Suicides dans Tsahal : au moins 21 soldats en service se sont donné la mort depuis janvier 2026

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Suicides dans Tsahal : au moins 21 soldats en service se sont donné la mort depuis janvier 2026

Par Claudine Douillet

Suicides dans Tsahal : au moins 21 soldats en service se sont donné la mort depuis janvier 2026

L'armée israélienne a déjà perdu au moins 21 soldats en service actif par suicide depuis le début de l'année. À deux mois et demi de la fin de 2026, ce bilan égale celui de 2024 et talonne le record de 2025. Seize anciens combattants de la guerre ont également mis fin à leurs jours, révélant une blessure psychique que les chiffres officiels peinent encore à mesurer.

Un nouveau drame à Rehovot

Dimanche 18 octobre, un militaire s'est donné la mort à son domicile de Rehovot. Ce décès porte à au moins 21 le nombre de soldats en service actif qui se sont suicidés depuis janvier, selon le décompte tenu par le quotidien Haaretz. Derrière ce chiffre, il y a 21 familles endeuillées, des unités entières marquées et une question qui revient avec insistance en Israël : la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 a-t-elle créé une seconde ligne de front, invisible celle-là, à l'intérieur même des soldats ?

Des chiffres qui ont presque doublé depuis le 7 octobre

Avant la guerre, Tsahal enregistrait en moyenne 12 suicides par an sur la décennie précédente. Du 7 octobre à la fin de 2023, sept soldats en service actif se sont suicidés. Le nombre est monté à 21 en 2024 puis à 22 en 2025, le total annuel le plus élevé depuis quinze ans. Pour retrouver un niveau supérieur, il faut remonter à 2010, année où 28 soldats s'étaient donné la mort.

Le rythme de 2026 inquiète particulièrement. Au printemps, Haaretz comptait au moins dix soldats en service décédés par suicide depuis janvier, dont six pour le seul mois d'avril. Fin juillet, le bilan atteignait au moins 16. Il dépasse désormais 21, alors que l'année n'est pas terminée.

Les tentatives donnent la mesure réelle du phénomène. Un rapport du Centre de recherche et d'information de la Knesset a établi qu'entre janvier 2024 et juillet 2025, 279 soldats ont tenté de mettre fin à leurs jours, soit sept tentatives pour chaque décès. Le même document relevait un constat troublant : seuls 17 % des soldats décédés par suicide au cours des deux années précédentes avaient rencontré un officier de santé mentale dans les deux mois précédant leur mort.

Les anciens combattants, angle mort des statistiques

Les chiffres de l'armée ne disent pas tout. Ils ne concernent que les militaires en service au moment de leur décès. Or au moins seize anciens combattants de la guerre, qui n'étaient plus en service actif, se sont également suicidés cette année selon Haaretz. L'armée a établi que dix de ces cas étaient très probablement liés au service.

Ce sont souvent des réservistes rentrés à la vie civile après des mois de combat à Gaza, au Liban ou sur d'autres fronts, qui retrouvent leur travail, leur famille, leur quotidien, mais pas la paix intérieure. Face à cette réalité, les soldats ayant servi pendant la guerre et décédés par suicide dans les deux ans suivant leur libération se voient désormais reconnaître le statut de « décédé après le service », qui ouvre droit à une aide mensuelle pour les familles.

Le poids d'une guerre longue et multiple

L'armée elle-même ne conteste plus le lien. Une enquête interne révélée par la radiotélévision publique Kan a conclu que la plupart des suicides récents découlaient d'expériences traumatiques vécues au combat, de la perte de camarades et de l'incapacité à surmonter ce traumatisme. Un haut responsable militaire résumait la situation sans détour : la guerre a des conséquences.

Jamais depuis sa création Israël n'avait mobilisé aussi longtemps autant de réservistes. Des hommes et des femmes ont enchaîné plusieurs centaines de jours sous les drapeaux, entre exposition répétée à la violence, deuils successifs et pression sur leur vie professionnelle et familiale. Les spécialistes l'avaient anticipé : après les crises extrêmes, la détresse psychique surgit souvent avec retard, lorsque l'adrénaline retombe.

Ce que fait l'armée, et ce qui manque encore

Tsahal a renforcé ses dispositifs. Le nombre d'officiers de santé mentale a été augmenté de 200 pour les soldats du contingent et de 600 pour les réservistes, et chaque suicide fait l'objet d'un examen approfondi par un officier au grade de colonel. Des lignes d'écoute ouvertes jour et nuit ont été créées et les unités spécialisées dans le stress de combat et le stress post-traumatique ont été étendues, y compris en zone de combat.

Ces efforts restent jugés insuffisants par les familles et les associations. Devant la Knesset, un responsable de la Direction du personnel reconnaissait que des soldats cherchant de l'aide ne parvenaient pas à atteindre correctement les centres de soutien. Selon Haaretz, les entretiens d'évaluation psychologique et de réinsertion prévus pour les réservistes avant leur retour à la vie civile ont été supprimés en février 2026, une décision vivement critiquée par les organisations qui accompagnent les blessés psychiques.

Une blessure nationale qui appelle une réponse nationale

Israël a appris à honorer ses soldats tombés au combat. Il doit désormais apprendre à reconnaître, soigner et accompagner ceux qui reviennent blessés dans leur âme. La question dépasse l'institution militaire : elle engage le ministère de la Défense, le système de santé, les employeurs et chaque famille qui voit revenir un proche transformé. Chaque soldat perdu de cette manière est une victime de plus de la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023.

Si vous traversez une période difficile ou si un proche vous inquiète, vous pouvez appeler en Israël la ligne d'écoute ERAN au 1201, ou en France le numéro national de prévention du suicide, le 3114, gratuit et joignable jour et nuit.

Source : Haaretz, Kan, Ynet, Centre de recherche et d'information de la Knesset.

 

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