Procès Fofana: suite des expertises psy

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Article d'Elsa Vigoureux paru dans "Le Nouvel Observateur"

Youssouf Fofana a refusé d'assister à l'audience ce jeudi. La présidente Nadia Ajjan a poursuivi l'audience en son absence. Suite des expertises...

Sabrina F. est née en 1978, d'une mère comptable, d'un père tenant un magasin de sport. Elle est fille unique et grandit à Bagneux. Sabrina F. parle d'elle au masculin, elle n'a jamais eu de « relation privée », mais beaucoup d'amis hommes.  
Sabrina F. a été interpellée avec Franco L. dans le cadre d'une tentative d'enlèvement sur Zouhair W., le 15 octobre 2005. En garde-à-vue, elle évoque une « expédition punitive » ce soir-là. Quelques mois plus tard, après la mort d'Ilan Halimi, certaines personnes mises en examen la citent : Sabrina F. aurait participé à des tentatives d'enlèvements, ou des enlèvements. Pour l'expert psychiatre Nielle Puig, « la banalisation de sa participation est extrême, les explications très succinctes par rapport à sa relation avec Youssouf Fofana ». De lui, elle dit « il n'a jamais été désagréable avec moi ». Pour les autres, « on a dit des trucs pas vrai, je ne connaissais que trois ou quatre personnes » : Franco L., Samir A.A, et Fofana.
Sabrina F. s'attend à une lourde peine à son encontre. Mais : « Ca ne me gêne pas ce que l'on pense, car je ne suis pas comme cela. »

Franco L. est né en 1978 d'un père qu'il dit ne pas connaître, et d'une mère sans profession. Il a vécu jusqu'à l'âge de six ans chez sa grand-mère maternelle à l'Ile Maurice. Lorsqu'il était au collège à Bagneux, il s'est converti à l'Islam. Devant l'expert Muriel Fischman-Mathis, il confie ne pas avoir d'amis juifs, mais affirme n'avoir « aucune haine contre les juifs ». Il lui précise aussi qu'il n'a « rien à voir avec les faits concernant Ilan Halimi ». Au sujet de la tentative d'enlèvement à laquelle il a participé concernant Zouhair W., il explique qu'il ne connaissait même pas le nom de la victime. Il a simplement souhaité rendre service à Youssouf Fofana, qu'il connaît depuis l'adolescence, mais dont il se souvient qu'il a changé après sa première incarcération.
Franco L. voudrait sortir vite de prison. Il dit à l'experte : « Mais ils ont besoin de faire des enquêtes pour démontrer que je ne suis pas dans cette affaire Halimi. » Pendant la séquestration du jeune homme, Franco L. travaillait dans un magasin de vêtements, où il se rendait chaque jour en RER. Il n'allait as à la cité de la Pierre Plate, où se sont déroulés les faits. Il ajoute : « On n'a pas le droit d'enlever la vie, à qui que ce soit. Quand je dis nous, nous c'est nous les êtres humains... » Franco L. a participé à la marche en mémoire d'Ilan Halimi.
L'experte conclut : « Franco L. ne présente pas un état dangereux au plan psychiatrique pour la sécurité publique ».

Née en 1986 à Saint-Brieuc, Tifenn G. a été élevée par sa mère qui deviendra aide-soignante. Son père, un marin-pêcheur, ne l'a pas reconnue et ne vivait pas avec elle. Elle rejoint sa mère à Bagneux à l'âge de 14 ans. Dès l'âge de 12 ans, Tifenn G. des relations difficiles avec sa mère, fugue, fume du schitt, boit des bières.
Tifenn G. est soupçonnée d'avoir fait office de « rabatteuse » pour le compte de Youssouf Fofana. C'est elle qui lui présente deux filles pour servir d'appât, et qui lui souffle le nom d'un camarade d'école, qui sera victime 'une tentative d'enlèvement, Zouhair W. Dont Yalda, avec qui elle partageait une chambre en internat, et qui a amené Ian Halimi à ses ravisseurs. Elle dit d'ailleurs : « C'est ma faute, si elle est dans l'affaire ». Elle reconnaît avoir eu connaissance du projet de séquestration d'Ilan Halimi, puisque Youssouf Fofana lui a dit l'avoir « relâché le 13 février ». Elle a appris sa mort sous torture à la télévision. Elle dit n'avoir jamais vu le jeune homme séquestré. Fin février 2006, depuis la Côte d'Ivoire, Fofana lui a téléphonée. Elle l'a dit à sa mère, qui en a informé la police et Tifenn G. a été placée en garde à vue.
Elle évoque Youssouf Fofana en le nommant par son prénom. Selon l'experte psychiatre, Nielle Puig « Fofana apparaît même comme une figure protectrice (...) Il est pour elle une figure masculine fascinante même si elle s'en défend ». Tifenn le dit : « Fofana ne voulait pas qu'on sache que j'étais dans l'histoire, il ne voulait pas qu'on me voit ». Elle savait qu'il utilisait des filles pour enlever des personnes, mais aurait promis « qu'il n'y aurait aps de violence, qu'il ne les garderait pas plus de deux jours ». Quand le médecin psychiatre lui demande si ce genre de choses ne la dérangeaient pas, elle répond « c'est sa vie à lui ».
Selon la psychiatre, « on relève des traits de personnalité où l'absence d'empathie, l'alternance de mouvements auto et hétéro-agressifs associés à un manque d'intériorisation des limites risquent de se fixer sur un mode pathologique ». Enfin, Tifenne G. « ne présente pas un état dangereux pour la sécurité publique ».

Christophe M. est né en 1983. Il est élevé par sa mère et un homme, chauffeur de taxi, dont il apprendra vers l'âge de 6 ans qu'il n'est pas son père. De son vrai père, il ne sait rien, si ce n'est qu'il vit en Martinique, et qu'il a des enfants.  
Il aurait participé à plusieurs tentatives d'enlèvements. Le 20 janvier 2006, c'est lui qui aurait déposé Yalda au rendez-vous avec Ilan Halimi avant le rapt. C'est lui qui, ensuite, l'aurait prise en charge.
Selon l'experte Nielle Puig, Christophe M. a « beaucoup de mal à parler des motifs de mise en examen, il dit qu'il sait qu'il n'a pas fait grand chose et que cela devrait changer. Il assure que les médias ont déformé les faits, que sa mère a gardé tous les articles du Parisien où on le présentait comme le bras droit de Fofana.
Cristophe M. insiste « sur le fait que lui n'était pas au courant des enlèvements, qu'il ne posait pas de questions, se contentant de rendre mes services qu'on lui demandait, veillant à ce qu'on pense qu'il s'agit d'un groupe de copains ou de connaissances et non d'une bande ». A aucun moment, Christophe M. n'est critique à l'égard de Youssouf Fofana. Il précise même qu'il avait sa confiance et refuse l'idée que Youssouf Fofana ait la moindre emprise sur lui.
Il explique à la psychiatre qu'il a été remué par les accusations de viol d'Alexandra S. à son encontre, même si la police lui avait dit qu'il n'y aurait pas de suite, cette dernière s'étant rétractée. Il prétend que cet épisode a perturbé sa relation avec Yalda, qui lui avait justement parlé des violences sexuelles qu'elle avait subies. Il a dit que c'était horrible, qu'il ne ferait « jamais une chose pareille, étant donné les conséquences pour les personnes ». Il considère même que « c'est bien plus grave qu'une séquestration ».
Au début de son incarcération Christophe M. a été placé à l'isolement pendant un mois et demi. Après son arrivée à la Santé, il a été privé des visites de sa mère pendant un moment, parce que les gardiens avaient trouvé sur elle du crack.
Pour l'experte, « à distance des événements, on ne retrouve pas d'éléments en faveur d'une dangerosité potentielle pour autrui ».

Jean-Christophe G. est né en 1989, d'un père guadeloupéen (« Il était violent quand j'étais petit ») et d'une mère marocaine qui travaille comme gouvernante dans un hôtel à Paris.
Le soir de l'enlèvement d'Ilan Halimi, il attendait dans l'appartement de la rue Prokofiev : « Yahia tenait les portes de l'ascenseur... Quand ils sont arrivés en voiture, ils l'ont fait monté, ils sont repartis tout de suite. Il était scotché sur les yeux, la bouche et les pieds. Il avait des menottes en fer, il les a toujours gardées, Fofana avait les clefs (...) Dans l'appartement il était bien, il n'était pas tapé ». Et Jean-Christophe G. précise : « Je lui ai mis quelques tartes quand il faisait du bruit, il y avait des gens à côté dans l'appartement. » Il indique qu'il ne parlait pas avec Ilan Halimi.
A propos de Youssouf Fofana, Jean-Christophe G. le présente comme « un grand », inaccessible, auquel il se soumettait.
Le docteur psychiatre Muriel Fischman-Mathis précise dans son rapport que Jean-Christophe G. « ne dit rien spontanément. Il répond seulement aux questions. Mais au plan de l'histoire et d'une explication voire d'une justification, il ne dit absolument rien ». L'experte ajoute : « Il ne semble pas être capable de communiquer ses émotions et donc d'une certaine façon incapable de recevoir celles des autres ». Jean-Christophe G. est dans une position de « déni partiel », il n'a « jamais de propos de dévalorisation de la victime. Il ne fait état d'aucune haine du juif. C'est la passivité qui domine ». Selon le médecin, le jeune homme comprend très bien de quoi il est accusé. Il dit regretter la mort d'Ilan Halimi, qu'il voudrait demander pardon.
Enfin, Jean-Christophe G. « ne présente pas un état dangereux au plan psychiatrique pour la sécurité publique ».

Gilles S. est né en 1967. Il a été élevé jusqu’à l’âge de huit par ses grands parents paternels avec son frère. Il n’a jamais connu sa mère. Il a peu souvent vu son père. A l’âge de 8 ans, il est placé dans un foyer, où, quelques années plus tard, il aurait tenté de se suicider suite à une agression physique et sexuelle par des « grands ». Ce qui subsiste de cette enfance, selon l’expert, est un « vécu de détresse extrême ». A l’âge de 17 ans, il part à l’armée. Six mois plus tard, il est réformé P4 après une tentative de suicide. Il rencontre sa première femme à l’âge de 15 ans, se marie en 1989, a son premier enfant, divorce en 2000. Il rencontre sa deuxième femme en 2005, avec qui il a une deuxième fille, et qui aujourd’hui ne travaille plus, elle est atteinte de la tuberculose.
Gilles S. a prêté les clefs d’un appartement vide de la rue Prokofiev à Samir A.A qui voulait « y garder un homme qui lui doit de l’argent », pour une semaine. A cause de travaux de rénovation qui devaient avoir lieu dans l’appartement, Gilles S. a donné ensuite les clefs d’un local technique dans la même rue, où Ilan Halimi a été transféré.
Gilles S. raconte à l’expert qu'au début de sa prise de fonction, il trouvait tous les jours les jeunes dans le hall en rentrant dans son appartement. Et quand il tentait de leur faire une remarque, ils lui répondaient «tu es tout seul, on est 15 ». En plus ils avaient les chiens, assure Gilles S. Il avait peur, surtout lorsqu'il était avec « sa femme et la petite ».

A propos de Samir A.A, il explique qu’il cherchait à avoir de bonnes relations, ce qui lui assurait une certaine protection par rapport au groupe des jeunes : « pour une fois que quelqu'un était bien avec moi ».
Gilles S. avait peur : «Quand il y a eu l'histoire ... je devais rien dire». Samir lui aurait dit plusieurs fois «pense à ta famille ... à la petite ». Selon l’expert psychiatre, « Gilles S. considère toujours qu'il était impossible de refuser et qu'il ne pouvait appeler la police
en raison des risques de représailles de la part des jeunes ».
Lors de l’examen qui se tient trois mois et demi après les faits, Gilles S. dit aussi «qu'il n'arrête pas de penser à la maman du jeune » Ilan Halimi. Il est resté en larmes pendant tout l’entretien.
Bien qu'il ait aujourd’hui le sentiment d'une très grande solidarité familiale, il est convaincu
d'être une charge et une cause de difficultés supplémentaires pour eux. Gilles S. pense que «se supprimer serait le mieux ».
L’expert psychiatre note enfin : « A distance des événements, on ne retrouve pas d’éléments en faveur d’une dangerosité potentielle pour autrui. Il n’y a d’agressivité et de dévalorisation que pour lui-même ».

 

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