Iran - Le ton monte et les bruits de bottes se font plus pressants : Deuxième partie

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Deuxième partie : Iran : Le temps des alliances et des décisions stratégiques
(Suite de l’Iran : Le point de non retour est désormais atteint)

Pr Hagay Sobol

Que va-t-il se passer maintenant que l’on a la preuve formelle de la nature militaire du programme nucléaire persan ?

Tout d’abord, le Conseil des gouverneurs de l'AIEA regroupant les 35 pays membres devra décider d’une possible saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU. La Russie et la Chine ne cautionneront jamais une intervention armée et sont opposés à des sanctions supplémentaires, dont la nature et l’amplitude reste par ailleurs discutées. Si la Grande Bretagne et la France sont favorables, pour le Président Barak Obama, il n’est pas question pour le moment d’envisager de sanctions « paralysantes ». Cela pourrait avoir, selon le pensionnaire de la Maison Blanche, des répercutions imprévisibles sur l’économie mondiale. Position que ne partagent pas les monarchies pétrolières. Leur renversement par un Iran nucléaire menacerait de manière durable l’approvisionnement mondial et les cours du brut.

Quant à Israël, après une communication tout azimut et parfois discordante, c’est désormais le silence. « Nous étudions le rapport », se contentent de dire les officiels et Benjamin Netanyahou a donné pour instruction à ses ministres de refuser toute interview. Un silence qui en dit bien plus que tous les discours. C’est maintenant que les alliances vont se forger et les décisions stratégiques se prendre.

Que peut-il sortir de tout cela ? On peut considérer la page diplomatique comme tournée car aucune sanction n’arrêtera l’Iran dans sa course folle. Il ne reste malheureusement plus que deux solutions : soit capituler et accepter un Iran nucléaire totalement incontrôlable dont les ambitions seront dopées, soit réduire drastiquement la capacité de nuisance Perse par la force.

Si c’est l’option militaire qui est choisie, plusieurs scénarios sont envisageables dépendant de la constitution ou non d’une coalition et de la participation éventuelle des USA. On peut en outre s’interroger sur la portée des attaques : soit des frappes ciblées sur les sites nucléaires connus que l’on sait dispersées, dont certaines sont dans des zones densément peuplées, et défendues par des systèmes radars russes. Soit l’on accepte des « dégâts collatéraux » plus ou moins étendus aux infrastructures pétrolières qui ne manqueront pas d’affaiblir durablement l’Iran, pouvant également avoir pour conséquence de donner une impulsion à des soulèvements régionaux hostiles au régime de Téhéran.

Mais dans tous les cas, c’est vers Israël que les regards vont se tourner puisque c’est de sa survie dont il s’agit. Ayant une solide expérience militaire, c’est en référence aux différents conflits dans lesquels ce pays a été impliqué qu’il convient d’analyser la situation.

Première possibilité : l’Etat Hébreu est contraint d’agir seul sans prévenir à l’avance qui que se soit. C’est à un combiné de la « guerre des 6 jours » et à l’attaque d’Osirak que l’on pense en tout premier lieu. Mais l’Iran n’est pas l’Irak. Une telle opération ne pourrait pas échapper bien longtemps à l’œil vigilent des USA et demande au minimum des plateformes opérationnelles rapprochées de la cible telle que de la base aérienne de Decimomannu en Sardaigne, comme le rapporte la MeNA et des « couloirs aériens sécurisés ». Ensuite, il faudra gérer les conséquences diplomatiques, et ce d’autant plus que l’Iran dispose de missiles intercontinentaux dont elle pourrait bien se servir et qui visent l’Europe et non Israël.

Deuxième possibilité : Israël a les mains liées par les USA l’empêchant d’agir préventivement malgré une attaque imminente comme cela s’est produit lors de la « guerre du Kippour », ou parce qu’une coalition s’est constituée et à laquelle l’Etat Hébreu n’est pas convié en référence à la première « guerre du Golf ». Il s’agit de scénarios catastrophes conférant à l’Iran la maîtrise de l’agenda.

Troisième possibilité : constitution d’une large coalition avec à sa tête les USA. Un tel scénario pose le problème d’une confrontation directe avec les Russes et la Chine. Un luxe que le monde en pleine crise économique ne peut se permettre.

Quatrième possibilité : une coalition de taille variable sans les USA, comparable à ce que l’on a connu durant la « campagne de Suez », mais bénéficiant de « nombreuses complicités », et qui une fois « ce qui est nécessaire » accompli se verra signifier par un coup de sifflet retentissant au Conseil de Sécurité le « mécontentement » des USA, de la Chine, et de la Russie. Il est probable également que fort opportunément l’on ressorte des cartons le « Plan Saoudien » avec quelques aménagements afin de résoudre dans la foulée le conflit israélo-palestinien. Cette option présente de nombreux avantages et semble la plus probable.

Enfin, on ne peut exclure, une volte face de dernière minute de la république islamique en péril. Les dirigeants religieux se saisiraient de l’occasion pour se débarrasser de l’encombrant Premier Ministre Mahmoud Ahmadinejad avec lequel ils sont en conflit et opéreraient un changement de stratégie radical pour protéger leur régime. Mais pour que cette solution soit acceptable il faudrait que les Mollahs réduisent leurs ambitions hégémoniques et qu’ils renoncent à leur programme nucléaire militaire sous la supervision de l’AIEA.

En définitive tout va dépendre de la position américaine, alors qu’Obama est au plus bas dans les sondages et en pleine campagne pour sa réélection. Va-t-il faire montre de fermeté et replacer les USA en tant que leader du monde libre défendant les valeurs de la démocratie, ou remettre à plus tard les lourdes menaces qui pèsent sur la planète ?

Cela me rappelle ce que me disait un des mes Maîtres quand j’étais interne en médecine : « Les grands problèmes ont d’abord été des petits que l’on n’a pas traité quand il était encore temps. ». Cette constatation valable pour la santé d’un individu peut également s’appliquer quand il s’agit du monde tout entier.

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