Pessa'h: la notion de liberté selon le rav Adin Steinsaltz

Fêtes, Judaïsme, Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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Pessa'h est certainement la fête la plus observée de la vie juive. Même ceux qui ont abandonné tout le reste, qui ne sont pas observants - et qui ont oublié la plupart des fêtes - se souviennent de Pessa'h et observent la fête d'une manière ou d'une autre. Cela est peut-être dû, en partie, au fait que Pessa'h est la première fête juive: sa célébration a précédé celle des autres fêtes dans le temps. Pessa'h a été célébré pour la première fois lorsque le peuple juif a été libéré de l'esclavage; il ne s'agissait donc pas d'un souvenir mais bien d'une célébration active.

Plus de 1000 ans ont passé depuis cette première nuit de Pessa'h. Pourtant, Pessa'h est toujours là et continue d'évoquer des souvenirs nostalgiques, autant que des réflexions plus profondes. Au cœur de la fête se trouve, évidemment, la notion de liberté. Nous célébrons la fin de l'esclavage égyptien et le début de la nation juive libre. Il ne s'agit pas uniquement d'une histoire nationale juive; cette histoire a un aspect universel. L'exil et la rédemption, la souffrance et la délivrance, sont des composantes essentielles de la condition humaine. L'histoire de Pessa'h résonne dans le monde entier, que ce soit pour les Afro-Américains ou pour les Chinois de Taiwan.

Ainsi, la fête de Pessa'h transmet un message qui va bien au-delà du rituel. Pour certains, ce message revêt la forme d'une question, pour d'autres il s'agit d'une certitude absolue: quelle est le sens de la liberté ?

Un esclave libéré, un prisonnier qui s'évade: voici les expressions les plus basiques de la liberté - lorsqu'une personne n'est plus forcée d'agir contre sa volonté. Cela représente certainement un aspect de la liberté, mais celle-ci va plus loin. La liberté ne se limite pas au simple fait de ne pas être enchaîné. Une chaise attachée à une table ne devient pas libre dès lors qu'elle en est détachée. L'histoire a prouvé maintes et maintes fois que l'absence d'un maître ne rend pas automatiquement les esclaves libres, de même que l’absence d'un oppresseur ne libère pas forcément l'opprimé. Nombreux sont ceux qui, sans être enchaînés, ne peuvent être appelés "libres".

Pour avoir un sens, la liberté doit être associée au désir. Il faut avoir le désir d'aller quelque part ou avoir un rêve à réaliser. Sans rêve, sans désir, sans destination, la personne "libre" n'a aucun avantage sur l'esclave ou l'opprimé. En d'autres termes: l'aspect le plus important de la liberté est la liberté intérieure. Une personne ou une nation qui ne possède pas la notion réelle de liberté, qui n'a pas d'aspiration réelle, deviendra rapidement l'esclave d'autres maîtres. Le résultat de nombreuses révolutions et guerres d'indépendance est là pour le prouver. Et, dans un domaine plus trivial, les personnes qui ont du temps libre - et qui n'ont rien pour le remplir - tombent rapidement dans l'ennui, les conflits familiaux, ou pire.

La liberté n'est donc pas uniquement un concept négatif, l'absence de servitude. La liberté requiert également la présence d'une valeur positive afin de remplacer l'esclavage, une signification au-delà de simplement briser ses chaînes. En conséquence, la fête de Pessa'h ne correspond pas à du temps libre vide, exempt de devoirs. Bien au contraire: la célébration de Pessa'h implique de nombreux commandements, rituels et coutumes. C'est précisément parce que nous avons besoin de règles afin de célébrer au mieux la liberté. Ne rien faire - et, de la même manière, faire n'importe quoi - n'est pas la définition de la liberté, mais du désespoir. La véritable liberté nécessite une vision du monde, un espoir et une direction vers laquelle la personne libre désire tendre.

Le livre de l'Exode décrit la toute première célébration de Pessa'h comme une série de commandements divins: les Hébreux reçoivent l'ordre de rester à l'intérieur de leurs maisons et de se préparer à quitter l'Egypte. Ainsi, le concept de liberté est, dès l'origine, entremêlé avec celui de but. Quelque chose de neuf et de positif viendra après l'oppression égyptienne et remplira la vie de la nation juive naissante avec une aspiration pour son avenir.

Le but revêt un caractère central, qu'il s'agisse de grands mouvements nationaux de libération ou d'une libération individuelle. Si les anciens prisonniers utilisent leurs chaînes brisées pour se battre entre eux, la liberté n'est alors pas une grande victoire. A travers le monde - de l'Afrique au cœur de l'Europe - nous continuons à être témoins de tentatives de libération qui échouent et se terminent de manière désastreuse. Que ce soit à l'échelle nationale ou internationale, nous sommes entourés de nouveaux régimes qui ne sont rien d'autre que des nouveaux oppresseurs.

La concentration sur le but et la signification de la liberté est tout aussi importante au niveau familial et individuel, afin de voir la véritable liberté dans l'acceptation des valeurs que nous désirons vraiment.

Rav Adin Steinsaltz

 

Source: Times of Israel, 23 mars 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet


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