Israël : La menace de démission des Internes remet en cause la qualité du service public de santé

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Article paru dans "Israel Valley"

L’heure est grave: c’est ce soir à minuit que prendra effet la démission de 730 Internes des hôpitaux publics en Israël. Ceux-ci ont choisi de renoncer à leur vocation plutôt que d’accepter la dégradation de leurs conditions de travail. Les médecins hospitaliers, en cours de spécialisation, entendent aussi protester contre l’accord salarial conclu entre le Trésor et le Syndicat des Médecins. Pourtant, il aura fallu six mois de grève et d’"anarchie" dans les hôpitaux publics pour parvenir à un accord salarial qui soit acceptable par les deux parties. C’était sans compter sur les Internes des hôpitaux, qui ont préféré dénoncer l’accord signé par leurs représentants syndicaux en le qualifiant de « honteux ».

Imbroglio juridique

Certes, les médecins hospitaliers dénoncent un malaise profond et réel: de mauvaises conditions de travail, un salaire horaire de misère, des cadences de travail accélérées, etc. Pourtant, l’accord signé le 26 août dernier était sensé réparer de nombreuses injustices accumulées par le service public hospitalier depuis plusieurs décennies; il garantit notamment une revalorisation substantielle des salaires, comprise entre 24 et 49%. Seulement voilà, cette revalorisation est étalée sur neuf ans, ce qui paraît bien long aux Internes: ceux-ci réclament donc de raccourcir de moitié la durée de l’application de l’accord salarial.

Autre acquis de cet accord: il s’attaque à une des inégalités criantes du système israélien qui réside dans le fait que la densité des médecins va en s’amenuisant au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre du pays. C’est pourquoi, l’accord prévoit que l’augmentation du salaire des médecins sera modulée en fonction de deux paramètres principaux: l’éloignement géographique du centre du pays et la rareté de la spécialisation exercée.

Malgré ces acquis non négligeables, une partie des médecins a rejetée l’accord signé par leurs représentants syndicaux. C’est du jamais vu dans l’histoire des relations du travail en Israël selon lesquelles une convention collective signée ne peut être dénoncée! Même les juges du Tribunal des Prud’hommes à Jérusalem n’ont pas encore trouvé de parade à cet imbroglio juridique.

Inégalités régionales

Une des pommes de discorde entre les Internes et le Trésor concerne les inégalités régionales. Certes, les écarts entre le centre du pays et sa périphérie sont palpables dans tous les secteurs de la vie économique et sociale: éducation, logement, emploi, infrastructures, etc. Mais c’est dans le domaine de la santé que les inégalités sont particulièrement fortes. Les effectifs du personnel hospitalier sont une des sources de cette inégalité: si la moyenne nationale des effectifs médicaux (tous métiers confondus) est de 3,4 pour 1.000 habitants, l’écart va presque du simple au double entre la région Sud (10 pour 1.000 habitants) et Tel Aviv (19 pour 1.000 habitants). Même disparité régionale en ce qui concerne les lits d’hôpitaux: on en compte 2,6 pour 1.000 habitants à Jérusalem contre seulement 1,1 pour 1.000 habitants dans le Sud.

Conséquences de cette répartition inégale des moyens médicaux: la disponibilité et la qualité des soins vont en diminuant au fur et à mesure qu’on l’on s’éloigne du centre du pays. Si dans la région Centre, la mortalité infantile est de 2,3 pour 1.000 naissances vivantes, elle monte à 4,6 pour 1.000 naissances dans les régions Nord et Sud. Quant à l’espérance de vie, elle est de 79,9 ans à Jérusalem, contre 78 ans dans le Sud et 76,9 ans dans le Nord.

Des choix politiques

Désormais, le secteur hospitalier dépend des choix politiques, même si ceux-ci ont aussi des retombées financières. Il s’agit surtout de repenser le secteur public hospitalier en redéfinissant ses moyens et ses fonctions; il est urgent, par exemple, de revoir l’exercice d’une médecine privée à l’intérieur des établissements publics qui est une des principales sources d’inégalités entre les Israéliens les plus riches et ceux qui ne peuvent se payer des soins privés.

Autre crise sans précédent de la médecine israélienne: la pénurie de médecins qui existe dans tous les pays occidentaux, et en Israël aussi. L’Etat doit augmenter rapidement les quotas d’étudiants admis en médecine ainsi que faciliter le retour de ceux qui ont étudié à l’étranger. L’ouverture d’une nouvelle faculté de Médecine à Safed est un premier pas en ce sens, mais ses effets ne se feront ressentir que dans une décennie.

En définitive, le salaire des médecins n’est qu’une des composantes du malaise que traverse le service public de santé en Israël. Le gouvernement israélien devrait saisir l’occasion de cette crise pour s’attaquer à d’autres « pénuries », comme l’insuffisance de lits d’hôpitaux et de matériel de pointe. Bref, il devient urgent de mettre un terme à la baisse continue des dépenses publiques de santé, tendance qui se traduit par la hausse lente mais régulière des dépenses privées de santé.

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