Décès de Papon: avocats et parties civiles refont le procès, la classe politique est plus discrète

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Décès de Papon: avocats et parties civiles refont le procès, la classe politique est plus discrète

PARIS ,le 20/02/07 - Au lendemain du décès de Maurice Papon, mort samedi à l'âge de 96 ans, les principales réactions sont venues des avocats et parties civiles de son procès, comme un écho des débats devant la cour d'assises de la Gironde qui l'avait condamné en 1998 et de la polémique sur sa libération intervenue en 2002.

L'ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde, condamné le 2 avril 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'Humanité pour son rôle dans la déportation de juifs, est mort samedi après-midi à l'âge de 96 ans dans une clinique de Seine-et-Marne. Il avait été hospitalisé la semaine dernière, à la suite d'un malaise cardiaque, et avait subi une intervention sur son pacemaker.

Maurice Papon n'avait jamais accepté sa condamnation. En juin 2004, la Cour de cassation avait rejeté son pourvoi, rendant définitive sa condamnation. Depuis sa sortie de prison en septembre 2002 pour raisons de santé, il vivait dans sa maison natale de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne).

"Maurice Papon s'est battu jusqu'au bout. Il est mort en homme libre", a déclaré sur France-Info son avocat, Me Francis Vuillemin, rappelant que la Cour européenne des droits de l'Homme avait condamné la France en juillet 2002 "pour n'avoir pas respecté les règles du procès équitable". Il a affirmé qu'il veillerait "personnellement" à ce qu'il soit inhumé avec sa Légion d'honneur.

Pour l'avocat Arno Klarsfeld, qui représentait l'Association des fils et filles de déportés juifs de France lors du procès, "sa mort est anecdotique". "Ce qui comptait, c'était sa condamnation", a-t-il expliqué sur France-Info. Les jurés avaient "compris ce qu'était sa responsabilité" et ont "refusé à la fois la thèse qui était proposée par la défense, c'est-à-dire l'acquittement, et la thèse qui était défendue par les autres avocats des parties civiles, c'est-à-dire une condamnation à perpétuité qui ne tenait pas compte de ses responsabilités", a estimé l'avocat.

Reste que beaucoup de parties civiles n'ont toujours pas digéré la sortie de prison de Maurice Papon, pour raisons de santé, après trois ans derrière les barreaux, en septembre 2002. "Nous nous sommes battus (...) pour qu'il paie. Il a payé. Malheureusement, il n'est resté que trois ans en prison, dans une prison dorée, il faut le remarquer", avait souligné samedi soir sur LCI Michel Slitinsky, porte-parole des victimes de l'ancien haut fonctionnaire, qui avait été à l'origine des poursuites engagées contre Maurice Papon.

Côté politique, les réactions spontanées ont été peu nombreuses. Le Premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande a observé sur France-Inter que Maurice Papon était mort "vieux et libre", "mais sans honneur et sans dignité". "C'est le symbole de ce que fut la collaboration de l'Etat français qui disparaît aujourd'hui avec Maurice Papon, un Etat français qui fut hélas, avec de nombreux fonctionnaires, responsable de la déportation de milliers de juifs dans les camps d'extermination", a-t-il souligné.

L'ancien ministre "n'est pas la France", a pour sa part lancé le président du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de Villiers. "L'occasion d'évoquer le mauvais souvenir de gens comme Papon ou François Mitterrand qui ont fait des mauvais choix pendant la guerre, qui se sont trompés de vision parce que la France était occupée, ne doit pas salir le visage de la France".

Le chef du groupe UMP à l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a estimé sur le forum Radio-J qu'il était "surtout important" que l'homme "ait pu être retrouvé dans ses responsabilités, condamné par la justice, et que le chef de l'Etat ait su reconnaître cette période terrible où la France a commis l'irréparable". Il a plaidé pour que le pays se "tourne vers l'avenir avec une vigilance qui ne doit (pas) se relâcher".

Arlette Laguiller dressait de son côté un parallèle avec l'ancienne membre d'Action directe Nathalie Ménigon, incarcérée malgré une hémiplégie partielle à la suite d'accidents vasculaires cérébraux. "Tout cela, c'est non seulement deux poids deux mesures, mais cela montre aussi une grande indulgence de nos dirigeants envers ceux qu'ils appellent les loyaux serviteurs de l'Etat, avec, par contre, une haine éternelle et infinie envers ceux qui ont eu le tort de s'opposer à l'Etat", ajoute-t-elle.

Dans un communiqué, le candidat à l'élection présidentielle José Bové affirme de son côté que Maurice Papon "illustre les dérives d'une République toujours trop faible quand il s'agit de combattre l'antisémitisme et le racisme".

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