Interview exclusive de Malka Kafka psychologue, proprietaire de deux bistros Tel-Aviv et Jaffaen Pologne

Femmes de paroles - le - par .
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Malkaok.jpgMalka Kafka, psychologue, propriétaire de deux bistros Tel-Aviv et Jaffa. Elle s’emploie à faire connaitre l’alimentation casher, donne des conférences, organise des ateliers. Son émission télé ,"Casher Masher" jouit d’une grande popularité

Tu portes des couleurs vives, hier une jupe amarante, aujourd’hui un turban... Tu ne passes pas inaperçue dans les rues de Varsovie.

Déjà à l’enfance j’étais non-conformiste ce qui se traduisait par mes habits. Ma tenue préférée se composait d’une longue robe bariolée, par dessus je mettais  une fourrure de lapin confectionnée par mon grand-père. Je n’avais rien d’une enfant sage. Je grimpais aux arbres, je me battais avec les garçons qui voulaient faire du mal à un chat ou à un autre enfant. Ca n’a pas change –  je reste une battante. A l’école mon style ne plaisait pas aux professeurs ; il faut dire qu’il m’est arrivé de me teindre les cheveux en vert ! La mode tient pour moi d’un jeu. Dans mes choix vestimentaires, je me laisse guider par l’instinct et par mes besoins énergétiques. Aujourd’hui par exemple je porte du noir car je vais donner une conférence sur le casher et cette couleur aide les gens à se concentrer sur le message.

Tu as toujours été fidèle au style fantaisiste ?
J’ai traversé aussi une période businesswoman. Diplomée de psychologie, j’ai travaillé dans la Malkaok2.jpgpromotion et dans le consulting pour plusieures sociétés, j’ai aussi monté ma propre société. J’évoluais dans le monde de yuppie, parmi les gens férus de carrière et d’argent, et pendant un moment ce monde m’en imposait. Puis je me suis aperçue qu’il ne valait pas grand choses. Je rencontrais des milliers de personnes qui ne parlaient jamais de rien d’important  Leurs vêtements – nos vêtements – ressembaient  au déguisement. Pour en finir j’ai distribué les miens aux copines. De toute manière je ne suis pas très attachée aux objets. Je n’ai pas beaucoup de photos ni de souvenirs.

Et ensuite…
Il m’est arrivée aussi de m’habiller dans le style proche des femmes Hassidim. La tête toujours couverte, je portais les robes au-dessous du genoux. De cette époque date mon faible pour les turbans. Les habits modestes, conformes aux règles orthodoxes, étaient devenus pour moi importants au début de mon engagement dans le monde du judaïsme. Ensuite j’ai mûri. Ayant assimilé les attributs extérieurs, j’ai pu me concentrer sur leur signification profonde. J’ai me suis mise à étudier les mystiques juifs. Plus j’en savais, plus je devenais libérale. Beaucoup de prescriptions ont une importance sociale, mais n’apportent rien au développement spirituel de l’homme, ne le rendent pas meilleur. A nous concentrer trop sur l’extérieur, nous risquons de négliger l’essence, d’oublier de regarder autour de nous.  Avec le temps, je suis redevenue aussi ouverte qu’auparavant.

Tu as appris tes origines juives sur le tard, n’est-pas?

Quand j’avais 20 ans. Mes grands-parents paternels étaient juifs. Mon grand-père a survécu à Auschwitz car on l’avait déplacé dans un autre camp. Il était de nature silencieuse, parlait peu et jamais de la guerre. Je ne savais rien sur son passé, je n’ai jamais vu les numéros tatoués sur son bras. J’ai appris la vérité par hasard. Après sa mort quand je mettais de l’ordre dans son appartement, je suis tombée sur les documents sur les origines juives de mes grands-parents et le passage de mon grand-père par Auschwitz. Je n’en revenais pas. Avant tout parce que j’ignorais le fait d’une telle gravité. Mais comme à l’âge de 20 ans on est assez insouciant, cette découverte n’a pas eu d’influence sur ma vie.

Malkaok1.jpgCétait un sujet tabou?
Dans la famille la question de nos origines apparaissait entre les mots, sans qu’on y attache de l’importance. Il est vrai aussi que nous n’étions jamais proches de l’église catholique. Ma mère, bien qu’elle soit bâptisée, ne pratiquait pas. A présent elle est par contre très active au sein de la communauté de Poznan. Son père était juif…

Ta mère tout comme toi est juive du côté paternel ?

Oui, nous avons le même type d’ascendance. En outre nous cultivons toutes les deux activement le judaïsme, contrairement aux désirs de nos ancêtres qui avaient choisi l’assimilation. Mais les circonstances sont différentes. Aujourd’hui appartenir à une minorité – être juif, Allemand ou karaïte –  n’a rien de particulier.

A quel moment de ta vie tes origines ont pris de l’importance?

Quand j’ai passé la trentaine, j’ai compris la vacuité de la vie de juppie. Alors les amis venus d’Israël m’ont proposé de les accompagner au shabbat dans la synagogue reformée Beit Varsovie. J’y suis allée et j’y ai trouvé tant de bonne énergie, que je suis restée. J’y ai appris les bases du judaïsme mais à un moment le mouvement réformé a cessé de me suffire. Je voulais m’engager à fond, de tout mon être. J’ai demandé à Michael Schudrich, le grand rabbin, de m’aider à préparer ma conversion pour devenir juive à part entière.  Moins d’un un plus tard je passais mon examen  devant le tribunal rabbinique de Londres venu à Varsovie, l’un des meilleurs car ses décisions sont reconnues partout dans le monde. C’est drôle que l’on puisse avoir une bonne et une moins bonne conversion…

Un grand changement…
Pas vraiment. C’était une formalité, ma vie a pris un tournant bien avant. Le judaïsme m’aide à asseoir mes valeurs. Manger cacher est essentiel, car je crois que ce que je mets dans ma bouche devient une partie de ma personne. Le schabbat me semble incontournable car c’est comme une pause dans le temps. Nécessaire pour accepter que l’homme n’est pas en mesure d’appréhender la perfection de l’univers. Ce jour là privée du contrôle, je respire. Il y a d’autres prescriptions que j’observe car je leur trouve un sens symbolique ou mystique.

Comment ton père a pris ta conversion?

Il n’est pas très bavard , tout comme mon grand-père. Mais il a dit quand même :  „Maintenant je n’ai plus rien à cacher”.  Il m’aide à gérer mes bistros, on passe ensemble toutes les fêtes juives. Il n’est pas personnelement très engagé dans le judaïsme. Capitaine de bâteau, il a passé sa vie en mer à naviguer, c’est peut-être pour cela qu’il n’a pas de milieu à lui. Mon monde, celui que j’ai créé,  est devenu tout naturellement le sien.

Et ta mère?
Elle et sa soeur s’intéressaient au judaïsme depuis longtemps. A la maison elles chantaient hava nagila et allumaient les bougies le jour du shabbat mais ne participaient pas à la vie communautaire. Ma décision de passer la conversion leur a en un sens tracé la voie. A présent ma mère fréquente régulièrement la synagogue, s’occupe d’une page internet sur le judaïsme.

Toi, la plus jeune, tu as tracé la voie à tes ainés…

En Pologne ça arrive très souvent. Ce sont les jeunes qui posent des questions, cherchent ses racines. Après, ils invitent leurs parents dans la synagogue. Nos ainés se considéraient comme des Polonais. Qu’est-ce que celà veut dire au juste?  Avant la guerre un habitant sur dix était juif, en plus il y avait des Russes, Ukrainiens, Allemands… Et encore avant le pays a connu des invasions tatares. Tout cela a conduit au vrai brassage des peuples. Entendre parler de „Polonais de souche” me fait rire.

D’où vient l’idée d’ouvrir un bistro ?
Mon mari est Israélien, pendant longtemps il dirigeait la section hebraïque à la radio polonaise. C’est lui qui m’avait conseillé de m’installer à mon compte et comme il avait dans la tête l’idée que les Israéliens vivants à l’étranger réussissent dans la restauration, il m’avait suggéré de faire pareil. Alors j’ai pensé à un endroit où on pourrait prendre un café, casser la croûte, déjeuner, boire – le tout casher. A Varsovie il y a d’autres restaurants juifs. Le mien n’est pas seulement le seul casher, il est aussi le seul israélien.

Restaurant juif… restaurant israélien… Quelle différence?

En Pologne le restaurant juif offre nécessairement la cuisine traditionnelle ashkenaze.  Chez moi tu manges le houmous et le falafel.  Ce n’est pas par hasard que l’endroit se nomme Tel-Aviv, à l’exemple de la ville il est multiculturel, tolérant et ouvert.  La musique a des consonances arabes, on s’y sent à l’aise. Je voulais montrer que la judaïté, qu’en Pologne on associe à l’image d’un juif avec barbe et papillotes, a un côté vivant, coloré, qu’elle est chouette. Tel Aviv n’existe que depuis un an, il n’est pas encore rentable, mais il y a tant de choses qui s’y sont passées. Nous avons organisé les ateliers intitulés  „Le complot juif à toutes les sauces” pendant lesquels ma copine musulmane préparait la nourriture pour le ramadan, un Iranien confectionnait les spécialités perses, on goûtait aux plats indiens et paléstiniens. C’est ici que s’est constitué le groupe „Tel Aviv” qui lutte pour  la légalisation des mariages homosexuels. Ce n’est qu’un début. Un bistro vient de s’ouvrir en face. Il se nomme Beyrouth. On est complémentaire  et on va le prouver.

wiszniewska irena

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