Suède : « zone sans Juifs » affiché sur un magasin de chaussures, le Judenfrei refait surface

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Un panneau « zone sans Juifs » frappé d'une étoile de David s'est affiché samedi sur la porte d'un magasin de chaussures de Stockholm, juste à côté d'une affiche « zone sans apartheid » posée par le commerçant avec une carte d'Israël. La provocation de l'artiste de rue Dan Park a mis à nu ce que le boycott d'Israël signifie réellement pour les Juifs d'Europe.

Par Claudine Douillet

Deux panneaux, une même vitrine

Tout commence par une affiche verte. Le propriétaire d'un magasin de chaussures de Stockholm avait apposé sur sa porte d'entrée un écriteau proclamant son commerce « zone sans apartheid », accompagné d'une carte d'Israël. Un message de boycott comme il en fleurit dans de nombreuses villes européennes depuis le 7 octobre 2023.

Samedi 31 octobre, un petit panneau blanc est venu s'y ajouter. On y lit « zone sans Juifs », avec une étoile de David. Son auteur, l'artiste de rue suédois Dan Park, a lui-même publié la photo sur X. Selon lui, son affiche ne fait que traduire en clair le message du commerçant, sans détour ni euphémisme. Face au tollé suscité sur les réseaux sociaux, le propriétaire du magasin a retiré les deux panneaux.

Dan Park, un provocateur aux antécédents lourds

Dan Park n'est pas un inconnu. En 2009, il avait été arrêté pour une installation déposée devant la maison communautaire juive de Malmö : un cœur en contreplaqué percé de trous, une croix gammée et une boîte portant l'inscription « Zyklon B ». Il a aussi représenté Hitler pleurant des larmes de sang sous une couronne d'épines, avec la légende « il est mort pour nos péchés ».

L'artiste a été jugé et condamné à plusieurs reprises en Suède pour incitation à la haine contre un groupe ethnique, et il a écopé de six mois de prison ferme et d'une amende pour des œuvres jugées dégradantes envers les Roms et les Noirs. Il a par ailleurs soutenu des groupes d'extrême droite et qualifié la Shoah de « mensonge juif ». Lui se défend de tout antisémitisme et de tout racisme, affirmant que ses œuvres n'ont d'autre but que de faire réfléchir.

« Judenfrei », le mot des nazis

La réaction la plus virulente est venue de Sacha Roytman, directeur général du Mouvement de lutte contre l'antisémitisme. « Europe, 2026. N'avons-nous rien appris de l'histoire ? », a-t-il lancé. Il rappelle que les nazis employaient un terme précis pour cela, Judenfrei, désignant les lieux d'où les Juifs avaient été chassés, déportés ou assassinés. Quatre-vingt-un ans après la défaite de l'Allemagne nazie, ce vocabulaire s'affiche dans la vitrine d'un commerce européen.

Pour Sacha Roytman, la présence du panneau « zone sans apartheid » juste à côté n'a rien d'anodin : elle montre comment la haine d'Israël devient une justification pour s'en prendre ouvertement aux Juifs. Il dénonce une normalisation de l'antisémitisme nazi sous couvert d'engagement politique et interpelle directement les dirigeants suédois, si prompts à faire la leçon au monde sur les droits de l'homme et la tolérance. L'Europe avait juré « plus jamais ça », rappelle-t-il, et l'histoire ne se répète jamais par accident mais parce que trop de gens choisissent de détourner le regard.

L'ambassadrice d'Israël réclame la tolérance zéro

L'ambassadrice d'Israël en Suède, Tami Rachmimov Honig, a réagi sur X. Que l'autocollant « zone sans Juifs » ait été conçu ou non pour révéler la nature antisémite de l'affiche « zone sans apartheid », juge-t-elle, l'ensemble de ce débat est répugnant et montre à quel point l'antisémitisme est devenu banal. Elle exige une tolérance absolument nulle envers l'antisémitisme, sous toutes ses formes.

Ce que révèle vraiment l'affaire

Quelles que soient les intentions d'un artiste au passé aussi trouble, son geste a produit un effet que personne ne peut ignorer. Une carte d'Israël barrée d'un refus, placardée sur la porte d'un commerce, et un écriteau qui en tire la conclusion en toutes lettres : la frontière entre boycott d'Israël et exclusion des Juifs est apparue pour ce qu'elle est souvent, une ligne de papier. Le commerçant n'a retiré son affiche qu'une fois la comparaison devenue insupportable.

Aucune enquête de police n'a été annoncée à ce stade.

Une communauté juive sous pression

L'affaire tombe dans un climat déjà lourd. La Suède compte environ 20 000 Juifs, dont 12 000 vivent à Stockholm, et la communauté fait état d'une montée continue de l'antisémitisme depuis cinq ans. Les départs concernent surtout Malmö, d'où de nombreuses familles juives se replient vers Stockholm, jugée mieux sécurisée, tandis que des manifestations hostiles à Israël se tiennent chaque samedi dans la capitale.

En avril 2025 déjà, trois banderoles ornées de croix gammées avaient été suspendues au-dessus d'un grand axe routier à la sortie de Stockholm. L'ancien ambassadeur d'Israël, Nevo Kulman, accusait alors les autorités suédoises de tolérer un antisémitisme ouvert, semaine après semaine, où le mot « sionistes » remplace simplement le mot « Juifs ».

Un panneau a été décroché. La question posée par Stockholm, elle, reste accrochée à toutes les vitrines d'Europe.

Stockholm : un panneau « zone sans Juifs » collé à côté d'une affiche anti-Israël sur un magasin. Dan Park, Judenfrei, l'ambassadrice d'Israël réagit.

SOURCES

Ynet (Itamar Eichner) : https://www.ynet.co.il/judaism/article/h1kyn6xtgx

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