Midburn 2025 : Pourquoi des milliers d’Israéliens paient 4 000 shekels pour dormir dans le désert

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« 4 000 shekels pour dormir sous une tente dans le désert » : au cœur du mystère Midburn 2025

La ville utopique surgie de nulle part

Au petit matin, dans l’Arava, entre Maale Akrabim et Ir Ovot, au pied du mont Zin, une ville éphémère est apparue au milieu du désert. Midburn 2025 ressemble à une Peta Morgana posée en pleine nature : rangées de tentes, rues improvisées, installations artistiques gigantesques et des milliers de personnes dansant sous la pluie.
Ce mirage humain coûte aussi cher qu’un séjour à l’étranger, parfois davantage, mais cela ne semble avoir aucune importance pour ceux qui y participent.

La rudesse du désert, colonne vertébrale du rituel

Interrogé sur les difficultés physiques, un participant massif décrit une expérience éprouvante : « Le Midwest est froid et sec cette année. Il fait un froid de canard et je n’arrive pas à dormir, je tremble par terre. Il y a des exercices d’entraînement aérien au-dessus de nous et je ne comprends pas ce qui se passe, mais on survit. On adore les randonnées. Le sol est impitoyable, je travaille la terre avec du Congo le matin. Je n’ai même pas encore bu de café et je suis déjà en train de creuser des trous. »

À quelques mètres, Bat-El, 26 ans, DJ et organisatrice d’événements, se réveille après une nuit de fête et de poussière. Elle tente de se nettoyer le visage avec une éponge humide devant le dispositif de suivi de l’eau :
« Il y a une baignoire par terre et un petit lavabo, trouvez 50 personnes pour faire ça demain matin ! » dit-elle en riant.
« Voilà les conditions, et c’est ce qui fait tout le charme de l’expérience. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. Sortir de sa zone de confort est primordial ici. On ne vient pas pour se complaire dans le confort, on vient pour se dépasser et atteindre un niveau d’excellence. »

« Je suis venue à ma rencontre » : la quête intérieure version Midburn

Bat-El résume sa motivation d’une phrase : « Je suis venue à ma rencontre. »
Elle poursuit : « Je suis venue rencontrer des gens qui parlent le même langage et vivre une expérience hors du corps dans un espace déconnecté de tout ce qui se passe à l’extérieur, et surtout, à ma rencontre avec moi-même. »

Qu’a-t-elle découvert ? « Que je suis incroyablement talentueuse. Que j’ai une énergie débordante malgré la fatigue. Que je suis ouverte à l’aventure. J’ai une curiosité insatiable. Midbarn est un lieu de rencontre pour les artistes, les personnes de cœur et d’esprit, les personnes d’âme. Un endroit où l’on peut s’exprimer. Si tu as envie de te lever comme un coq aujourd’hui, sois un coq. Si tu te sens comme une princesse de glace, sois une princesse de glace. »

Malgré l’ouverture totale, elle insiste sur les limites fixées par cette utopie désertique :
« Presque tout est possible, mais les limites sont très nettes. Tout ce qui nuit à autrui constitue une limite. Le harcèlement sexuel, la violence. La qualité de l’environnement est également une priorité : nous veillons au tri des déchets. »

Et la guerre ? « Si la guerre a eu un impact, c’est surtout parce que nous sommes ici après deux ans d’absence de Midbarn. L’art présenté ici est né à la fois de la douleur de la guerre et du désir de revenir. Mais cet espace ne parle pas de la guerre. Il parle d’une réalité que nous créons nous-mêmes, ici et maintenant. »

Le camp « Tapis Magique » : l’amour sous la poussière

Tal Levana, 36 ans, enseignante, dirige ici le camp « Tapis Magique », spécialisé dans les mariages féeriques et les fêtes du henné. Elle raconte :
« Notre camp existe depuis longtemps ; nous avons été fondés par quelques personnes rencontrées par hasard lors du premier Berne en 2018. Nous sommes allés en excursion sur le playa, nous avons bu beaucoup d’arak et nous avons fait connaissance. De ce groupe est née une histoire d’amour. »

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Son mari, à côté, rougit. Et ce n’est pas la seule histoire sentimentale que je croise dans la journée.

« On devient une famille » : la vie dans le camp Aqua

Shahar Ilok, 30 ans, conceptrice de cuisines industrielles, originaire de Kiryat Motzkin, décrit une atmosphère fusionnelle :
« C’est un endroit où chacun peut être qui il veut, même s’il n’ose pas y penser au quotidien. On vit ensemble dans un camp et on tisse des liens pendant une semaine : on dort et mange ensemble, et on se sent comme en famille. J’y ai rencontré mon compagnon il y a quelques années. »

Comme tout Brenner, elle est convaincue que son camp « Aqua » est le meilleur :
« Le Midburn compte au moins 200 camps, chacun avec son charme unique. Il y a une sorte de compétition : chaque camp veut prouver qu’il est le meilleur, le mieux entretenu et le plus accueillant. »

En 2025, la réception est catastrophique et les inondations ont isolé le site. Égarée au milieu du désert, je suis accueillie au camp « Aqua » où une antenne Starlink d’Elon Musk permet de transmettre les données.

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Le prix du rêve : 4 000 shekels et de la poussière plein les yeux

Shahar détaille les coûts : « L’entrée coûte 1 370 shekels, et le camping 1 800 shekels de plus, sans compter les autres frais. » Elle note que le choix est assumé :
« Un couple peut prendre un vol et un hôtel à l’étranger, mais nous préférons venir au Midbarn. Nous posons des congés et payons 4 000 shekels pour dormir sous une tente dans le désert, manger de la poussière et respirer cet air irrespirable. »

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Dans le cadre de la législation restrictive sur la photographie, elle documente malgré tout son quotidien : « Je photographie la vie de tous les jours à Midburn, comme faire la vaisselle ou utiliser les eaux grises, pas seulement les fêtes et les beaux jours. C’est difficile de vivre ici et de garder une apparence soignée. On a emporté plein de paquets de lingettes, et on a une douche correcte au camp ; on peut faire chauffer de l’eau chaude avec une bouilloire, mais en trois minutes, je me sens déjà sale. »

L’accessibilité comme victoire après le 7 octobre

La nuit venue, les festivités reprennent. Un nuage de poussière recouvre tout. Ilan Sherman, 50 ans, responsable du service d’accessibilité, m’embarque dans une luxueuse rame du BART, une moto ancienne attelée à un bateau doté d’un moteur électrique. Il se présente comme bénévole, ingénieur, et survivant du 7 octobre.

« Mon passe-temps, c’est de construire des véhicules extravagants qu’on ne voit pas tous les jours. Le Midburn me permet de partager cette passion avec beaucoup plus de monde. C’est pourquoi je dirige aussi le département d’accessibilité : j’apporte toutes sortes de véhicules insolites à des personnes en situation de handicap, qui peuvent ensuite sillonner la ville et s’amuser comme des fous dans le sable. Il n’y a pas de plus grand plaisir ! »

Il poursuit : « Nous travaillons main dans la main avec d’autres organisations comme Grotrali, en concevant des véhicules exceptionnels pour aider tous les soldats blessés et toutes les personnes ayant des besoins spécifiques et participant à l’événement. Nous souhaitons inviter tous ceux qui ont des besoins particuliers, ou toute personne qui, pour une raison ou une autre liée à un handicap physique, hésite à venir, et prouver que, même dans ce contexte difficile, ensemble, nous pouvons surmonter les obstacles. »

Sherman fait partie du groupe d’organisateurs de Midburn 2024 qui ont survécu au massacre du Samedi noir, lors duquel la Dr Hagit Refaeli-Mishkin a été assassinée.

« Pour moi, Midburn 2025 est un événement spécial, un événement de victoire. Nous, les membres de la production, les survivants des fêtes du 7 octobre, sommes arrivés ici pour reconstruire la ville intégralement : un cercle de camps chaotiques, 900 dunams de ville et 170 dunams de zone urbanisée. Être arrivés ici est, pour moi, une immense victoire. »

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