Minute de silence pour Quentin à l’Assemblée : la faute de tenue de LFI

Actualités, Contre la désinformation, International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Minute de silence pour Quentin à l’Assemblée : la faute de tenue de LFI

Minute de silence à l’Assemblée : la faute de tenue de LFI

Un pays se juge à ses silences. Il est des minutes rares, minces et majeures où la République, d’un seul souffle retenu, rappelle à tous — aux braillards comme aux beaux parleurs, aux chefs de bande comme aux gens de bien — qu’il existe encore une frontière entre la lutte et l’outrage, entre la controverse et la profanation : on se tait pour un mort, parce qu’on n’a pas le droit de faire de la mort un argument.

La minute de silence a été demandée par Yaël Braun-Pivet. Elle a eu lieu. Elle a été respectée par ceux qui se trouvaient dans l’hémicycle. Et c’est précisément parce que ce geste a existé que l’absence d’une part des élus de La France insoumise (LFI), ce jour-là, prend la dimension d’une faute politique lourde — faute de tenue, faute de tact, faute d’esprit public. Quand la République se retire un instant dans le silence pour un mort, on ne s’éclipse pas sans signifier quelque chose. On ne se dérobe pas sans laisser derrière soi une odeur d’indifférence, une trace d’insolence, une marque d’inconvenance.

Olivier Pérou, journaliste et auteur de La Meute, a décrit l’atmosphère au Palais-Bourbon avec des mots secs et sûrs, qui claquent comme un relevé d’huissier : des députés LFI enfoncés dans leurs sièges, un calme absolu, un silence plat, des élus qui évitent les médias, qui se défilent devant les micros, qui ne répondent ni aux messages ni aux sollicitations, et, pour tenir la façade, toujours les mêmes porte-boucliers — Manuel Bompard et Paul Vannier.

Ce tableau n’a rien d’un détail de coulisse : il ne peint pas seulement une scène, il trahit un système. Un mouvement qui se sait saisi, qui se replie, qui se recroqueville, qui se terre. Un mouvement qui délègue l’onde de choc à quelques lieutenants, pendant que le reste se serre derrière le rideau, se soustrait derrière l’écran, se dissout dans le décor.

Pendant que l’Assemblée s’astreint, ne fût-ce qu’une minute, à la décence, LFI s’agrippe à son vice premier : l’irresponsabilité. Son chef refuse toute responsabilité, comme si la responsabilité n’existait que chez les autres, comme si ses méthodes n’avaient jamais d’effets, comme si sa manière de chauffer l’air public, jour après jour, n’engendrait jamais de conséquences.

Cette indécence n’est pas une sortie de route, un écart passager, un emportement de circonstance : c’est une ligne. C’est la conviction intime qu’on peut tout exciter, tout envenimer, tout salir — et ne répondre de rien. L’impunité morale érigée en doctrine, l’esquive en élégance, la fuite en force.

Le drame de Quentin n’est pas une abstraction de chronique. C’est une mort inscrite dans un climat, et ce climat porte une signature. Il y a eu Lyon. Il y a eu cette conférence de Rima Hassan, autour de laquelle s’est nouée une tension, une agitation, une scène devenue ensuite matière judiciaire. Il y a, désormais, des gardes à vue — onze — et l’actualité parle de ramifications qui touchent l’écosystème de Raphaël Arnault : jusqu’à des collaborateurs, jusqu’à des proches, jusqu’à des figures qui gravitent dans cette nébuleuse.

Qu’on ne vienne pas rabattre cela sur un simple brouillard : quand l’enquête enserre un milieu, c’est que ce milieu existe, qu’il est structuré, qu’il a ses relais, ses protections, ses complaisances.

Et c’est ici que LFI se révèle dans ce qu’elle a de plus répugnant, politiquement : au lieu de se tenir, au lieu d’assumer, au lieu de comprendre que la décence est le premier devoir, elle s’esquive. Elle ne répond pas à la presse. Elle se ferme aux questions. Elle se mure. Elle ne prononce pas l’excuse qui, à elle seule, eût marqué un reste de gravité. Elle n’exprime pas la honte que commanderait, au minimum, l’heure présente. Elle campe dans le déni, dans la fuite, dans cette arrogance froide des appareils qui se croient au-dessus du commun. Elle agit comme si une minute de silence n’était qu’une séquence parmi d’autres, un rite facultatif, un geste que l’on contourne selon l’humeur, un devoir qu’on traite comme une variable de tactique.

Or, au moment précis où l’Assemblée se levait pour ce silence, Mathilde Panot, Manuel Bompard, Thomas Portes, David Guiraud, Sébastien Delogu — et d’autres encore — étaient absents. Ce n’est pas une peccadille. C’est un choix. Et ce choix signifie ceci : ils ont préféré préserver une posture plutôt que d’honorer un geste élémentaire de respect. Ils ont préféré la discipline d’appareil au minimum de tenue qu’un pays attend de ses élus lorsque la violence politique tue.

Ajoutez à cela l’arrière-plan qui colle désormais à LFI comme une suie : des élus visés par des plaintes, des mises en cause répétées autour de l’antisémitisme et de l’apologie du terrorisme, des séquences à répétition où l’ambiguïté devient méthode et l’outrance, habitude. On peut jouer l’innocent, se draper dans l’indignation, vociférer au complot : l’effet politique, lui, est là — et il est ravageur. LFI a fabriqué, par ses mots, par ses alliances, par ses indulgences, un climat où la haine se croit permise, où la violence se croit justifiée, où l’adversaire n’est plus un contradicteur mais une cible. Et quand le langage se fait licence, quand l’invective devient une industrie, quand l’excuse permanente sert de paravent, il arrive un jour où l’on récolte, dans la rue, ce que l’on a semé dans les tribunes.

La responsabilité pénale appartient aux juges. Mais la responsabilité politique, elle, se lit à livre ouvert. On ne peut pas, des mois durant, des années durant, souffler sur les braises, légitimer la brutalité verbale, tolérer des milieux, excuser des dérives, puis prétendre que la mort d’un homme ne regarde personne. LFI porte une part de responsabilité politique dans cette séquence, parce qu’elle a contribué à installer l’atmosphère, parce qu’elle a entretenu la logique de meute, parce qu’elle a rendu l’air irrespirable — puis s’est réfugiée dans l’esquive à l’instant même où il fallait se tenir droit.

Ce qu’il reste, au bout du compte, c’est une image qui s’incruste : l’hémicycle se tait, et eux ne sont pas là. La presse les cherche, et ils se cachent. Le pays attend un minimum d’esprit public, et il reçoit le déni. Voilà ce qui est dénoncé, voilà ce qui est cloué : une formation qui ne sait plus être décente, et qui, lorsqu’un drame surgit, préfère la fuite à la tenue, la posture à l’honneur, l’irresponsabilité à la dignité.

Nataneli

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi