Interview exclusive de Jean Reno

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jeanreno.JPGA l'occasion de la sortie tant attendu du film de Roselyne Bosch La Rafle, l'immense acteur Jean Réno (que l'on verra également  dans le prochain film de Richard Berry, l'immortel), nous a accordé une interview exclusive.

Laurent Bartoleschi: Comment le scénario vous est il arrivé entre vos mains? Avez-vous donné votre accord immédiatement?

Jean Réno: Personnellement, je suis très ami avec le producteur Alain Goldman avec qui j'ai fait quatre films. Lorsqu'il m'a parlé de l'idée, je lui ai dit oui tout de suite, parce que cela me semblait évident. Et puis, j'ai voulu le faire aussi pour mes enfants. Il faut dire qu'un rôle tel que celui-ci me donne l’opportunité de participer à un vrai devoir de mémoire; c'est nécessaire de faire des films comme La Rafle. Sur le plan de la mise en scène elle-même, elle sait ce qu’elle veut, elle fait attention aux cadres, elle a des idées bien précises.

L.B: Il y a une très belle distribution, de Gad Elmaleh en passant par Mélanie Laurent, vous-même, mais les vrais acteurs du film sont les enfants. Comment cela se passe de tourner avec des enfants?

J.R: Il est clair que ce sont eux les héros (s'il on peut dire). Ils font preuve de courage surtout le petit Hugo Leverdez qui joue le rôle de Joseph Weizmann. Il est toujours difficile de tourner avec des enfants; personnellement, j'ai déjà tourné dans un orphelinat au Mexique (L'homme au masque d'or en1990, NDLR). Un enfant, c'est un mélange de douceur, d'espièglerie et de fermeté, parce qu'au fond ce qu'il attend, c'est de la "douce autorité". Le cinéma est un métier, il y a des besoins techniques, avec ces mouvements de caméras, ces essais, il y a  beaucoup de monde autour d'une prise, etc. Tout ceci est très gênant pour les petits, puisqu'ils se fatiguent plus vite. Il faut les aider. Roselyne Bosch a réussi avec brio à organiser tout ce petit monde pendant plus larafle.jpgde trois mois puis ils sont retournés à l'école.

L.B: Cette partie sombre de l'Histoire de France vous était familière?

J.R: Honnêtement, je connaissais une grande partie de l'histoire, mais pas dans le détail. Maintenant, si vous voulez un film c'est comme un puzzle, que ce soit pour un genre historique, un drame ou autre, c'est un art de groupe. Si le cameraman n'est pas au top, la scène est foutue, même si vous êtes Gabin, ou Lawrence Olivier. Vous avez beau faire toute la préparation du monde, le dernier juge, sera votre cœur. Il fera beaucoup de travail. Le cinéma est un métier émotionnel avant tout. Roselyne Bosch m'a laissé la liberté de faire le docteur; c'est le mieux, car c'est là où vous allez être honnête. Physiquement, je ne suis pas l'autre docteur non plus, donc je ne pourrais qu'être déçu de moi-même, tout comme le rôle de Mélanie Laurent d'ailleurs. C'est ce que l'on appelle l'interprétation: mentir le plus consciencieusement du monde.

L.B: Selon vous quel seront les gens qui iront voir ce film? Des gens connaissant cette Histoire ou plutôt ceux qui ne la connaisse pas?

J.R: Les gens concernés (mal) heureusement iront voir le film. Il est à espérer par bouche à oreille, la personne loin de cette histoire, celle proche des barbares va pouvoir voir ce film. On est obligé de s'accrocher à cette croyance, celle de l'espérance, en se disant que si l'on arrive à en changer un, on aura gagné une bonne partie de la bataille. Enfin, on souhaiterait aussi et surtout que le premier public soit les enfants de la génération d'aujourd'hui, qui lit beaucoup moins qu'avant et qui fonctionne par images et dont la mémoire est si petite. Cela n'engage que moi. (Rires)

L.B: La force du peuple juif serait de résister malgré tous ces malheurs. Comme disait Ferdinand Foch, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir", qu'en pensez-vous?

J.R: Si vous avez fait une erreur dans votre vie vous ne pourrez plus la corriger. En plus la mémoire vous donne des racines, et même si certaines sont mortes, cela vous donne une famille et donc une unité.  Aussi, quand on est uni on peut regarder vers l'avenir, c'est le paradoxe humain. C'est important de participer à une œuvre de mémoire, à quelque chose qui a fait mal et qui peut se reproduire, parce que je crois que l'humanité tire peu de leçons. Malheureusement, nous ne sommes pas égaux devant l'intelligence où il va falloir montrer la justesse.

L.B: Quelles seraient les scènes qui vous auraient le plus marqué?

J.R: La scène de la fin lorsque l'on enlève les enfants à leurs mères a été très dur aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Le camp était difficile à gérer sur ces lieux on jouait tous avec notre sensibilité. Les séquences tournées dans Montmartre non plus ne devaient pas être plaisantes, mais je n'y étais pas. Et bien sur dans le vélodrome, où il était compliqué de garder une certaine distance entre les scènes qu’on tournait et le reste de la journée, certains avaient même fait des zonas. Enfin, je me rappelle que l'on avait tourné le jour de la date anniversaire de la rafle au mois de juillet; du coup on a tous fait une minute de silence. Une longue minute. Il y  faisait si chaud et si lourd. Un vrai coup de poignard dans la gorge! Un  grand moment symbolique.

Laurent Bartoleschi

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