Commentaire de la paracha Chemot

Judaïsme, Paracha de la semaine - le - par .
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Paracha chemot d'isabelle sfez pour alliance

 

Commentaire de la paracha Chemot – Janvier 2015

A la mémoire de mon grand-père, Maurice Aïousch SFEZ, avec toute mon affection et ma gratitude

« Et voici les noms des enfants d’Israël … » (Chemot I-1)

La paracha Chemot inaugure le second livre de la Torah au titre éponyme. Chemot, communément traduit par « L’Exode », signifie « les Noms », en hébreu. Cette répétition, déjà, illustre l’importance cruciale accordée aux noms par la tradition juive.

Chaque livre de la Torah traite d’une thématique essentielle, elle-même fil conducteur de toutes les parashiot qui y sont contenues.

Le livre de Chemot est consacré à l'exil et à la délivrance du peuple juif, qui n’advient pas lors de la sortie d'Egypte, selon Nahmanide, mais avec la construction du Mishkan* : « Le véritable exil est l'éloignement du peuple de son Créateur, et c'est seulement lorsque les Bné Israël ont construit le Mishkan, que la Présence Divine a résidé parmi eux, qu'ils furent appelés « délivrés ».

Ainsi, après Abraham, après le temps des patriarches, qui fut le temps de la promesse, arrive le temps des fils, le temps de sa réalisation, avec Moise. 

Cette paracha comporte deux parties. D’abord un nouveau pharaon monte sur le trône en Egypte, et promulgue de nouvelles lois particulièrement cruelles envers les hébreux. Puis la naissance, la jeunesse et le début de la vie de Moise, sa rencontre avec D-ieu sur le mont Horeb, et le dévoilement de sa mission. En point d’orgue du récit, l’épisode du buisson ardent. Cette première rencontre entre D-ieu et Moise se fait à partir d'un modeste buisson à l'intérieur duquel brule le feu divin. Symboliquement, dans la Thora, le buisson représente l'humilité, voire la pauvreté. Cela préfigure également le futur d’Israël. Car c’est un peuple plongé dans les ténèbres et réduit en esclavage que Moise fera sortir d’Egypte vers le mont Sinaï pour y recevoir sa Loi éternelle, sa constitution.

« L’Eternel dit : « J’ai vu l’humiliation de Mon peuple qui est en Egypte, j’ai entendu sa plainte contre ses oppresseurs » … » (Chemot III-7)

C’est en exil qu’Israël s’est constitué en tant que peuple. D’une part parce que les égyptiens les traitèrent en tant que tel, les singularisant du reste de la population du pays en les traitant différemment. Mais surtout par leurs propres comportements et mérites, qui peuvent être considérés comme des éléments constitutifs d’une nation, et auxquels ils doivent leur délivrance : l’esprit familial, la création de familles nombreuses, la pureté des mœurs, le maintien de la langue sacrée, la solidarité fraternelle et surtout parce qu’ils ne changèrent pas leurs noms, n’adoptèrent pas de noms égyptiens. C’est cette fidélité à leurs noms d’origine qui contribua grandement à conserver leur identité juive**.

« Ils me diront : quel est Son nom ? » (Chemot III-13)

Cette question posée par Moise à D-ieu est à peine incongrue, à une époque et dans un pays où régnait l’idolâtrie. Et la réponse de D-ieu fut « Je suis qui Je suis », ce qui de prime abord parait discutable en matière de traduction, puisqu’en hébreu, le verbe être au présent n’existe pas. Dans l’un de ses cours, Marc-Alain Ouaknine, s’inspirant d’un commentaire de Rachi, envisage que D-ieu répondit à Moise « Je serai qui Je serai »***. Ainsi, l’Homme créé à l’image de D-ieu devra aussi être « je serai ce que je serai », ce qui implique pour lui un futur, une projection dans l’avenir. Le peuple d’Israël, au temps de la réalisation de la promesse divine, s’inscrit alors dans la dynamique d’un futur, d’un mouvement vers son destin.

La réponse de D-ieu est interprétée ainsi par Maimonide : « L’Etre qui est L’Etre, c’est-à-dire L’Etre nécessaire »**** de ce qu’Il entend être pour nous autres, mortels. « Je serai celui que Je veux être ». Il existe parce qu’Il existe. Ainsi, D-ieu énonce la qualité qui distingue Son Etre de n'importe quelle autre existence et substance.
« Je suis celui qui, disposant de Moi-même dans une liberté absolue, forme l'avenir. Je suis l'avenir et ma volonté seule déterminera le cours du monde. Je ne suis pas seulement cause et origine, mais aussi but et destinée ». La liberté de l'homme est conditionnée, dans sa relativité, par la liberté absolue de D-ieu.

Chemot, les noms … En hébreu, les mots chem (nom) et cham (là-bas) ont la même racine. Selon le Sforno***** , « Avoir un nom implique un rapport entre un ici et un là-bas ». Les hébreux conservèrent leurs noms, par fidélité à leurs ancêtres afin de pouvoir endurer l’amertume de leur exil en Egypte, et plus, afin de se projeter dans un avenir, dans l’espoir de la réalisation de la promesse faite par D-ieu à Abraham. C’est cette distance dans le temps et l’espace qu’ils vont parcourir, guidés par Moise, entre leur ici d’esclavage vers leur là-bas qu’est la qu’est la terre promise, dans le livre de Chemot.

 

* Préface du commentaire du Ramban - Nahmanide sur le livre de Chemot

** Midrach Raba chapitre 1

***http://www.akadem.org/sommaire/paracha/5773/paracha/chemot-le-mouvement-perpetuel-13-12-2012-49054_4449.php

**** Guide des égarés (I – 57/63)

***** Rabbi Ovadia Ben Jacob Sforno – Italie 1470-1550

 Isabelle Sfez 

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