Artiste juif :James Coignard et la peinture transitive

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James Coignard et la peinture transitive

 

Devenir peintre est une décision tout aussi concrète et pratique que métaphysique, abstraite, tragique. C'est aussi peut-être une manière d'opposer être et devenir comme s'oppose vérité et illusion.

Qu'il soit acquis ou inné le déterminisme de l'artiste tient ainsi au besoin de "perdre" sa vie pour tenter de toucher au fondement de la mécanique individuelle et sociale par des moyens qui échappent à toute forme de logos et donc de certitude.

C'est une postulation sur le fini. Ce déterminisme pose en outre le problème du temps, de l'espace donc de notre dimension existentielle fondamentale.

Acceptant (ou subissant à l'origine) cette nécessité qui s'est affinée avec le temps, James Coignard a donc fait de sa peinture un chemin, un moyen de connaissance. Les œuvres en sont plus que la trace : les "résidus" alchimiques.
L'artiste fait aimer sa et la peinture pour ce qu’elle est, la regarde dans les yeux et parle d’elle dans son langage qui est lumière, espace et couleurs.

Musique aussi. Peindre, pour lui, c’est exprimer le monde par la lumière. Elle "sonne" en une perspective à mi-chemin entre l'abstraction gestuelle, dont le peintre a retenu le goût des textures riches et empâtées, et l'abstraction géométrique, visible dans la structuration de la surface en bandes, pans, morceaux.

En tant que peintre Coignard savait qu'il pouvait faire beaucoup de choses, mais il avait conscience des limites de la peinture.

 

Couleurs et rythmes délivrés de l'imitation sont mis en accords et désaccords dans ce qui tient non à l'abstraction ou à la figuration mais au transitif. La question du passage est omniprésente.

Ne faut-il pas voir sinon une présence divine du moins un surcroît d'être comme si à la fin d'un siècle laïque et prosaïque (en peinture plus qu'ailleurs) surgissait chez le peintre cette nostalgie qui avait gardé si près et pendant si longtemps la peinture près de la spéculation religieuse ? Qu'on soit clair pourtant : la peinture de Coignard ne possède rien de religieux ou de sacré.

Elle inscrit à l'inverse des formes et leurs espérances qui ensanglantent toute forme d'Idéal. C'est pourquoi le peintre éclaire ses tableaux par une lumière qui enfle en se divisant. On peut y lire la désillusion, la mélancolie au sein d'une majesté toujours contestée mais où c'est bien une beauté (mot désormais honni…) qui s'affirme. L'artiste en ses toiles offre un change plus qu'un sceau - d'où la transitivité de son travail là où l'espace est comme troué pour mettre à jour des leurres qui ne sont peut-être que ceux de la vie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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