Tsurkov a été libérée après plus de deux ans de captivité en Irak. Un homme, pourtant, reste oublié derrière les murs d'une prison de Sanaa : Levi Salem Musa Marhabi, Juif yéménite détenu par la milice houthie soutenue par l'Iran. Le Jerusalem Post a rappelé jeudi son sort, devenu le symbole d'une injustice que personne ne parvient à briser.

Arrêté pour avoir sauvé une Torah de huit siècles

Tout commence en mars 2016. Levi Marhabi aide une famille juive à quitter le Yémen, emportant avec elle un rouleau de Torah vieux d'environ 800 ans, trésor d'une communauté millénaire. Pour les Houthis, qui contrôlent la capitale depuis 2014, ce geste devient un crime. Marhabi est arrêté et accusé d'avoir participé à la sortie illégale de ce manuscrit sacré.

Le procès se tient en mars 2018. Il est condamné à trois ans et demi de prison. En 2019, une cour d'appel houthie annule la condamnation et ordonne sa remise en liberté. La décision n'a jamais été appliquée. Sa peine initiale aurait de toute façon pris fin depuis longtemps. Dix ans après son arrestation, Levi Marhabi n'est plus un prisonnier : il est un otage.

Battu, électrocuté, affamé

Les témoignages recueillis par la Commission américaine pour la liberté religieuse internationale (USCIRF) décrivent un calvaire. Ses geôliers l'ont roué de coups, soumis à des décharges électriques et privé de nourriture. Ils l'ont aussi coupé de tout contact avec sa famille.

Les séquelles sont lourdes. Le détenu a perdu ses dents, ses problèmes rénaux et pulmonaires se sont aggravés et il ne reçoit aucun soin adapté. Selon la Fédération séfarade américaine, ces années de mauvais traitements l'ont laissé partiellement paralysé.

Livré aux extrémistes après le 7 octobre

Le massacre du 7 octobre 2023 a encore durci sa détention. D'après l'USCIRF, les Houthis l'ont alors transféré dans un quartier de la prison peuplé de détenus extrémistes, qui l'ont menacé. Il a fallu une grève de dix jours pour que ses gardiens finissent par le placer à l'isolement.

Ce traitement n'a rien d'un hasard. Depuis le début de la guerre, la milice yéménite s'est imposée comme l'un des bras armés de l'Iran contre Israël, tirant missiles et drones vers l'État hébreu et attaquant la navigation en mer Rouge. Son slogan officiel, qui appelle à maudire les Juifs, résume l'idéologie qui gouverne le sort de Levi Marhabi.

Le marché de dupes de 2021

En 2021, le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat révélait un accord passé avec les Houthis. Les trois dernières familles juives encore présentes au Yémen devaient quitter le pays. En échange, Marhabi serait libéré. Les familles ont accepté, contraintes et brisées. L'un des exilés racontait alors au journal qu'on leur avait laissé un choix impossible : rester sous le harcèlement en laissant Salem en prison, ou partir pour obtenir sa libération.

Ces Juifs, qui avaient refusé pendant des années toutes les pressions pour rester sur la terre de leurs ancêtres, sont partis. Levi Marhabi, lui, est resté derrière les barreaux. Les Houthis ont obtenu ce qu'ils voulaient : un Yémen vidé de ses Juifs, sans tenir leur part du marché.

La fin d'une communauté de deux mille ans

Le sort de Marhabi s'inscrit dans l'effacement d'une des plus anciennes communautés juives du monde. Présents au Yémen depuis l'Antiquité, les Juifs yéménites étaient des dizaines de milliers au milieu du XXe siècle. L'opération Tapis volant, en 1949 et 1950, en a conduit près de 50 000 vers le jeune État d'Israël. Les derniers restés sur place ont vécu sous la menace croissante des Houthis, jusqu'aux départs forcés de 2021.

Aujourd'hui, la communauté juive du Yémen a pratiquement disparu. Levi Marhabi en est devenu, malgré lui, le dernier visage.

Un silence international assourdissant

Les organisations de défense de la liberté religieuse multiplient les appels, sans résultat. Pendant que la diplomatie internationale négocie avec les Houthis sur la mer Rouge, les échanges de prisonniers ou les trêves au Yémen, le nom de Levi Marhabi reste absent des grands accords.

Son histoire pose une question simple aux chancelleries occidentales : comment un homme acquitté par ses propres juges peut-il rester dix ans en prison sans que personne n'exige sa libération ? Tant que Levi Marhabi restera enfermé à Sanaa, aucun accord avec les Houthis ne pourra être considéré comme une preuve de bonne foi.

Source : The Jerusalem Post, 29 octobre 2026, https://www.jpost.com/middle-east/article-913283

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