Expo : : "le sport européen à l'épreuve du nazisme"

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sportnazis.jpgArticle paru dans "Vousnousils"

Le Mémorial de la Shoah à Paris pré­sente à par­tir d'aujourd'hui, jusqu'au 18 mars pro­chain, une pas­sion­nante expo­si­tion inti­tu­lée "Le sport euro­péen à l'épreuve du nazisme", réa­li­sée avec le centre d'histoire de Sciences Po. L'exposition, qui couvre la période des J.O de Berlin aux J.O de Londres (1936–1948), montre com­ment le sport peut être tota­le­ment dévoyé dans un régime tota­li­taire, et faire des cham­pions "non aryens" des vic­times de la barbarie.

L'exposition s'ouvre sur les Jeux Olympiques de Berlin, véri­table mani­fes­ta­tion de pro­pa­gande pour Hitler et démons­tra­tion de force nazie, mar­quée par la construc­tion d'équipements olym­piques gigan­tesques et ultra-modernes, sans oublier tous les mil­liers de pos­ters et bro­chures dif­fu­sés par le Reich à tra­vers le monde pour van­ter son orga­ni­sa­tion des Jeux. Les com­pro­mis­sions du Comité International Olympique (CIO), sans qui ces jeux n'auraient pas été pos­sibles, sont égale­ment évoquées.

Cet appa­rat masque mal le racisme qui a impré­gné les Jeux de 1936, qui ont failli être boy­cot­tés suite à un appel lancé aux Etats-Unis contre la volonté des nazis d'exclure les ath­lètes juifs des J.O. Les ath­lètes juifs seront réin­té­grés au der­nier moment, mais ne béné­fi­cie­ront pas des mêmes condi­tions d'entraînement que les autres.
Le sport dévoyé

Hitler au cours de ces Jeux par ailleurs ne féli­cita que les médaillés alle­mands, pour ne pas avoir à féli­ci­ter les cham­pions "non aryens" tel le légen­daire Jesse Owens. L'amitié que Luz Long, son rival alle­mand, qui aura la médaille d'argent à Berlin, entre­tient avec lui, coû­tera cher à ce der­nier. Il sera envoyé au front. L'exposition montre une lettre ori­gi­nale qu'il adres­sera à Jesse Owens, en lui deman­dant de prendre soin de son fils, après la guerre.

L'exposition montre très bien par la suite que le sport fut uti­lisé en Allemagne, mais aussi dans l'Italie de Mussolini et sous Vichy pour construire l'homme fort et mus­clé, emblé­ma­tique de l'idéal aryen.

L'éducation phy­sique à l'école et dans les mou­ve­ments de jeu­nesse est ainsi par­ti­cu­liè­re­ment intense et glo­ri­fiée, comme on peut le voir au tra­vers de très nom­breuses affiches d'époque.
Alfred Nakache, cham­pion de nata­tion déporté

Le sport, dont la pra­tique est auto­ri­sée dans un pre­mier temps dans les camps de concen­tra­tion et les ghet­tos va rapi­de­ment être dévoyé pour deve­nir un sup­plice dans les camps de la mort. Les pri­son­niers seront par exemple obli­gés de faire des mou­ve­ments de gym­nas­tique jusqu'à épui­se­ment. Les grands cham­pions de l'époque ne seront pas épar­gnés : l'exemple emblé­ma­tique est celui du cham­pion de nata­tion fran­çais Alfred Nakache. Il sera déporté à Auschwitz, avec sa femme et sa fille –dont il appren­dra à sa libé­ra­tion qu'elles ont été assassinées-où il sur­vi­vra en conti­nuant à nager à l'insu des gar­diens de camp dans un fleuve. Si le sport l'aidera à s'en sor­tir, il sera aussi pour lui source de tor­ture : les gar­diens de camp l'obligeaient à nager dans des citernes d'eau glacée.

Il aura néan­moins le cou­rage de par­ti­ci­per aux Jeux Olympiques de Londres en 1948. C'est sur ces Jeux, mar­quant la vic­toire sur la bar­ba­rie et le retour à la liberté, que se ter­mine l'exposition.

Parallèlement à l'exposition, de nom­breux événe­ments seront orga­ni­sés, en par­ti­cu­lier une ren­contre avec le frère d'Alfred Nakache le jeudi 1er décembre, et une ren­contre avec Noah Klieger, boxeur juif déporté à Auschwitz, le dimanche 4 décembre.

Le Mémorial de la Shoah a égale­ment mis en ligne un site à voca­tion péda­go­gique pré­sen­tant l'exposition. Elle est l'occasion, pour les ensei­gnants et leurs élèves, mais aussi pour le grand public, de réflé­chir à un pan de l'histoire par­fois un peu oublié : le sort des spor­tifs et des cham­pions juifs durant la période nazie, et plus géné­ra­le­ment l'utilisation déna­tu­rée du sport à des fins de pro­pa­gande par les régimes totalitaires.

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