Mort de Gur Kehati au Liban : Haaretz révèle de nouvelles défaillances, sa famille a quitté Israël

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Mort de Gur Kehati au Liban : Haaretz révèle de nouvelles défaillances, sa famille a quitté Israël

Le sergent Gur Kehati est mort pour une mission qui n'aurait jamais dû exister. Près de deux ans après l'embuscade du Hezbollah qui l'a tué au Sud-Liban avec le chercheur civil Zeev Erlich, Haaretz publie une enquête fondée sur des échanges écrits, des témoignages et des photos. Elle met au jour des défaillances jusqu'ici ignorées, tandis que ses parents, Ron et Maayan Kehati, ont quitté Israël pour s'installer en Crète.

Par Claudine Douillet I 16 octobre

Une embuscade au cœur d'une forteresse antique

Le 20 novembre 2024, en pleine offensive terrestre israélienne contre le Hezbollah, une petite colonne de la brigade Golani pénètre dans un site archéologique près du village de Chamaa, dans le secteur ouest du Sud-Liban. Le sergent Gur Kehati, 20 ans, du 13e bataillon de Golani, originaire de Nir Banim, y est tué aux côtés de Zeev Erlich, 71 ans, spécialiste reconnu de la Terre d'Israël et de l'archéologie.
Deux terroristes du Hezbollah ouvrent le feu sur le groupe : un officier est grièvement blessé, le colonel Yoav Yarom l'est modérément, avant que les assaillants soient éliminés.

Zeev Erlich, surnommé Jabo, n'était pas un soldat en service. Il était entré au Liban armé et en uniforme de Tsahal alors qu'il n'était ni en service actif ni rappelé comme réserviste, et l'armée l'a reconnu à titre posthume comme commandant de réserve. Cofondateur d'Ofra, figure respectée de l'étude du pays, il était venu examiner une forteresse et un lieu saint. Gur Kehati faisait partie de la force chargée de l'escorter.

Ce que révèle l'enquête de Haaretz

L'enquête publiée par le supplément magazine de Haaretz repose sur des échanges écrits, des témoignages de participants et des photographies prises ce jour là. Elle établit d'abord que le chercheur avait sollicité à plusieurs reprises l'autorisation d'entrer dans la zone de combat. L'initiative ne relevait donc pas d'un concours de circonstances mais d'une démarche insistante, connue de la hiérarchie et finalement acceptée sans cadre réglementaire.

Le journal met aussi en lumière une rencontre à la frontière entre Zeev Erlich et le général Tamir Yadai, qui n'aurait jamais fait l'objet d'aucune investigation. Ce point est central : il pose la question de savoir jusqu'où, dans la chaîne de commandement, la présence d'un civil armé sur le front libanais était connue ou tolérée, alors que les enquêtes officielles se sont concentrées sur un seul officier.

Enfin, les images et récits recueillis décrivent une atmosphère déroutante dans les minutes précédant les tirs. Les soldats avançaient avec une décontraction évoquant davantage une sortie de découverte qu'une progression en territoire hostile. Ce constat rejoint ce que la famille avait déjà dénoncé : des militaires présents leur avaient confié que la scène ressemblait à une visite privée offerte au chercheur, sans soutien ni couverture adaptés pour les troupes.

Un officier poursuivi, puis blanchi

Dès les premiers jours, l'affaire embarrasse l'état-major. Tsahal souligne alors que Yoav Yarom n'avait pas l'autorité d'approuver l'entrée d'Erlich et que la procédure d'accès des civils n'avait pas été respectée. Le chef d'état-major de l'époque, Herzi Halevi, qualifie l'incident de très grave et promet à la famille Kehati une enquête approfondie.

En septembre 2025, le parquet militaire franchit un pas. Il annonce son intention d'inculper le colonel de réserve Yoav Yarom, ancien chef d'état-major de la brigade Golani, et le convoque à une audience préalable. Mais le dossier connaît ensuite un revirement. L'armée a finalement classé l'affaire visant l'officier, qui avait autorisé la visite d'Erlich en violation des procédures établies.

Une famille obligée de se battre pour la vérité

Pour Ron et Maayan Kehati, chaque étape a été arrachée. Les conclusions de l'enquête opérationnelle ne leur ont été remises qu'après la menace de saisir la Cour suprême si elles ne leur étaient pas communiquées avant le 10 juillet. Selon la famille, ce rapport reconnaît qu'aucune nécessité opérationnelle ne justifiait la présence d'Erlich et que Yarom a agi sans autorisation ni compétence.

Le grand-père de Gur, Assaf Agmon, n'a pas caché sa colère. Il a relevé que l'essentiel du document traite de la guerre et des opérations de Golani, et qu'une petite partie seulement porte sur les circonstances de la mort de son petit-fils. Il dénonce surtout l'absence de toute prise de responsabilité : des condoléances et des hommages au héros, mais aucune sanction. Après le classement des poursuites contre Yarom, des proches de Gur ont arraché sa stèle du cimetière militaire pour la déposer devant le bureau de l'état-major général, au siège de Tsahal à Tel-Aviv.

La douleur s'était déjà exprimée publiquement un mois après le drame. Lors d'une conférence à la mémoire d'Erlich organisée par le conseil régional de Samarie, Ron Kehati s'était insurgé que la photo de son fils n'apparaisse même pas. Assaf Agmon avait alors rappelé que Gur était tombé en courant secourir son commandant de compagnie, et qu'il était soldat quand Erlich était civil.

Le départ pour la Crète

C'est l'épilogue le plus amer de cette affaire. Ron et Maayan Kehati vivent désormais en Crète. Selon Haaretz, lorsque le chef d'état-major a confié à Maayan avoir appris leur départ, elle lui a répondu que ce n'était pas eux qui avaient tourné le dos au pays, mais le pays qui leur avait tourné le dos.

Cette phrase résume un sentiment qui dépasse le seul cas Kehati. Dans un pays où l'armée repose sur un contrat moral avec les familles, la promesse implicite est simple : celui qui envoie un fils au combat doit pouvoir compter sur une institution qui protège ses soldats et rend des comptes quand elle faillit. Pour les parents de Gur, ce contrat a été rompu deux fois, le jour de sa mort puis au fil d'une procédure qui s'est arrêtée à mi-chemin.

Des questions toujours sans réponse

L'enquête de Haaretz relance des interrogations que l'institution militaire n'a jamais tranchées. Qui, au-dessus du colonel Yarom, savait que Zeev Erlich voulait entrer au Liban ? Pourquoi la rencontre avec le général Yadai n'a-t-elle jamais été examinée ? Comment une force d'élite a-t-elle pu progresser vers un site sensible avec un tel relâchement, dans un secteur où le Hezbollah gardait des capacités de frappe ?

Ces questions ne concernent pas seulement une famille endeuillée. Elles touchent à la discipline opérationnelle de Tsahal, à la frontière entre passion personnelle et mission militaire, et à la capacité de l'armée à regarder ses propres erreurs en face. Gur Kehati avait 20 ans. Ses parents attendent toujours que quelqu'un en réponde.

 

Sources :
JNS
Haaretz (article source)

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